Dans cet épais roman, l'antipathique Andrea Cort et son amant à deux corps se retrouvent rapidement emprisonnés dans un ascenseur spatial avec une dizaine d'autres personnes et, très vite, un mort. Et oui, malgré la quincaillerie très science-fictionnelle, ce roman est un whodunit des plus classiques, avec les avantages et inconvénients typiques de ce format d'enquête.
Dans les avantages, il faut bien sûr des personnages hauts en couleur, et c'est le cas avec la famille Bettelhime et ses étranges serviteurs. J'allais dire que certains personnages sonnent creux, et il s'avère que ces personnages creux le sont pour des contraintes internes. C'est très bien pensé.
Il faut aussi, pour un bon whodunit, un meurtre aussi inexplicable que monstrueux. Et là, on est servi. Le corps qui pourrit sous les yeux des personnages est sensible même à travers le media pas très olfactif du texte. Et il sera aussi visible qu'encombrant dans tout le livre, révélant bien sûr le meurtrier puisque ça fait partie de la forme.
Dans les inconvénients, je suis toujours mal à l'aise avec cette forme dans la science-fiction, puisqu'elle réduit bien souvent la puissance science-fictionnelle à un décor. Et là, c'est le cas. Bien sûr, l'amant de Cort sort du lot, mais pas tant que ça. Et comme tout le reste du décor a été exclu par l'auteur (pas d'extra-terrrestres, pas de wifi - ou équivalent, pas de vaisseaux spatiaux), on se retrouve réduit à un récit d'un style éminement daté. J'ai en même temps conscience que le rôle d'Andrea Cort (procureure extraordinaire) nous pousse dans le monde du procedural à l'américaine, mais là, on est remonté encore plus loin dans l'histoire du genre policier.
Du coup, je trouve cette histoire inférieure, sans doute parce que je ne suis pas fan de ce genre d'enquête qui est un piège pour lecteur : le lecteur essaye de faire preuve de son intelligence face à un auteur qui, par la nature même du media, ne saura jamais que le lecteur était intelligent.
A contrario, la nouvelle présente en fin d'ouvrage est bien plus intéressante, bien plus vivante, même si Andrea Cort n'y est qu'un troisième rôle. On a là une exploration plus vivante de la Nouvelle-Londres servant de base à notre procureure préférée.
Alors voilà, si vous aimez les enquêtes, les huis-clos, les whodunit, c'est pour vous. Personnellement, ça n'est pas exactement pour ça que je lis de la SF.