Les brutes et la punaise dissèque le phénomène des radios de confrontation, connues sous le quolibet de «radios-poubelles», et dont la plupart se trouvent à Québec. Dominique Payette y analyse la frontière ténue qui sépare journalisme d’opinion et manipulation politique, et livre ce salutaire rappel: si les médias ont le droit de prendre position, voire de soutenir des idées politiques, il est de leur devoir de le faire dans le respect des faits et, surtout, en laissant à leur public la liberté de ne pas être d’accord avec eux.
Il faut lire ce texte comme une réflexion inquiète sur la disparition des conditions nécessaires à un débat civilisé et rigoureux dans notre société. Comment invoquer la liberté d’expression pour justifier la prolifération de propos qui, de l’avis de plusieurs, empoisonnent l’atmosphère de la Cité? Peut-être le temps est-il venu d’affronter les effets délétères du commerce des injures et de la haine.
Dominique Payette est professeure agrégée au Département d’information et de communication de l’Université Laval à Québec depuis 2006. Avant 2006, elle était journaliste à la Première Chaîne de Radio-Canada où elle a travaillé pendant de nombreuses années ainsi qu’à la télévision de Radio-Canada et de Télé-Québec. Elle a reçu plusieurs prix de journalisme, notamment le prix Jean-Pierre-Goretta (Jean-Pierre Goretta) de la radio suisse romande.
Elle détient une maîtrise en communication et un doctorat en sociologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Sa thèse de doctorat portait sur le génocide du Rwanda et elle a publié aux éditions Écosociété. Elle est aussi l’auteure de Le Journalisme radiophonique aux Presses de l’Université de Montréal.
Madame Payette a également été chargée de cours à l’UQAM, à l’Université de Montréal et à l’École nationale d'administration publique avant d’arriver à l'Université Laval. Elle a d’ailleurs obtenu un Prix d’excellence en enseignement à l’Université Laval ainsi qu’à l’Université de Montréal. En 2013, madame Payette a été professeure invitée à l’Institut français de presse à Paris et à la faculté de journalisme de l’Université de Bucarest en Roumanie.
Dominique Payette a aussi dirigé en 2010 le Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information au Québec à la demande de la ministre québécoise de la Culture et des Communications Christine St-Pierre. Son rapport propose cinquante mesures pour une réforme du régime de presse au Québec.
De 2009 à 2013, elle a été membre du Conseil d’administration du Conseil des arts et des lettres du Québec, où elle a présidé le Comité de gouvernance et d’éthique. Depuis 2013, elle est membre du Conseil d’administration de Télé-Québec.
Absolument essentiel...et profondément décourageant. Je partage cette peur de dire autre chose que ce que ces radios professent, alors je comprends très bien ce qu'elle veut dire. J'ai travaillé pour le 400e AVANT que ce soit bien vu, j'avais peur qu'on le devine quand je me rendais à mon travail en autobus. Puis j'ai travaillé pour le 400e de Québec APRÈS que ça devienne "hot"... Enfin... Sans parler de ma peur de faire du vélo à Québec (je n'en fais plus suite à quelques incidents, bravo! Ils ont gagné!)
Ayant des enfants, ce petit extrait m'a soufflée:
"Ainsi, après avoir reçu 145 plaintes contre un animateur qui, à propos de cyclistes, disait: "Tu mérites qu'un char te passe dessus", le CCNR a décidé, le 15 juillet 2015, que cette phrase constituait seulement "un excès de langage qui traduit un trop-plein de frustration face au manque de civisme de certaines cyclistes." En revanche, le CCNR a estimé inacceptable l'utilisation de l'expression "fuck you", parce que des enfants peuvent être à l'écoute à cette heure-là. Les enfants de Québec ne peuvent donc pas entendre de gros mots à la radio, mais ils peuvent apprendre que les cyclistes méritent d'être aplatis par des voitures parce que leur comportement manquerait de civisme." (p. 134)
Un extrait qui en dit beaucoup. Et le livre est parsemé de tels exemples à pleurer.
Excellent essai sur le phénomène fascinant mais aussi tellement désolant des radios-poubelles. Je m'en amuse quand je suis de passage à Québec, mais j'étais naïvement loin de me douter de tout le pouvoir que les animateurs de ces radios d'opinions détiennent. À lire pour en comprendre l'ampleur. Court, droit au but, accessible, drôlement efficace.
