La Gavalda, c'est une ancienne étudiante à moi qui me l'a fait découvrir et elle ne cesse pas de m'émerveiller, depuis. Je l'ai déjà dit: elle maîtrise l'art du croquis - quelques traits de crayon et voici tout un monde, charmant, mystérieux et discret, d'une beauté et d'une grâce ineffables: un coin de rue, une silhouette élégante, un chapeau audacieux, un chien sans défense, des contours qui suggèrent sans jamais définir. Une impression de la vie telle qu'elle pourrait être plutôt qu'une tranche de la vie réelle.
Comme dans "Je l'aimais", l'histoire est simple et brève et pas vraiment une histoire: quatre frères, Garance (la narratrice), Simon, Lola et Vincent s'évadent de leurs fardeaux quotidiens pour passer un après-midi sans soucis ensemble. Que des choses sont capturées dans ce mini-roman (plutôt une novella)! Le plaisir de la courte et passagère révolte, l'amour fraternel inconditionnel, les petits gestes insouciants, mais surtout, le désir de l’héroïne que ce moment-là s'éternise, que la vie n'anéantisse pas la fragile beauté de leur fratrie. Car résonnait, dans le ton en même temps doux et triste et chaleureux, le même cri désespéré de Faust à la fin de l’œuvre de Goethe (je sais pas si ma traduction est assez précise, mais ça va aller): Temps, arrête-toi, je suis heureux!