Sous l'Occupation, le marché de l'art en France a été florissant. Jusqu'en 1944, tous les biens appartenant à des familles juives sont systématiquement saisis. Les produits de ces pillages, ce sont les milliers de peintures, de sculptures, d'objets d'art ou de meubles rares. Destinées au musée de Hitler à Linz ou à la collection de Goering, certaines oeuvres modernes dites " dégénérées " sont dispersées aux enchères à l'Hôtel Drout. Les galeristes, les antiquaires, les marchands, les experts, les particuliers et toutes sortes d'intermédiaires travaillant pour les Allemands y viennent afin d'acquérir à bas prix des toiles dont ils ne peuvent que soupçonner qu'elles ont été volées. Des familles juives, dont de grands collectionneurs, mais aussi des francs-maçons et des opposants au IIIe Reich sont systématiquement spoliés. Un transfert d'oeuvres d'art va s'organiser, le tout dans un milieu interlope. Les enrichis du marché noir veulent convertir ou blanchir l'argent et trouvent dans l'art une valeur refuge. Il y a aussi une nouvelle clientèle, dont les Allemands qui se trouvent à Paris. La monnaie allemande est très forte par rapport au franc et l'on observe un afflux de marchandises, car les familles juives tentent d'échanger des oeuvres d'art contre des liquidités afin de fuir. Certaines oeuvres modernes, considérées comme proscrites par le IIIe Reich vont avoir des coûts moindres. Mais les marchands allemands ne s'y trompent pas, ce sont en majorité des historiens de l'art, et savent que ces oeuvres ont une vraie valeur artistique. S'appuyant sur des archives françaises, américaines et allemandes, Emmanuelle Polack s'emploie à mener l'enquête sur le marché de l'art à Paris et à Nice où trafics, vols et recels d'oeuvres d'art se sont multipliés.
Aux croisement de l'art, de l'Histoire (la Seconde Guerre mondiale étant la période historique pour laquelle j'ai le plus d'intérêt), et du fait divers, j'étais intéressée par le sujet de ce livre. Toutefois, j'ai au final plus survolé que vraiment lu l'ouvrage d'Emmanuelle Pollack. Adapté de la thèse doctorale de l'autrice, c'est extrêmement fouillé et riche en renseignements. Le rôle de chacun des acteurs du marché de l'art y est analysé au travers d'exemples tirés du parcours des grandes figures de cette époque. Cette lecture vous sera donc fort utile si vous faites des recherches sur la période. Pour ma part, j'ai trouvé tout cela un peu trop aride, et dans l'ensemble pas très palpitant.
Une démonstration claire, implacable et glaçante de l'organisation du système nazi pour spolier et piller des oeuvres d'art à des personnes Juives, imposer leur goût artistique, tout en s'enrichissant considérablement. Le tout avec la complicité d'un bon nombre d'acteurs du marché de l'art français.