Cet ouvrage de Dre Dominique Payette est un court mais efficace survol du phénomène des radios poubelles (trash radio, en anglais) au Québec. Les Jeff Fillion, André Arthur, Sylvain Bouchard et Éric Duhaime de ce monde se sont bâti des réputations en faisant ressortir le pire en nous, et Payette, ayant été victime de leurs injures, a décidé de pousser la réflexion plus loin.
Commençant d'abord par un survol du phénomène, notamment en parlant des événements précédant et suivant l'attentat à la mosquée de Québec et des attaques groupées des radios contre des candidats à la mairie à Québec, l'auteure s'attarde à la décision du CRTC de retirer son permis à Radio X en 2004. S'en suit une description des discours principaux de ces animateurs envers leurs victimes principales, soit les femmes et les féministes, les autochtones, les environnementalistes et les moins bien nantis. À ces groupes, nous pourrions aussi ajouter les immigrants et les minorités visibles.
Ensuite, l'auteure décrit le modèle d'affaires employé par ces diffuseurs, le définissant comme du narrowcasting (de la diffusion étroite) plutôt que du broadcasting (de la diffusion de masse). Cela signifie que ces animateurs visent à cibler un groupe particulier, à créer un certain culte de la personnalité autour de l'animateur et surtout, à éviter autant que possible d'appuyer les opinions sur des faits.
Enfin, l'auteure trace l'histoire de la Fairness Doctrine, instaurée par la FCC aux États-Unis en 1949 et abolie en 1987 sous l'administration Reagan. Elle affirme que c'est depuis l'abolition de cette règle, qui exigeait une certaine objectivité de la part des diffuseurs lorsqu'ils traitaient de sujets controversés, que la trash radio a pris son envol. Les radios-poubelles de Québec ne seraient donc qu'une adaptation du modèle d'affaires qui a mené au succès de leurs homologues américains.
Somme toute, la réflexion offerte par Dre Payette est importante, surtout à l'ère de Trump. Une petite lecture qui nous conscientise sur notre choix de médias et de source d'information.
Un bel essai de Dominique Payette sur le phénomène des radios-poubelles et l'influence délétère qu'elles peuvent avoir autant sur les plus opprimés de la société que sur les progrès sociaux. Faisant un survol historique du phénomène, on arrive à comprendre comment ces radios vomissent leur fiel maintenant sur différents groupes plutôt que sur des particuliers, tel qu'était leur marque de commerce autrefois. Il est désolant de se rendre compte du pouvoir que possèdent cette ribambelle d'animateurs se prétendant être du peuple mais essentiellement convertissant un public à des idéologies d'extrême-droite emplies de haine. La remise en contexte de l'importation de ce type de radio venant des États-Unis, qui a pu prendre son envol suite à l'abolition du Fairness Act en 1987, est cruciale car nous permet de constater un autre effet insidieux du néolibéralisme débridé caractérisant notre époque. La diminution, voire l'évaporation de tout processus permettant à ces radios d'être imputables pour leurs contributions à l'effritement du tissu social ne laisse rien présager de bon. Il a été intéressant de lire cet essai au même moment où la ville de Québec et plusieurs commanditaires on décidé de délester leur participation financière à ces radios, car il s'agissait d'une des pistes de réflexions amenée dans le livre pour affaiblir cette machine. J'aurais aimé un peu plus d'étoffe dans certains chapitres, mais je comprend que la nature de l'essai n'est pas non plus de s'éterniser.
Cet essai sur les radios poubelles de ma ville m’a donné la nausée. L’auteure a certainement un biais, n’empêche, je trouve ça dégoûtant que ces radios et ces animateurs aient autant de pouvoir. Ce qu’ils prônent est tellement à l’opposé de mes valeurs. Ce phénomène est encore plus préoccupant que je le pensais
Cet ouvrage traite d’une vérité si criante, et de faits si bien assis qu’il m’en est difficile de comprendre pourquoi ce phénomène fait autant rage. Comment arrive t-on à endormir une si grande partie de la population? Pourquoi n’y a t-il pas plus de voix imposantes qui s’y opposent? Je conseille vivement au plus de gens de lire ce court exposé et de le partager au plus grand nombre.
