Je suis tombée sur ce livre par hasard, dans la section Islam de la BU de ma fac. Dire que je l’ai lu d’une traite serait mentir. Page après page, chapitre après chapitre, j’avais besoin d’un temps pour digérer et en intégrer le contenu.
Asma Lamrabet voue ce livre exclusivement à la correction de certaines conceptions sur les femmes en islam, à l’aide d’une recontextualisation historique de certains versets et même la remise en cause de l’authenticité de certains Hadiths. Les références sont sourcées, les chapitres évoquent chacun les grandes questions des femmes en islam telles que le voile, la tutelle du mari ou du père, la question du mariage interreligieux… en proposant une relecture éthique et fémino-inclusive, ou du moins, non patriarcale.
La démarche est louable et légitime, surtout dans un contexte de montée de certains courants rigoristes pouvant menacer les droits des femmes.
Cependant, l’entreprise me semble presque aussi sélective que celle critiquée : si certaines prescriptions sont recontextualisées au nom d’une éthique de justice, cela soulève la question de l’universalité de la révélation, censée transcender son contexte d’origine.
De plus, la critique des interprétations patriarcales, bien que pertinente, laisse en suspens la question de la légitimité des autorités classiques, dont les lectures s’inscrivaient dans des traditions herméneutiques structurées, et ne relevaient donc pas simplement d’interprétations arbitraires, mais d’un cadre théologique cohérent leur offrant les bases pour ces lectures.
Ainsi, l’ouvrage apporte une relecture plus juste du texte, mais ne répond pas pleinement aux enjeux métaphysiques ou épistémologiques liés à la normativité du Coran. Il s’agit davantage d’une critique des interprétations humaines que de la révélation en elle-même, ce qui biaise légèrement l’analyse, dans la mesure où le cadre théologique de départ n’est jamais réellement interrogé et la réflexion reste inscrite dans le cadre interne de la pensée islamique.