L’amitié est ce qui reste quand on a tout perdu. Alors Nil n’hésite pas : dès que Mock le contacte, il accepte de le suivre. Même s’ils ne se sont pas dit un mot depuis quinze ans. Même si c’est pour convoyer une urne funéraire. Et même si la destination n’est autre que Ti-Gwern, cette grande maison où, quelque vingt ans plus tôt, ils étaient une poignée à partager leur jeunesse. Nil sait pourtant qu’on n’efface pas le temps en remontant une vieille route : les rires et la musique, les vins parfumés, les regards, les désirs qui animaient tous leurs séjours dans ce lieu hors du monde, sont désormais bien loin… sans même parler de Maud. Alors, est-ce l’amitié ou la nostalgie qui le motive à faire le voyage ? Ou devinerait-il, sans vraiment se l’avouer, que rien n’est vraiment fini tant qu’on ne s’y résigne pas ?
Un appel inattendu, un voyage vers le passé, des secrets cachés, des vérités inavouées & une disparition! C’est un cocktail fort en rebondissement que nous propose ce roman.
Un début déroutant mêlant passé et présent, qui au fil de la lecture, prend son rythme et donne du cachet à l’histoire. Une mise en situation des personnages avec des personnalités complexes dont celle de Mock… La plume de l’auteur donne une fluidité à la lecture sans pour autant l’alourdir entre la « personnalité naïve, un peu cliché » d’Emmanuel & le reste de la bande.
A partir de la page 100, j’ai pris le rythme et je n’ai plus voulu le lâcher, la subtilité de l’intrigue nous poussait à chercher à savoir le pourquoi du comment, à chercher le but et la raison de cette action. Tant de questionnements qui nous donnent envie d’en savoir plus. A la quête de réponses, Emmanuel alias Nil se retrouve avec plus de questions. Un personnage, qui au fil du temps évolue entre doute , remise en question et confiance en soi, la route paraît sinueuse…
On suit donc Nil, qui se voit recontacter par son ami Mock alors qu'il ne l'a pas revu depuis 15 ans, pour convoyer une urne funéraire à Ti-Gwern. Il est donc replongé dans ses souvenirs de jeunesse tandis que Mock disparaît sans laisser de traces. Il sera alors aidé par Maud et d'autres personnages que l'on découvre progressivement au sein du récit.
C'est une très belle lecture qui comporte une certaine morale sur la vie et l'amitié. On est plongé directement dans des souvenirs de jeunesse qui sont plus ou moins joyeux. Le récit est écrit à la première personne ce qui nous permet d'être dans la tête de Nil du début à la fin. Il comporte également beaucoup de description mais juste assez pour être totalement porté par l'histoire. L'écriture est fluide, la lecture est douce, c'est le genre de roman qui nous font réfléchir sur certains aspects de la vie.
La couverture est très belle bien qu'au début du roman, nous ne savons pas quel personnage elle interprète tout comme le titre qui reste totalement mystérieux. Chaque élément nous est révélé au cours de notre lecture. Le personnage de Mock est également mystérieux mais plus dans le sens où il est compliqué à cerner car ses réactions ne sont pas toujours comprises de son entourage mais il n'en reste pas moins tout aussi intéressant que les autres face à toute l'intrigue de sa soudaine disparition.
On découvre les souvenirs mais également les secrets de chaque personnage composant le roman et petit à petit nous sommes également amenés à réfléchir sur notre propre vie et l'amitié que l'on porte à notre entourage mais aussi aux pistes que les personnages abordent dans le récit concernant cette disparition de Mock.
Cela fait quinze ans que Nil n’avait pas eu de nouvelle de Mock, son ami. Mais quand celui-ci l’appelle pour lui demander de le soutenir lors de la dispersion des cendres de Richard en Bretagne, Nil ne se pose pas de question et accepte. Une fois à Ti-Gwern, Mock disparaît sans laisser de trace. Après s’être échiné à rechercher son ami – sans succès – , Nil rentre chez lui, bien décidé à oublier ce week-end. Mais ses résolutions vont vite tomber à l’eau quand Maud, la sœur de Mock, l’appelle pour savoir où est passé son frère, qui n’a toujours pas redonné signe de vie…
Albédo, c’est la dissection d’une amitié, de son début jusqu’au moment présent. Comment a commencé cette relation ? Comment se sont-ils connus, en sont venus à passer quasi toutes leurs vacances ensemble en Bretagne ? Et surtout quelle est la raison de la séparation de ce groupe d’amis disparates… Bref, autant de questions dont les réponses se trouvent dans ces pages.
Mais pour moi, ce roman, c’est lâcher sa vie d’enfant/adolescent, pour enfin passer à celle d’adulte et être enfin acteur de sa propre vie. Car bien que Nil soit un adulte, on sent bien qu’il reste bloqué dans le passé et ne prend pas de risque dans sa vie, au point d’en perdre sa femme qui voulait bien plus que ça. Un Nil qui refuse de voir la vérité en face, assommé par sa routine, ne cherchant pas plus loin que le bout de son nez. Ce retour à Ti-Gwern est comme un ultime adieu à cet ancien-lui, pour embrasser de nombreux changements dans sa vie.
Côté écriture, je me suis retrouvée déboussolée plus d’une fois, l’auteur partant dans tous les sens à certains moments. Et à trop vouloir ménager le suspens, Sébastien Fritsch laisse s’installer quelques longueurs. Ce sont pour moi les seuls points gênants de cette lecture, tant j’ai été prise à côté dans ce retour à Ti-Gwern et les souvenirs de Nil.