Le phénomène de la ‘trash radio’ québécoise est exploré sous un angle concis et intéressant par l’auteure. J’ai lu cet essai dans le cadre d’un cours de français collégial et je l’ai adoré!
Un essai percutant et bien écrit qui se lit d’un trait. S’il est pénible à lire pour tout citoyen de Québec qui déteste ces radios et qui ne prend jamais connaissance du contenu qui y est diffusé, il demeure hautement pertinent et suscite la réflexion. À quand une prise de position politique de nos élus? Merci Madame Payette!
Une réflexion et un recueil franchement troublant et inquiétant sur les radios poubelles de Québec. Dominique Payette expose avec doigté leur fonctionnement, leurs faiblesses et leur modus operandi.
La lecture de ceci tombe à point, alors que Radio X traverse une crise avec des commanditaires qui les lâchent : peut-être y-a-t-il là une véritable solution pour ne plus tolérer ces pollueurs du climat social?
Excellente analyze du phénomène populaire des radios d’opinion à Québec
Excellente réflexion qui offre une bonne analyse du phénomène et fait prendre conscience des dangers potentiels qui nous guettent si l’on ne fait rien pour réglementer davantage le discours haineux. À lire et partager!
Par moments, la recherche est vraiment excellente et sort plein de petits détails extrêmement intéressants (comme la formulation "Liberté, je crie ton nom partout" qui vient de Paul Éluard, très à gauche et communiste), mais c'est en même temps un peu court. Le sujet est très large et damnant; j'aurais apprécié un ouvrage plus long qui couvre un peu plus de contenu.
On a un rappel très marquant que les animateurs de Québec sont des adolescents maladroits qui vivent intellectuellement au-dessus de leurs moyens ET qui changent d'avis à chaque 2-3 ans en espérant que personne ne s'en rende compte. Leur support à l'ADQ s'est transformé en un appui à la CAQ, chose qui est particulièrement comique aujourd'hui. Ils ont contribué à mettre Labeaume au pouvoir, juste pour faire chier Ann Bourget qui était la protégée de Jean-Paul L'Allier (qui les avait attaqué). Labeaume les a sincèrement détestés et ils le lui ont bien rendu, mais peu de gens semblent réaliser ce flip-flop permanent.
Proto ragebait maladroit qui fait son argent dans un écosystème aux revenus en chute libre, ils savent vendre leur salade à des gens qui ont besoin de défoulement. Leur public mérite d'être compris, par contre, plus que d'être ridiculisé parce que des crétins racoleurs réussissent à leur dire ce qu'ils veulent entendre. À quel point des richissimes animateurs de radio qui gagnent un gros salaire (des centaines de milliers de dollars) représentent réellement la population? En leur foutant de la merde dans la tête avec un talent rhétorique indéniable et en leur faisant croire que c'était leur idée.
La radio de Québec est un étron exécrable qui ne mérite plus exister et ce genre de sujet qui me passionne aurait mérité encore plus de couverture et de contenu, à mon avis.
Le livre commence en nous rappelant que René Lévesque considérait André Arthur un "termite social". Je ne me gêne pas pour dire que ça s'applique à l'ensemble du milieu.
Il est facile d'oublier les radios-poubelle de Québec quand on a déménagé à Montréal pour y étudier aux cycles supérieurs. L'essai de Dominique Payette m'a rappelé Neufchâtel et les 10 minutes d'autobus scolaire entre ma banlieue et l'école secondaire. Que je remplaçais dès que je pouvais par le vélo, excédée par les commentaires des animateurs de Radio X de ma tendre adolescence (je dois vraiment être le public cible de l'auteure...).
Au moment où on aborde enfin le racisme systémique, j'ai aussi été frappée par la normalisation du discours haineux et le laxisme du Conseil canadien des normes de la radiotélévision. C'est comme si on avait collectivement abdiqué devant l'intimidateur, qui en profite pour redoubler d'ardeur.
