1er janvier 1994. Dans le Sud du Mexique surgit un mouvement politique absolument neuf. Autour de son porte-parole, le sous-commandant Marcos, émerge une ample dynamique sociale, forte de décennies de luttes menées par les paysans indiens du Chiapas. La rébellion zapatiste, prenant ses distances à l’égard des doctrines de Lénine ou de Che Guevara, ouvre la voie à une autre pensée révolutionnaire. Son but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de construire un monde où il y ait place pour de nombreux mondes ; son combat pour la justice sociale et la dignité partagée, qui se déploie dans l’expérience de l’autonomie, s’adresse à tous ceux qui résistent à l’ordre néolibéral. Étude approfondie des idées et des valeurs du zapatisme, ce livre met aussi en perspective les apports et les stratégies d’un mouvement qui continue d’être une source d’inspiration bien au-delà du Mexique, rencontrant un vif écho auprès d’intellectuels et d’activistes du monde entier. Édition mise à jour et augmentée d’une nouvelle postface (2019)..
La rébellion zapatiste est un essai de l’historien Jérôme Baschet, sur un terrain qu’il connait bien puisqu’il y vit et enseigne à l’Université autonome du Chiapas depuis plus de vingt ans désormais.
1er janvier 1994. Dans le Sud du Mexique surgit un mouvement politique absolument neuf. Autour de son porte-parole, le sous-commandant Marcos, émerge une ample dynamique sociale, forte de décennies de luttes menées par les paysans indiens du Chiapas.
La rébellion zapatiste, prenant ses distances à l’égard des doctrines de Lénine ou de Che Guevara, ouvre la voie à une autre pensée révolutionnaire. Son but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de construire un monde où il y ait place pour de nombreux mondes ; son combat pour la justice sociale et la dignité partagée, qui se déploie dans l’expérience de l’autonomie, s’adresse à tous ceux qui résistent à l’ordre néolibéral.
Étude approfondie des idées et des valeurs du zapatisme, ce livre met aussi en perspective les apports et les stratégies d’un mouvement qui continue d’être une source d’inspiration bien au-delà du Mexique, rencontrant un vif écho auprès d’intellectuels et d’activistes du monde entier.
Si je devais résumer mon impression d’ensemble en terminant ce livre, je le ferais en trois mots : passionnant, éclairant, inspirant. C'est l'un des livres les plus intellectuellement stimulants et enrichissants que j'ai lus ces dernières années.
Si Jérôme Baschet commence par un rapide historique de la rébellion zapatiste, ce n'est que le point de départ d’une réflexion plus poussée sur l'expérience zapatiste et les valeurs qu'elle porte. Il n'en cache pas non plus les fragilités, les travers et les contradictions.
De tout cela, je retiens quelques points, en vrac et évidemment sans que cela soit exhaustif :
- l'expérience zapatiste est une critique en acte des révolutions passées, notamment d'inspiration marxiste et léniniste, mais c’est aussi une expérience en mouvement, qui refuse par nature de se figer et cherche au contraire à évoluer, à construire en marchant, en expérimentant des pratiques et en acceptant de les remettre en cause
- la rébellion zapatiste est une lutte pour l'humanité et contre le néolibéralisme (plus largement, contre le capitalisme dont le néolibéralisme n'est que l'incarnation la plus récente)
- la pensée zapatiste amène à s'interroger sur de fausses oppositions et à articuler des éléments en apparence contradictoires, comme par exemple : tradition et changement ; local, national et planétaire ; différence et égalité ; communauté et individu ; revendications communautaires et luttes sociales globales
- la pratique zapatiste s'appuie sur l'autonomie, l'auto-gouvernement des communautés et des communes, et le refus des dominations, dont celle de l’État
C'est une lecture qui m'a bousculé, le texte étant d'une grande richesse, avec des idées lumineuses. Jérôme Baschet fait preuve de pédagogie sans renoncer à la profondeur de son propos. Je me suis surpris à surligner des pages entières sur ma liseuse, que ce soit le texte rédigé par l’auteur lui-même ou des extraits de textes zapatistes qu'il cite abondamment pour illustrer sa réflexion.
Je pense que j'aurai envie de relire ce livre dans quelques mois, une fois que j'en aurai digéré l'essentiel. Je souhaiterai probablement y replonger pour en redécouvrir certaines subtilités qui m'ont certainement échappé lors de cette première lecture.
C’est en tout cas un livre que je ne peux que recommander à toutes celles et tous ceux qui se sentent concernés par les luttes sociales et s’interrogent sur les alternatives au capitalisme et à l’État.
