De l’humour dans les mathématiques à l’éthique dans le hockey en passant par la place de la religion dans notre société, Normand Baillargeon nous offre, dans L’esprit en marche, des chroniques variées qui invitent à pousser plus avant la réfl exion sur des enjeux qui touchent toutes les sphères de nos vies. Pour une rare fois, l’auteur parle aussi des raisons qui l’ont poussé à quitter l’enseignement universitaire et de son athéisme qu’il défend avec noblesse.
Voici un essai qui demande de prendre le temps de considérer notre rapport aux choses sous différents angles, de ralentir dans cette ère où notre consommation d’informations, à la manière du fastfood, est trop souvent vite absorbée et mal digérée.
Teacher at the University of Quebec at Montreal (UQAM) in Education Sciences, he has written many essays on Philosophy. His most famous work is Petit cours d'autodéfense intellectuelle.
Cet ouvrage est une ode à l'esprit de recherche indépendante, orientée aux valeurs de l'humanisme athée, de la vérité, de l'impartialité, du désintéressement, et de la quête de solidarité.
Hume, Kant et Bertrand Russell sont les principaux compagnons de route du philosophe et pédagogue. Il reconstitue un certain nombre de leurs propositions en éthique, en esthétique et en philosophie politique, pour éclairer diverses facettes du monde courant.
J'ai le plus apprécié, parmi les 4 parties et 11 chapitres de L'esprit en marche , la rencontre d'un libéralisme politique allié à un socialisme économique chez Bertrand Russell (chapitre 4 portant sur son voyage en URSS), et l'abord proposé aux questions : pourquoi et en quel sens sommes-nous dans un monde dominé par la post-vérité ou la bullshit (le mépris des faits et la production de faits alternatifs) (chapitre 9), pourquoi est-il préférable de cesser de considérer la religion comme une catégorie de penser et d'action à part, non redevable envers les règles que nous reconnaissons comme étant à la base de la vie commune - à commencer par l'interdit du viol et la réprobation du mensonge (chapitre 10) ?
L'ouvrage est d'une lecture facile, et témoigne des habilités de vulgarisateur de Baillargeon. Le plaisir de le lire vient de la clarté avec laquelle sont articulées certaines idées phares des philosophes, ainsi que de la défense de l'engagement au sens pré-cité (engagement envers la recherche libre sur lequel Baillargeon s'explique, tant du côté des sources intellectuelles qui l'y disposent et qui devraient aussi nous y conduire, que des difficultés et tensions générées du fait de cet engagement lors de sa vie de professeur universitaire).
Deux bémols : le choix de certains sujets pourrait en rebuter quelques-uns (je pense au hockey et aux mathématiques, lesquelles sont mises en relation avec l'humour - l'humour sur les incongruités, l'humour visant à affirmer une supériorité personnelle, à produire des auto-contradictions performatives, ou à avancer une vision calmement tragique et désespérée de la vie). Ensuite : Baillargeon n'a pas l'écriture fine et moqueuse des Serge Bouchard et Bernard Arcand (qui ont popularisé l'exercice d'ennoblissement des lieux communs par des mises à distance anthropologiques). Son style direct et relativement sec pourrait être d'une aide limitée pour amener le lecteur non déjà convaincu de ce qu'il avance de persévérer à le lire et à se rendre à ses raisons.