J'admire l'écriture de Dominique Payette qui est extrêmement efficace et claire. Avec Le coeur est une valeur mobilière de David Desjardins, voilà là deux ouvrages qui parlent de l'essence de Québec, sous son vernis touristique et bon enfant.
Petit ouvrage très intéressant et franchement bien écrit. Dominique Payette fait une analyse d'un phénomène troublant au Québec (et ailleurs dans le monde). Bien que le sujet soit choquant, la lecture du livre est très fluide et captivante. Le livre offre un portrait global de ces phénomènes au Québec et aux États-Unis tout en utilisant une panoplie d'exemples pour illustrer les idées. Bien que ce ne soit pas le mandat de l'autrice, j'aurais aimé savoir comment nous devrions réagir face à ces phénomènes de manière collective et individuelle.
Le travail présenté dans ce livre mériterait à mon avis d'être étayé davantage dans un plus gros volume incorporant des recherches et mécanismes psychologiques reliés aux phénomènes d'obéissance, de biais implicite, etc. L'analyse est macro et mériterait d'être un peu plus micro.
Un essai percutant qui retrace l'évolution des radios de Québec qui sont devenues, au fil du temps, des radios politiques associée aux limites de l'extrême droite.
Dominique Payette souligne par ailleurs la difficulté pour les acteurs politiques d'intervenir à l'encontre de ces radios en raison de leur influence sur la population.
On constate également la difficulté pour les organismes de régulation d'encadrer ces radios.
Finalement, Dominique Payette souligne l'évolution du mode de fonctionnement des radios qui tentent aujourd'hui de rejoindre des segments précis de la population en utilisant des animateurs sensationnalistes.
Très bon ouvrage qui épluche le phénomène des radios-poubelles au Québec. On parvient à comprendre la complexité et l’impact que ce discours a sur la population, sur ses auditeurs, mais également sur les victimes collatérales. La game économique et politique que cache ces radios est également très bien vulgarisée. Ce discours populiste est inquiétant et très désolant pour notre province. Il faut que ces animateurs cessent de propager la haine et d’installer un climat de terreur à Québec.
Probablement la lecture la plus déprimante que j'ai fait de ma vie et je viens pourtant de terminer un livre qui traite entre autre de programmes secrets de torture de la CIA. Mais ô combien essentielle pour ceux et celles voulant bien comprendre ce qui se trouve derrière le gangrènage d'extrême droite de la société québécoise. La seule chose qui m'a procuré du bonheur en lisant ce livre est le fait qu'André Arthur est présentement entrain de pourrir en enfer.
Un livre important et très informatif. Payette explique clairement dans quel contexte sont nées et prolifèrent les radios-poubelles, et donne de nombreux exemples de leurs excès.
Une lecture qui fait réfléchir, qui peut causer de la colère et de la frustration envers les radios-poubelles, mais une lecture nécessaire en ces temps troubles.
Quand l'intolérance trouve une tribune, ça dérape. C'est épeurant de voir le pouvoir qu'ils ont sur la population. Beau constat de la situation. Par contre, je ne peux m’empêcher de penser que ce livre ne trouvera pas preneur auprès de l'audience des radios poubelles et qu'il prêche donc à un public conquis...
« L'histoire nous invite toutefois à la vigilance, et l'expérience de dérégulation chez nos voisins du sud devrait nous inciter à faire preuve de prudence. Face à des phénomènes dont on mesure encore mal l'ampleur et l'incidence sur notre démocratie, n'est-ce pas le rôle de nos élus de prendre les précautions nécessaires pour éviter le pire? »
Vraiment intéressant, fait réfléchir. Si vous appréciez déjà le travail du collectif Sortons les radios poubelles, vous allez apprécier cet essai écrit de manière très rigoureuse. Je l'ai lu en une fois tellement je pouvais pas m'arrêter! :)
Le mots, souligne le philosophe Victor Klemperer, "peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique se fait sentir."
Cette lecture est un essentiel pour mieux comprendre l'impact que peuvent avoir les radios poubelles sur la société. Frustrant par moment, mais il nous permet de comprendre une réalité trop tristement véridique de notre société actuelle.
Lecture doublement percutante quand on sait ce que les animateurs de ces radios ont véhiculé en ondes à propos de la pandémie. Ce livre est sorti 2 ans trop tôt!