Art queer s’intéresse à la façon dont les stratégies de dénormalisation mises en place par les arts visuels peuvent se prolonger par le biais de l’écriture. Dans les trois chapitres de ce livre, les discussions théoriques et artistiques s’associent à la théorie queer, aux études sur la handicap et à la théorie postcoloniale pour définir trois pratiques : le drag radical, le drag transtemporel et le drag abstrait. Une des caractéristiques de l’art queer, tel que le définit Renate Lorenz, est sa possibilité d’agir à travers le temps, désorganisant une chronologie positiviste et se saisissant d’objets historiques par affinité. L’art queer cultive l’anachronisme comme méthode. En s’appuyant sur le travail de onze artistes, le livre est moins une tentative de relecture de l’histoire de l’art, que la manifestation d’une méthode, que l’auteure nomme drag, qui rendrait apparents des modes d’assemblages, « des connections productives entre le naturel et l’artificiel, l’animé et l’inanimé, tout ce qui permet de produire des connections aux autres et aux choses plutôt que de les représenter ». Parmi les artistes étudié∙e∙s figurent notamment Zoe Leonard, Shinique Smith, Jack Smith, Wu Tsang, Ron Vawter, Bob Flanagan, Henrik Olesen, Felix Gonzalez-Torres, Sharon Hayes et Pauline Boudry/Renate Lorenz.
Je ne sais pas trop quoi en penser. Les idées avancées sur les pratiques de dénormalisation à travers l’art sont intéressantes, en particulier l'approche de la contagion comme une opposition à l'identification, qui m'a convaincu dans le contexte du drag radical. Cependant, les exemples présentés dans la section sur le drag transtemporel m'ont semblé plus difficiles à saisir. Ma principale critique porte sur l'accessibilité du texte. Il s'inscrit dans une approche contemporaine de la philosophie (notamment à travers des références à Guattari, Deleuze, Foucault...) qui, parfois, rend la lecture complexe et peu claire. J'ai eu l'impression que le fil de l'argumentation se perdait et que l'autrice peinait parfois à clarifier ses idées. Cela dit, l'ouvrage reste intéressant pour remettre en question la définition de l'art légitime et pour inscrire des pratiques et des approches queers dans une perspective artistique.
Vous connaissez ce sentiment, quand vous êtes à une fête, que tout le monde s’amuse, mais que pour une raison étrange vous n’arrivez pas à vous mettre dans l’ambiance ? C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant ce livre. J’ai perçu quelques fois des pistes interessantes, mais la densité du texte m’a très vite fait perdre le fil. Je trouve que l’approche conceptuelle du drag développée par l’autrice occulte toute sa dimension spectaculaire et divertissante. J’ai l’impression que l’objectif était de montrer comment le drag perturbe certain statu quo de l’art contemporain, mais en lisant, j’ai senti quelques amalgames entre les caractéristiques et les enjeux du drag et ceux de l’art contemporain, qui sont parfois incompatibles. Je n’ai malheureusement pas eu la force d’aller jusqu’au bout.
Je n'ai pas vraiment réussi à me concentrer durant ma lecture. Je n'ai pas été réceptif au propos de ce livre que je n'ai pas réussi à m'approprier. Ce développement de différentes formes de "drag" appliqué aux arts visuels, performatifs et autres est assez éloigné de ma conception du drag. De plus, je ne suis pas fan des livres se développant avec des plans aussi énoncé et traditionnel, j'ai l'impression de lire une dissertation de deux cents pages. J'ai néanmoins trouvé les exemples développés dans le livres assez sympathiques.