Avec ce roman, Yann Moix revient à son thème de prédilection : l’amour (et ses dépendances : la jalousie, la haine, la rivalité, la séduction, l’addiction, etc…) Et son livre prend la forme d’un dialogue imaginaire (à la manière du Neveu de Rameau de Diderot, ou de L’idée fixe de Paul Valéry) où Yann Moix bavarde, à la terrasse d’un café, avec un ami qui tente de le consoler à la suite de sa dernière déconvenue amoureuse… Dans un roman précédent, l’auteur avait choisi, comme incipit : « Ce que les femmes préfèrent, chez moi, c’est me quitter »… L’inverse eut été plus exact car, dans ce livre – précisément intitulé « Rompre » -, le narrateur confesse qu’il ne peut s’empêcher de mettre un terme très prématuré à chacune de ses aventures, de les « rompre » tant il craint d’aimer et d’être aimé… Evidemment, cette disposition mentale vient de loin : de l’enfance, de douleurs enfouies, d’humiliations passées… Mais tout, ici, prend un aspect drolatique et fort peu psychanalytique. Dans ce dialogue, la « rupture » sert ainsi de prétexte à une variation sur la solitude, sur la jalousie, sur l’enfer narcissique, sur la violence amoureuse. Formules et aphorismes fusent sous la plume moixienne. L’écrivain se reproche, au fond, de ne pas savoir aimer – les femmes, bien sûr, mais aussi, et surtout, lui-même. Et c’est sur cette note tenue qu’il compose ce « journal d’un séducteur-destructeur ».
« Rien ne justifie le couple, hors la peur de rester seul avec soi. »
Un journaliste fictif fait une entrevue avec un auteur-cinéaste fictif. D’entrée de jeu, ce dernier annonce que la discussion devra être réalignée vers sa peine d’amour : s’en suit un quasi-dialogue dans lequel le narrateur (qui ne peut être qui conque sauf Moix), sur une centaine de pages, analyse son comportement dans ce couple, dans ses couples d’avant et dans ceux qui suivront.
Cette Emmanuelle qui l’a quitté, après qu’il ait émis un commentaire l’ayant choquée, cette Emmanuelle qui a refusé les offres de réparation, cette Emmanuelle qui vit maintenant avec son professeur de yoga (« bouffeur de quinoa et spécialiste du grand écart »), cette Emmanuelle n’a pas que quitté le narrateur, elle a quitté le couple.
« … hors du couple, elle n’est pas définie. »
ROMPRE de Yann Moix est un long monologue —les courtes questions du journaliste ne servant qu’à niveler le discours— où l’auteur, en alternance, s’auto-flagelle et se self-congratulated. Il se place toujours en haut de la mêlée. Sa faiblesse est sa force; Il peut toujours s’y camoufler. Il est comme ça. Il sait que « la rupture [existe] déjà au premier jour de … l’amour »
Ce livre est magnifiquement écrit. C’est une succession de phrase d’une admirable beauté littéraire. Des dizaines de phrases ont le riche potentiel de servir un jour d’épigraphe à tout ouvrage portant sur les relations de couple.
« Rien ne justifie le couple, hors la peur de rester seul avec soi. »
Le style y est superbe. Le propos, lui, devient lassant en seconde partie. On comprend que le bonhomme croit cheminer par le biais de cette auto-analyse, mais l’intérêt du lecteur s’étiole graduellement. À force de lire les propos de cet homme, qui embrasse si fort le sentiment de sa propre supériorité, qui met de l’avant la réalisation de ses carences pour les faire paraître sous l’aspect de contrôle, la beauté des mots ne fait pas le poids devant l’ennui vers lequel le lecteur est poussé.
Bref, ROMPRE impressionne en début de lecture, mais lasse une fois que l’effet des mots a perdu de son charme.
Ceci est un opus qui nous expose les pensées autocentrées de son personnage principal, nombriliste jusqu'à la dérision. Certaines tournures de phrases sont certes jolies, je dois l'avouer, mais la plupart m'ont fait identifier un schéma personnel très malsain. Le tout est révoltant et malaisant. De plus, je déteste la tension presque conflictuelle que m'inflige un roman joliment composé, mais avec un protagoniste qui me met hors de moi. (Cf. La chute d'Albert Camus xD)
Ajourner l'intimité d'un amour est pour moi un péché, une hérésie, et je n'ai aucune envie de frôler votre folie à nouveau, monsieur Moix.
J’ai apprécié ce roman et surtout l’art de manier les mots de l’auteur. Tombé sur un dictionnaire durant l’enfance, Yann Moix dit n’avoir jamais pu en sortir. Et bien merci pour cela !
C’est un réel plaisir de pouvoir lire un vocabulaire plus élaboré, tout en restant dans des constructions de phrases simples.
C’est aussi pour moi l’occasion de méditer sur certains passages, dont le célèbre » être séparé pour toujours reste une manière d’être ensemble à jamais… » et de regarder dans le miroir ma propre expérience.
Très beau livre qui met des mots sur le mystère des ruptures amoureuses. Tout à fait d'accord la comparaison de la rupture avec la mort. Elle est peut-être pire. Se voir reflété dans l'iris de nos bien-aimés en créant une cosmologie de deux personnes dessinée sous la forme d'un coeur et puis voir sa propre identité se dissoudre dans le même iris est en effet plus bouleversant que la mort biologique d'un être cher. Le talent du l'écrivain réside dans sa capacité à poétiser cette mort symbolique, presque insurmontable. Il a bien résumé ceci dans une phrase du "roman" citée dans la 4e de couverture : Etre séparés pour toujours reste une manière d'être ensemble à jamais. Très beau livre pour ceux qui cherchent une consolation après une mort symbolique aka rupture. Je recommande.
L'auteur écrit bien, on le sait, il le sait, tout le monde le sait, ça se voit, il le montre, il fait des phrases qui paradent mais à part ça ? À part ça rien. Rien ne vibre à la lecture. Ce livre n'a strictement aucun intérêt.