Cruauté, fraudes, drogues, invasions de domicile, meurtre de chiots. Les braises exorcise les pulsions les plus sombres en donnant à lire des scènes décadentes, à la fois surréalistes, inquiétantes et familières. L’auteur met en scène un esprit mauvais, un personnage sans nom, décalé et déviant, qui s’adresse à un improbable double de lui-même. Cette correspondance à sens unique est un violent coup de bélier, un délire exalté contenant les souvenirs d’un homme aigri et marqué par une enfance atypique. Élevé par un père caractériel, presque inadéquat, le narrateur tire à bout portant sur tout ce qui bouge, déblatère sans relâche, pointe un long doigt tordu sur ceux qui l’entourent, n’épargnant rien ni personne. De cet homme broyé en dix mille morceaux émerge le portrait d’un redoutable monstre, un ennemi en tout point semblable à celui qui dort en chacun de nous. Porté par le lyrisme et la prégnance des images, ce récit semi-fictionnel est un lent démembrement, une exécution sauvage, et surtout un rappel qu’on ne peut échapper à soi-même éternellement, au risque de voir les fondements de son identité s’effondrer.
Né à Québec en 1977, Charles Quimper tenta d’abord de se faire pêcheur de homard avant de réaliser qu’il était atteint d’un mal de mer insurmontable. Il devint alors installateur de piscines hors terre et vendeur de fermetures éclair, avant de devenir libraire puis collaborateur à plusieurs revues et magazines. Marée montante est son premier roman, et Tout explose son premier recueil de poésie.
Son entrée dans le monde littéraire a été, pour moi, fracassante. MARÉE MONTANTE a été une grande lecture. Dans mes tops de 2017. Je l'ai recommandée à plusieurs. Un livre dense. La mort d’un enfant. La culpabilité. Le vide. Le livre était court : son auteur, Charles Quimper, avait d’ailleurs avoué ne pouvoir le faire plus long, voulant respecter la capacité de tristesse et de lourdeur que peut absorber un lecteur.
L’an dernier, Quimper riposte avec TOUT EXPLOSE, un recueil de poésie. J’ai été charmé par la beauté des textes. La franchise, l’abandon, la résilience transcendante, ma ville, tout y était. La poésie dissimulée dans son premier roman explosait ici dans de courts textes. Simples et complexes à la fois, les écrits demandaient à être lus, puis relus, pour ajouter une couche de subtilité aux mots, aux idées. Une réussite.
Arrive maintenant LES BRAISES, que la maison d’édition appelle une semi-fiction. La plume du poète y est. La lourdeur du premier roman également. Le lecteur doit parfois prendre une pause entre les sections, question de souffler et de libérer la pesanteur de ce qu’il vient de lire.
C’est en fait une correspondance à sens unique adressée à Quimper, dans laquelle, nuit après nuit, un homme tisse le bilan d’une vie difficile, d’une vie ancrée dans le conflit avec son paternel, dur et peu aimant. Il présente ensuite les effets de cette relation sur le reste de sa vie, sur la dynamique familiale actuelle avec ses enfants et sa conjointe. Il accuse Quimper de vivre dans la ouate, alors que lui n’a connu qu’ombre et écueil. C’est direct, glauque. In your face.
Cependant, le lecteur tarde à saisir l’objectif du rédacteur de ces lettres. Pourquoi jette-t-il ainsi son fief à un auteur? Qu’a fait le Quimper du livre pour mériter un tel concert de mépris?
Puis, BANG! Le lecteur croit comprendre —ce lecteur n’est pas vite vite, je le concède— que l’auteur de la lettre est devant un miroir. C’est Quimper contre Quimper. Le sombre contre le grégaire.
Une fois la lecture terminée, le lecteur ne constate aucune satisfaction. L’omniprésente lourdeur a été monocorde, sans nuance, sans payback. Le lecteur a donné toute son attention, mais n’en récolte qu’amertume et désolation. L’écriture de cette semi-fiction —c’est le volet semi-fiction, justement, qui inquiète davantage le lecteur— a peut-être été thérapeutique pour l’auteur, mais sa lecture, elle, s’avère stérile.