Ce journal d'un des grands poètes québécois mort prématurément révèle un être intense, passionné, romantique et souffrant d'un incurable mal de vivre. De janvier 1935 à janvier 1939, Saint-Denys Garneau relate les événements de sa vie de fils de famille aisée, ponctuée d'événements mondains qui le laissent vidé. Il confie sa quête exaltée de spiritualité, son amour des jeunes femmes et son impossibilité à prendre sa place dans le monde adulte.
Saint-Denys Garneau est surtout reconnu pour son oeuvre poétique, mais il est d'abord et avant tout diariste, c'est-à-dire que toute sa pensée et son écriture ont d'abord pris forme et corps dans son journal. Il ne s'agit toutefois pas d'un journal de son quotidien, mais un espace d'écriture et de réflexion: il y consigne des idées, des projets, des réflexions, des lettres à ses amis, des poèmes, etc.
Après sa mort, ses amis ont publié, en 1954, son journal en l'épurant des parties "poèmes" et "lettres', mais, en 2012, François Dumont a fait paraître l'édition complète et intégrale du document, signalant même les passages coupés ou les feuilles arrachés. Un travail titanesque. C'est donc cette édition que j'ai lu de bout en bout, enfin! (moi qui ai fait ma thèse sur le journal intime au Québec je ne m'étais pas encore véritablement attaqué à ce monstre).
Soyons honnête: au-delà de l'amour qu'on peut porter au personnage, il s'agit d'une lecture difficile, d'une part en raison de l'humeur assez ténébreuse et morose du poète, mais aussi et surtout parce que SDG était vraiment influencé par la philosophie et que la plupart des textes se veulent des réflexions philosophiques de haute voltige (même s'il était rongé par la crainte d'être un imposteur). Le 'Journal' est donc un texte pour les exégètes seulement. Seulement, il m'a semblé que les poèmes étaient plus lumineux ici que séparés dans le recueil "Les Solitudes".
Une marche dans l’ombre des pensées angoissées d’un artiste qui ne connaîtra pas le succès de son vivant. Ces inquiétudes sont terriblement universelles