Cet ouvrage relate, d’un point de vue historique, l’arrivée des premiers esclaves au Canada, leurs conditions de vie, leur rapport à la religion ainsi que la législation qui leur est rattachée. De la Gaspésie à Détroit (alors ville du Canada français), l’auteur compte, avant 1800, plus de 4000 esclaves, dont deux tiers étaient des Amérindiens et l’autre tiers, des esclaves achetés, vendus, cédés en troc ou donnés en héritage comme des biens meubles, en toute légalité.Ce texte s’accompagne d’une base de données sur le Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada français, ouvrage d’abord publié chez Hurtubise HMH en 1990.Extrait 4e de couverture :Comment penser que la Nouvelle-France serait esclavagiste, quand le Royaume de France s’affirmait « terre de liberté » et affranchissait tout esclave qui venait s’y réfugier? Cette situation rendait impensable l’existence de cette institution au Canada. On s’est plu longtemps à le croire. Une lecture attentive de la documentation historique dresse néanmoins un autre portrait. Dans le continent américain où les autres colonies pratiquaient l’esclavage intensif, elle rappelle hors de tout doute que le Québec d’autrefois aussi a pratiqué l’esclavage sous le régime français et qu’il a continué après la conquête britannique.
Pour le texte lui-même: on parle d'un livre très méthodique, qui présente le résultat de ses recherches en expliquant très clairement le processus. Il faut donc un minimum de concentration pour garder le fil des dates, des noms et des statistiques qui s'enchaîne. Par ailleurs, l'écriture trahit quelque peu son époque de rédaction (dans les années 60): ici et là, des tournures de phrases un peu moins que politiquement correctes au regard d'aujourd'hui. Aucun doute toutefois que l'auteur n'avait aucune intention néfaste -mais le détail peut tout de même déranger.
Quant au contenu... Eh bien, si la précision ne crée pas une lecture enlevante, elle a le mérite d'être très instructive. Les faits sont exposés clairement, considérés pour tout ce qu'ils exposent, et synthétisent très bien le sujet annoncé. Ce n'est pas une lecture agréable. L'histoire honteuse de son pays ne l'est jamais. Mais Marcel Trudel remplit son mandat avec efficacité, sans ménager l'un ou l'autre parti.
Un quidam qui veut se renseigner sur le sujet sans toutefois affronter toute l'étude pourra lire la conclusion en fin de livre, qui résume efficacement le cas de l'esclavage au Québec, de la Nouvelle-France au Bas-Canada.
Marcel Trudel expose en détails une partie très sombre de l’histoire coloniale en nouvelle-France : l’esclavagisme. L’état français colonial a toujours été en faveur et s’est construit sur la servitude des noirs et des autochtones et la colonie de la nouvelle-France n’y fais pas exception. Tout y est : historique de la servitude, légalisation de l’esclavage, les méthodologies de marchandisation et d’acquisition d’esclave au bas canada, les conditions de vies des esclaves, etc. Que dire du langage utilisé par l’auteur qui est inacceptable à travers une analyse de justice sociale contemporaine : le mot en n , bois d’ébène, sauvages , etc , juste abominable. Le chapitre 10 sur la « débauche et le mariage » est un exemple flagrant d’un manque sérieux de connaissance historique et d’invisibilisation de la culture du viol et des dynamiques de domination sexuelle du patriarcat dans l’esclavage et la servitude par l’auteur. Trudel y parle des goûts sexuels des colons français pour les femmes autochtones comme d’un désir réciproque qui dans les faits étais la plupart du temps absolument non consentis par les femmes esclaves par rapport à leur maître et les sévices sexuels qu’elles on été victimes. En tout et partout une lecture pertinente mais dure qui se doit d’être connu par le grand public qui remet en question les mythes fondateurs de ce que certains appelle « la nation » québécoise.
Un livre d'histoire qui parcours deux siècles d'esclavage et de servitude au Québec, de l'arrivée tardive (par rapport à d'autres pays) du premier esclave à l'abolition de l'esclavage effectuée dans la plus une grande apathie générale, sans tambours ni trompettes, loi ou règlement, campagne anti-abolitionniste ou dénonciations médiatique et dans l'indifférence générale.
Le projet est immense, Marcel Trudel a recensé tous les esclaves en Nouvelle-France (près de 4200) qu'ils soit issus des Premières Nations ou Noirs. J'apprends, je n'en reviens toujours pas que je n'étais pas au courant, que beaucoup plus d'autochtones étaient fait esclaves que de Noirs, le commerce de ceux-ci n'étant pas à l'avantage des navires qui faisaient de la traite (la Nouvelle-France étant loin et les commerçants et citoyens n'ayant pas tant d'argent à débourser pour ceux-ci).
