" Nous naissons, nous grandissons, le plus souvent sans même en prendre la mesure, dans le bruissement des milliers de récits, de romans, de poèmes, qui nous ont précédés. Sans eux, sans leur musique en nous pour nous guider, nous resterions tels des enfants perdus dans les forêts obscures. N'étaient-ils pas déjà là qui nous attendaient, jalons laissés par d'autres en chemin, dessinant peu à peu un visage à l'inconnu du monde, jusqu'à le rendre habitable ? Ils nous sont, si l'on y réfléchit, notre première et notre véritable demeure. Notre miroir, aussi. Car dans le foisonnement de ces histoires, il en est une, à nous seuls destinée, de cela, nous serions prêt à en jurer dans l'instant où nous nous y sommes reconnus - et c'était comme si, par privilège, s'ouvrait alors la porte des merveilles. Pour moi, ce fut la Guerre du feu, de JH Rosny aîné, " roman des âges farouches " aujourd'hui quelque peu oublié. En récompense de mon examen réussi d'entrée en sixième ma mère m'avait promis un livre. Que nous étions allés choisir solennellement à Morlaix. Pourquoi celui-là ? La couverture en était plutôt laide, qui montrait un homme aux traits simiesques fuyant, une torche à la main. Mais dès la première page tournée... Je fus comme foudroyé net. Un monde s'ouvrait devant moi... Mon enfance fut pauvre et solitaire entre deux hameaux du Finistère, même si ma mère sut faire de notre maison sans eau ni électricité un paradis, à force de tendresse et de travail. J'y ai découvert la puissance de libération des livres, par la grâce d'une rencontre miraculeuse avec un instituteur, engagé, sensible, qui m'ouvrit sans retenue sa bibliothèque. J'ai voulu ce livre comme un acte de remerciement. Pour dire simplement ce que je dois au livre. Ce que, tous, nous devons au livre. Plus nécessaire que jamais, face au brouhaha du monde, au temps chaque jour un peu plus refusé, à l'oubli de soi, et des autres. Pour le plus précieux des messages, dans le temps silencieux de la lecture : qu'il est en chacun de nous un royaume, une dimension d'éternité, qui nous fait humains et nous fait libres.
Michel Le Bris (1944 – 2021) was a French writer. He was a specialist on Robert Louis Stevenson and the organizer of the Saint-Malo literary festival, 'Astonishing Voyageurs', which he started in 1990.
Un livre, qui comme son titre l'indique, nous parle de l'amour des livres. D'une vie entouré de livre, de cinéma, d’œuvres et d'artistes. Un mélange de réflexions sociales, littéraires, humaines et artistiques très intéressantes, mais qui vont un peu dans tous les sens et qui peuvent presque être étourdissantes par moment. Un livre que les amoureux des livres aimeront probablement et qui vaut la peine d'être lu, mais dont les nombreuses digressions et changement de directions cassent un peu le rythme et le plaisir. Cela aurait pu être mieux, mais c'était tout de même très bien. J'ai bien aimé!
Michel Le Bris, auteur et essayiste français, nous livre ici une autobiographie singulière.
Ex-communiste et spécialiste de Robert Louis Stevenson, cofondateur du journal Libération, créateur du festival Etonnants Voyageurs, grand passionné de littérature et tout particulièrement du mouvement romantique, cet érudit ne se contente pas de nous livrer des détails, par ailleurs intéressants, sur sa vie incroyable mais dévoile aux lecteurs sa relation aux livres. Partant de sa jeunesse et ses premiers émois livresques pour arriver à nos jours et sa grande inquiétude quant à l'avenir de la littérature et de la démocratie, Michel Le Bris, avec une plume fort plaisante, invite à une réflexion appronfondie sur le pouvoir de la fiction et du poème.
Ce livre présente donc deux facettes qui se mêlent allègrement et que j'ai beaucoup aimé: d'une part l'essai historique et objectif, l'auteur disposant de nombreuses connaissances et ressources nous permettant d'apprendre énormément sur l'histoire plus ou moins récente de la littérature, d'autre part, l'autobiographie, le récit intime, une expérience personnelle de la lecture.
Les références bibliographiques sont légion dans ce livre, l'auteur donne envie d'aller en librairie, de se laisser surprendre, de sortir des sentiers battus.
Une lecture exigeante mais très enrichissante qui donne envie de lire, encore et encore.