Ce livre m’a complètement bouleversée. Il traite d’un sujet qui prend énormément de place dans ma vie, que j’ai parfois du mal à gérer : « Le temps qui passe ».
Ce livre m’a à la fois brisé le cœur, comme il l’a réparée.
Je n’ai jamais autant pleurer en lisant un roman, peut-être parce qu’il fait écho à beaucoup de mes pensées.
Je vais avoir besoin de temps pour me remettre de ces émotions.
Virginie Grimaldi, merci 💛
« Chère Marceline de vingt ans,
Tu viens de descendre du bus qui te mène vers ton avenir. À tes côtés, Anatole, que tu connais à peine, porte les deux valises qui renferment votre vie. Tu aimerais pouvoir faire un tour dans le futur pour cesser de t'inquiéter. Tu le caches bien, personne ne sait à quel point tu es anxieuse, mais je n'ai pas oublié.
Tu vas être heureuse, Marceline. Tu vas avoir une belle vie, faite de petits bonheurs simples et de quelques
malheurs que tu accepteras de surmonter.
Tu ne t'es jamais sentie aimée. Ton père était violene. ta mère passive, tu as granai sans amour, croyant que c'était ta destinée. Ce n'est pas ta destinée. Tu vas être aimée, profondément, entièrement. Tu ne seras plus jamais seule. Tu n'auras qu'à tendre l'oreille pour entendre le cœur de celui qui ne lâchera jamais ta main.
Tu vas l'aimer de la même manière. Pour ce qu'il est, pour ce que vous êtes ensemble. A l'instant où je t'écris, j'ai quatre-vingt-trois ans, et il ne s'est pas passé une journée sans que je mesure ma chance d'avoir rencontré Anatole.
Oh, bien sûr, nous ne sommes pas dans un conte de fées.
Il t'arrivera de tout remettre en question, de penser que c'est mieux ailleurs, même d'élaborer des scénarios pour faire disparaître le corps de ton époux, mais tu finiras par te demander comment tu as pu envisager de vivre sans lui.
Tu auras une petite fille qui te comblera de joie, tu passeras des heures à regarder son petit ventre se soulever quand elle dort, à lui tricoter pulls et robes (par-fois laids), à écouter sa voix aiguë te dire que tu es la meilleure des mamans, et tu y croiras. Gave-toi d'elle, les pessimistes qui ne cessent de te répéter que ça passe vite ont raison. Néanmoins, ne te roule pas dans la nostalgie : son départ du nid ne sonnera pas la fin de ton existence.
Je ne veux pas tout dévoiler, les surprises sont le sel de la vie, mais, tout au long du chemin, tu rencontreras des personnes merveilleuses, tu t'en rendras parfois compte plus tard, mais elles seront là, autour de toi.
Évidemment, tu connaîtras des épreuves, dont tu penseras ne jamais pouvoir te relever. Il te faudra parfois du temps pour sortir du gouffre, mais tu y parviendras.
Tu es forte, Marceline, bien plus que tu ne le crois. Je ne vais pas te mentir: ce qui ne nous tue pas ne nous rend pas forcément plus fort. Certaines blessures laissent des plaies béantes, tu seras quelquefois obligée d'enfiler une carapace ou de te cacher sous une forêt de piquants.
Mais le bonheur se remarquerait-il si on le croisait tous les jours ?
Une dernière chose: tu es belle. Ne sois pas si dure envers toi. Offre-toi la tolérance que tu offres aux autres.
Ce corps que tu détestes est ton plus beau cadeau de naissance. Il t'a offert la liberté. Un jour, tu comprendras que la beauté ne se mesure pas. Elle n'a pas les sourcils épilés ou la bouche rouge sang, elle ne porte pas de talons ou de cheveux crantés, elle ne suit pas les modes, elle ne se maquille pas. Elle ne se voit pas dans un miroir.
Vis, danse, ris, aime, cours, découvre, vibre, profite.
Ne perds jamais de vue l'essentiel: l'histoire a vraiment une fin. Ne perds pas de temps. C'est maintenant. Et cela vaut le coup.
Prends bien soin de toi.
Marceline de quatre-vingt-trois ans. »