Trudel analyse tout ce qu'on peut dire aux sujets des esclaves: des conditions de capture ou d'achats à leur décès en passant par les mariages, les baptêmes, les prénoms et noms, leurs enfants, les viols, l'héritage, leur acquisition de liberté (ou leur absence), leurs vols, leurs procès, leurs condamnations, leurs métiers, qui était les familles ou personnes esclavagistes, quels étaient leurs métiers, etc. etc. à l'aide d'une documentation excessivement immense et fouillée. On ne peut qu'être admiratif devant ce travail et devant les archives laissaient à ce sujet en Nouvelle-France (bien qu'il en manque et que le chiffre de 4 200 est celui de ceux dont l'auteur à retrouver au moins une trace/mention).
L'essai a cependant un horrible problème: celui de traiter avec beaucoup trop de légèreté l'esclavage. Relativisant continuellement l'esclavage au Québec en le réduisant à de la simple servitude très souvent (ce qui était plus ou moins le cas, peut-être assumait-il le rôle de serviteur et de familier dans certaines maisons, il n'est restait pas moins qu'ils étaient achetés et demeurait une propriété exclusive de leur maître et faisait parti du "mobilier" testamentaire) ou en abusant de certaines métaphores déshumanisantes comme celle du "bois d'ébène". On trouve de nombreux cas comme le titre du premier chapitre «On veut des nègres» ou de blagues de très mauvais goût comme l'anecdote du premier esclave emprisonné et Trudel de s'esclaffer de quelque chose comme «Ah, le voilà le premier Noir les chaînes aux pieds!». Je ne sais pas si c'est un besoin de leur part de l'auteur de ne pas sombrer trop dans la dépression à écrire des ouvrages sur des horreurs pareils, mais c'est certainement déshumanisant et de très mauvais goût.
À part cet énorme problème, l'essai est définitivement un impératif à lire pour connaître comment la Nouvelle-France était aussi esclavagiste que le reste des pays avec lesquels elles étaient en commerce et comment le mouvement abolitionniste de l'esclavage n'a même jamais joué un rôle ici (le Underground Railroad permettait aux esclaves de fuir les États-Unis et d'aller au Haut-Canada (le Bas-Canada n'offrait pas du tout d'aussi bonnes conditions) uniquement parce qu'ils étaient interdits d'importer des nouveaux esclaves, non pas que l'esclavage était aboli; bien au contraire, des lois ont été mises en place pour conserver la possession d'esclaves dans ces années-là).
Aucune idée de comment noter ce livre. J'ai apprécié les informations donnés mais en même temps les 300 et plus pages de se livres étaient résumés quasi complètement en 17 pages à la conclusion donc je me demande à quel point il était nécessaire de lire le livre au complet. Je suis contente d'en savoir plus sur mon histoire mais je n'ai pas apprécié la manière d'écrire de l'auteur. Le mot n*gre est utilisé dans un contexte où l'esclave est affranchi donc libre, les relations entre Canadiens français et Amérindiennes sont décrites en termes de la difficulté des hommes à "résister" le charme des "sauvagesses" (yikes) et il y a même un certain jugement de l'auteur par rapport à un esclave qui essaie continuellement de s'enfuir de son maître "car pourtant il était bien nourri et logé" ce qui implique que l'esclave se devait d'éprouver de la gratitude malgré son manque de liberté. Pas génial.
Appuyé sur un extraordinaire travail d'archives, ce livre est un incompréhensible paradoxe. Alors que tout est construit pour dénoncer l esclavagisme québécois et inciter à la plus forte des repentances, tous les faits énoncés démontrent au contraire comment les francais du Quebec se sont extraordinairement décalés par rapport aux sociétés anglaises, amérindiennes et même francaises des Antilles qui les entouraient. Un très petit nombre d'esclaves (moins de 200 à la fois sur toute la période, dont beaucoup appartenant à des anglais), des situations plus proche de la domesticité, des chatiments moins severes que pour les hommes libres, des recours judiciaires acceptés, d'incroyables mariages mixtes, des propriétaires témoins de mariages et pour finir une abolition difficile à situer faute d'esclaves encore existants!
Toujours acharné contre son pays, Trudel n'en trouve pas moins les raisons de condamner ses compatriotes pour crime contre l'humanité!