Le livre retrace rapidement l'historique de l'expérience Zapatiste, l'héritage de la révolution Mexicaine de 14, l'insurrection de 94, etc. Pourquoi rapidement ? Parce que pour Baschet, ce n'est pas le plus intéressant, il décide donc de parler de l'expérience, détaillant l'évolution du marxisme-guevariste originel vers quelque chose de clairement crypto-anarchiste pour moi. Avec une critique assez importante du Léniniste et de quelques éléments du Marxisme comme l'aspect messianique de la victoire du prolétariat, et des conséquences néfastes de ce positionnement en terme de lutte. Le Zapatisme est ainsi un apprentissage du passé et du présent pour aller vers le futur qui est toujours à imaginer. L'utopie n'est jamais finie, elle sera toujours à construire, intégrer cela est important.
Baschet effectue aussi une critique du capitalisme et du néolibéralisme, phase actuelle du capitalisme, de la construction de la mondialisation comme moyen d'homogénéiser le monde. Il est question du rapport au temps, où le capitalisme valorise l'idée de "vivre le présent", effaçant l'apprentissage du passé et la conceptualisation du futur, choses qu'il faut se réapproprier pour lutter.
Dans une autre partie, Baschet développe la conception de la lutte des Zapatistes, une conception qui tend à articuler des éléments parfois opposés pour réussir, par exemple :
- Défendre l'État-Nation contre la mondialisation capitaliste, mais s'inscrire contre l'État-Nation pour développer l'autogestion locale.
- Défendre le nationalisme comme affirmation des différences locales et les protéger des cultures dominantes, mais être internationaliste.
Ces positions ambivalentes sont pourtant totalement justifiées et valables, parce qu'il faut sortir d'une vision figée de certains concepts pour les comprendre comme outils. Par exemple, je comprends que des populations indigènes puissent vouloir être nationalistes pour défendre leur culture contre l'impérialisme américain qui essaie des les écraser sous prétexte "d'universalisme". D'ailleurs les Zapatistes parlent de créer un nouvel universalisme, qui accepte les hétérogénéités au lieu de vouloir les effacer dans un moule dominant. Dans un contexte de problème de voile en France, cette réflexion n'est clairement pas inutile.
Dans une dernière partie, Baschet évoque les différents aspects de l'organisation de l'autonomie Zapatiste, de la justice à la politique, le rapport aux non Zapatistes, etc. Le tout pour conclure de l'importance de ne pas idéaliser l'expérience, via l'exposition des problèmes liés à l'expérience et du comment ces derniers ont été gérés par les communautés. La rigidité politique ne fonctionne pas vraiment de fait.
Ce livre est très inspirant sur tous les niveaux. L'édition 2019 est plutôt longue, 380 pages, pour 12€, donc ça vaut le coup selon moi. Est-ce que je le recommande pour autant ? Si vous voulez étudier un peu les alternatives (relatives selon eux car ils subissent les pressions extérieures du capitalisme) et avoir des idées (pas un modèle) pour penser à votre propre autogestion, oui ce livre est obligatoire.
Baschet nous offre ici la plus pertinente des biographies intellectuelles du zapatisme. Ses concepts, sont idéologie, ses critiques, ses modes d’actions politiques et sont évolution dans le temps, tout y est. Une œuvre de référence indispensable pour celleux voulant vraiment avoir une idée de la rébellion, du mouvement et de ses protagonistes. 2 ième livre lu de cet auteur que j’affectionne particulièrement.
Tout d'abord, précisons qu'il faut absolument lire l'édition la plus récente de La rébellion zapatiste. J'irai même jusqu'à dire qu'il faut absolument lire La rébellion zapatiste, point.
Jérôme Baschet délivre une étude en profondeur du mouvement zapatiste, tant au niveau politique/philosophique que pratique (la postface étant dédiée à cet aspect), de ses origines jusqu'à 2019. Brisant les mythes au sujet de l'EZLN et des communautés autonomes chiapanèques, La rébellion zapatiste invite à réfléchir sur tous les sujets que ses participant.es évoquent, ceux pour et contre lesquels ils et elles luttent: la place de la communauté face au village planétaire et l'hydre capitaliste, la conciliation entre tradition et progrès, l'importance du lieu de vie comme terrain d'expérience, etc.
Plus que des questionnements, c'est des pistes que nous offre Jérôme Baschet au travers de l'expérience zapatiste et de ses revendications, dont celle de la reconnaissance et la célébration de la différence face à un universalisme erroné et un communautarisme sans avenir, ou bien encore l'acceptation des formes multiples que la lutte peut et doit prendre à travers le monde, quand-même bien le but final est le même : l'émancipation du capitalisme.
On se garderait de qualifier l'expérience zapatiste comme modèle, puisqu'elle est née de spécificités locales et est en constante transformation, mais il y a bien des leçons à tirer de celle-ci. Disons en tout cas qu'elle donne de l'espoir.