Marie-Jo Battesti: “On ne peut pas rester insensible à lui. Il y a une énorme admiration dans son public. Il est le nom de quelque chose. Il sait donner des éléments factuels et faire réfléchir les gens. C’est à nous d’en tirer les conclusions.”
Lisant ce manifeste politique 6 années après la publication, quelques mois après cette ultime insulte qu'a été la nomination d'Attal au poste de Premier ministre, et en savant que tout qui est dénoncé est factuel, car il n’y a eu des conséquences judiciaires, on s’aperçoit que en la France, comme en tout les pays de la dit communauté internationale (les États-Unis, le Canadá, presque toute l'Europe, la Corée du Sud, le Japon, l'Australie, la Nouvelle Zélande et, bien sûr, Israël, son sommet et lumière) le pouvoir politique est bien contrôlé, comme jamais avant, par des “élites”, et la démocratie cooptée ( « une situation où le processus démocratique, bien que formellement en place, est en réalité contrôlé ou manipulé par une élite ou un groupe restreint. Dans ce contexte, les institutions démocratiques, comme les élections ou les assemblées législatives, existent, mais elles sont utilisées de manière à servir les intérêts de ce groupe plutôt que ceux de la population générale. (…) En résumé, “la démocratie cooptée” décrit un système où les apparences démocratiques sont maintenues, mais où le pouvoir réel est confisqué par une minorité, souvent à travers des méthodes subtiles ou dissimulées. » “Crépuscule” décrit en détaille le mécanisme de cooptation et les personnages impliqués, dans le cas de la France macronniene. Sombrement fascinant et d’un énorme courage personnel et d’une grande force de caractère.
Du livre.
« Il aurait fallu montrer tout cela pour comprendre plus en détail comment fut fabriqué un candidat au service de quelques-uns, incapable d’agir de façon autonome, ni d’élaborer une pensée, mais seulement de se vendre au plus offrant, détaillant par le menu l’ensemble des compromissions qui, de distributions de poste en instructions judiciaires, en passant par l’attribution de mandats de négociations, ont permis à ce système de tenir à prix coûtant, tandis que le peuple exsangue, rejeté loin de ces informations, subissait et se voyait spolié jusqu’à finir, épuisé, par se rebeller.
Il aurait enfin fallu dire comment ces petits soldats de la Macronie, don’t je vous ai détaillé l’ascension, se comportent avec une arrogance et une assurance de soi sans nom, cherchant à écraser moralement ceux qu’ils avaient jusqu’ici exploités jusqu’à les essouffler et à les dévaster, en prétendant incarner une République qu’ils avaient pillée.
Ce serait rejouer une bataille perdue par la démocratie.
Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, l’aristocratisation d’une bourgeoisie sans mérite, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repaire à mièvres et arrogants, médiocres et malfaisants. En eux qui ont fait du respect de la légalité un paravent pour s’autoriser tous les excès, ne réside plus la moindre recherche d’un engagement ou d’un don. Interrogeons-nous : pensait-on que ces gens serviraient des idées, eux qui se sont constitués au service d’intérêts particuliers ? Pensait-on que ces individus nous grandiraient, eux qui se sont contentés, tout au long de leur vie, de nourrir une ambition que rien ne viendrait sustenter ?
Le journalisme en ce pays a longtemps fonctionné comme une balance, prenant à droite ce que la gauche rejetait, et vivant de ce mouvement de pendule qui incite à la paresse et à la connivence.
Cela a donné un temps l’impression de vivre en démocratie, les juges d’instruction, les trahisons et diverses luttes de pouvoir venant parfois rompre la monotonie de compromis trop acquis.
Cela a donné un temps l’impression de vivre en démocratie, jusqu’à ce que le « en même temps » d’Emmanuel Macron en désactive le principe actif, achevant l’illusion d’un fonctionnement républicain qui garantirait l’octroi de quelque répit à des populations enfin informées des jeux et des enjeux qui, dans leur dos, s’établissaient.
Comment dès lors s’étonner des conséquences terribles que tout cela a suscitées et suscitera, alors que la contrainte est systémique, et qu’elle ne changera pas ?
Comment ne pas appeler à une destitution, et à un bouleversement institutionnel qui nous permette enfin, par un régime parlementaire approfondi, de rendre au peuple ses propres outils ?
Comment ne pas y voir la seule alternative à un pouvoir toujours plus autoritaire ne présentant pour seule autre option que sa reprise par un parti de « l’ordre », le Rassemblement national, qui a déjà donné aux élites les gages qu’elles attendaient ?
Conscient de sa fragilité et de la difficulté à continuer à préserver, tout en le niant, l’intérêt de ceux qui l’ont constitué, le président Macron est reparti en campagne. Dépensant une énergie « de dingue », il fait illusion. Tout autour de lui, pourtant, on l’aura compris, un monde vacille, se décompose et lutte contre son crépuscule.
Il était temps de le révéler. Et face à un pouvoir nous menaçant d’effondrement, de se lever. »