Concernant la fin, nous ne savons pas vraiment qui est donc la personne – l’élément perturbateur – , qui à cause de son acte, a fait chasser tous les vacanciers de la demeure bretonne. Mais qu’un certain personnage connaisse exactement la forme de la cicatrice que l’élément perturbateur a reçu me laisse perplexe et songeuse…
En bref, Albédo est un roman sur l’amitié qui nous rend nostalgique avec ses nombreux flashbacks. Une bonne lecture, si on ne regarde pas trop du côté de ces moments où l’on est mené dans tous les sens sans vraiment en comprendre le but.
L’appel d’un vieil ami perdu de vue, une urne funéraire, un voyage à destination d’une maison bien connue autrefois, puis la disparition inexpliquée de Mock… Mais pourquoi a-t-il disparu aussi vite qu’il est réapparu dans la vie d’Emmanuel ? Cette question, de laquelle en découlera beaucoup d’autres, est le point de départ d’une enquête qui conduira Emmanuel sur les traces d’un passé qui n’est pas aussi révolu qu’il n’y paraît.
L’auteur alterne entre présent autour de la recherche de Mock et passé, à travers le flot de souvenirs de Nil, surnom d’Emmanuel, ce qui donne du rythme, un tempo à l’histoire. Malgré un côté introspectif, l’histoire ne se révèle d’ailleurs jamais ennuyante, mais suscite au contraire, sans relâche, l’attention et l’intérêt des lecteurs.
Cette alternance présent/passé apporte également un certain suspense puisque l’on en vient à se demander ce qui a pu se produire il y a presque vingt ans pour conduire à la situation actuelle. L’auteur joue avec notre imagination nous donnant au compte-gouttes des informations sur cette bande d’amis qui s’est perdue de vue, le jour où la plupart des membres ont été éjectés de la maison sans ménagement par le propriétaire des lieux.
Nous ne sommes clairement pas dans un thriller qui vous tiendrait en haleine par un suspense haletant, mais dans une histoire où les nombreuses questions non résolues apportent un certain mystère qui vous donne envie d’en apprendre plus sur Emmanuel, Maud et leurs anciens amis.
J’ai beaucoup aimé ce livre ; j’aurais donc spontanément tendance à le conseiller à tous. Néanmoins, après réflexion, je pense que cet ouvrage ne plaira pas à tout le monde, ce n’est pas un livre passe-partout ni un roman bourré d’actions et de rebondissements abracadabrantesques.
Ce livre plaira avant tout aux personnes qui aiment les histoires d’amitié comme certains aiment les histoires de famille, les deux ayant en commun de contenir leur lot de secrets, de non-dits, d’espoirs déçus, de mystère, mais également leur lot d’éclats de rire, de complicité et de moments heureux.
Le roman séduira de la même manière les lecteurs qui aiment les histoires mettant en scène un personnage non pas parfait, mais parfaitement attachant à la psychologie développée.
Ainsi, en suivant Nil dans son enquête pour comprendre le mystère entourant la disparition de Mock, on apprend à le connaître, lui et ses qualités mais aussi ses failles. On sent l’agacement poindre le bout de son nez quand il découvre que Mock l’a laissé seul dans la maison, on comprend sa déception, ses regrets, sa douleur face à un amour de jeunesse jamais partagé, on perçoit son inquiétude, sa colère face à un ami intime qui semble tellement insaisissable…
On s’agace aussi parfois de son comportement, de son extrême gentillesse qui le rend quelquefois « mou » ou détaché de sa propre personne, renvoyant de lui l’image de néant que Mock lui attribuait. En d’autres mots, on s’attache à Nil, un personnage profondément humain qui évolue tout au long du roman prenant un peu plus d’assurance même si, comme vous le découvrirez, il lui reste du chemin à parcourir avant d’arriver à complètement s’affirmer sans ressentir le besoin de fuir ni de tout accepter.
C’est ainsi que plusieurs jours après avoir tourné la dernière page du roman, il m’arrive d’avoir une pensée pour lui comme s’il était difficile de dire définitivement adieu à un ami. Il faut dire que la finesse avec laquelle l’auteur nous fait entrer dans la vie de ce personnage donne presque l’impression aux lecteurs de le connaître réellement.
En plus de la qualité de la plume de l’auteur, j’ai adoré les dialogues. Je déplore régulièrement un manque cruel de fluidité et de naturel dans ce domaine. J’ai donc été enchantée de découvrir des dialogues réalistes qui auraient pu être échangés dans la vraie vie.
La seule chose qui m’a moins convaincue dans le roman est la raison qui a poussé Mock à disparaître. Je ne peux pas détailler les raisons de mon scepticisme sans vous spoiler, mais ça m’a somme toute semblé être tiré par les cheveux. Cependant, je dois reconnaître que ça ressemble bien à cet homme qui nous apparaît, à travers les yeux de Maud et Emmanuel, aussi brillant que torturé.
Enfin, et c’est bien sûr une opinion toute personnelle, j’aurais adoré voir Ti-Gwen en couverture, cette maison d’apparence abandonnée et délabrée étant un peu à l’image de l’amitié unissant Emmanuel et ses amis, partie en déliquescence faute d’entretien…
En conclusion, Albédo est un roman plein de sensibilité où la psychologie des personnages et en particulier celle de Nil est mise en valeur par la finesse de la plume de l’auteur. Dès les premières lignes, les lecteurs sont embarqués dans cette histoire de disparition qui, en plus d’être mystérieuse et porteuse de nombreuses questions, est aussi l’occasion de nous offrir un voyage dans une histoire d’amitié conjuguée au passé et au présent.
Vous pouvez acheter ou lire les premiers chapitres du roman sur le site des Éditions Fin mars début avril.