failure c'est un long poème quelque chose comme un livre pour les faibles un recueil pour les zéros les moins que rien bums goons et vagabonds pour les soleils sagittaires qui savent pas ce qu'ils veulent les cancer rising qui pleurent sur leur sort et les lunes en balance qui dumpent leur destin in the hands of others
Emmanuel Deraps est né en 1993 à Montréal où il vit toujours. Depuis quelques années, il travaille en édition scolaire. Outre des publications en revue (Estuaire, Moebius, Exit), il a publié la fonte (Éditions de l’Écrou, 2015), failure (Del Busso Éditeur, 2019), faussaire fauve (L’Hexagone, 2019), et dans l'intime duvet de la disparition (Poètes de brousse, 2025). Depuis plus d’une décennie, on peut le retrouver assis au fond du bar, à s’abreuver de mots, lors de diverses soirées de lecture dans la métropole.
J’ai beaucoup aimé (genre fucking gros) la première partie que je trouvais sentie et lucide sur les faiblesses du narrateur/énnonciateur/poète envers son travail qui avance et se construit. Cependant, j’ai moins aimé le truc très plaqué des lieux d’énonciation de cette partie (on passe d’une ville, à un appartement, à une partie du corps sans distinction pour les lieux et espaces).
Après la première partie, j’ai aimé de moins en moins le recueil. Comme si on perdait le sensible du narrateur couche après couche; dans la vengeance, la critique et les listes.
Je dois l’avouer, j’aime pas les listes, j’aime pas qu’on parle des étoiles, des couchés de soleil pis les réécritures de poèmes que je connais.
Par contre, j’ai apprécié les clins d’oeil à la communauté de poètes contemporain.e.s, mais je serais curieux d’en connaître la réception par quelqu’un qui n’est ni dans la gang, ni à montréal.
Pour finir, reprochez-moi mes mots d’universitaire pour parler de poésie si voulez, mais quand j’en lis, de la poésie, j’aime descendre dans mon corps et voir la fragilité d’un livre derrière toutes ses structures et ses plaquages. J’ai pas senti ça dans les dernières parties de Deraps.
Failure est un recueil de poèmes dans lequel Emmanuel Deraps parle d’échecs, de drogue et d’addiction, mais aussi de révolte et de revendications. La failure du titre ne perdure pas durant tout le recueil, lui-même séparé en différentes parties qui nous entraînent dans d’autres directions moins sombres, quoique tout aussi intimes. Ainsi, des poèmes sont écrits au Je, d’autres sont écrits au Tu et nous croisons au fil des pages d’autres poètes contemporains de Deraps, qui fréquentent la même faune montréalaise.
La culture littéraire de l’auteur s’incarne également dans les références à d’autres auteurs plus anciens comme Rimbaud ou Miron, ou encore dans le poème J’accuse (rémunération), construit comme un hommage au poème Mal au pays de Gérald Godin, publié dans le recueil Libertés surveillées en 1975.
J’ai beaucoup aimé ce recueil qui me rappelle le ton et les thématiques de plusieurs ouvrages publiés aux Éditions de l’Écrou, où Deraps avait lui-même été publié en 2015. Je suivrai assurément la suite de sa carrière d’écrivain.
J'ai aimé, et je vais le relire parce que j'aime beaucoup la voix d'Emmanuel Deraps - je l'avais déjà vu lire un des poèmes du recueil lors d'une soirée et ça avait été un de mes highlights - mais j'ai trouvé difficile de la percevoir parfois au travers de tous les clins d'œil et références à d'autres poètes parsemés dans le recueil. Je pense que Deraps en est conscient, ses dernières strophes le montrent bien, qu'il se cache un peu derrière ces autres voix. En même temps, cela démontre sa maîtrise, sa connaissance de ses contemporains.
Certaines des images qu'il a su créer m'ont jetée à terre. Je les ai lues et relues, pour mieux les apprécier. J'ai trouvé d'autres passages un peu plus faciles, convenus. Mais je crois qu'il y a beaucoup à disséquer dans ce recueil et je l'ai lu alors que je n'étais pas bien disposée à lire de la poésie. Je vais prendre du recul et y retourner, assurément.