Les Bérynx : une famille ordinaire, avec son patriarche autoritaire, ses mères affairées, ses enfants fragiles, ses secrets non partagés et son lot de drames. Et il y a Pierre, qui vient de se greffer sur cette famille comme une sorte d'ange gardien dont on ignore presque tout, homme à tout faire, mais aussi à tout défaire. Jusqu'au jour où il disparaît sans laisser d'autres traces que les brèches qu'il a ouvertes en chacun.Roman des origines autant que de la construction de soi, L'Inaperçu , comme Magnus , fait coexister le plus sombre de l'Histoire et des tragédies individuelles avec l'imprévisible, la puissance de l'imaginaire, les rêves les plus fous, tout ce qui échappe à l'emprise du temps et permet d'inventer son destin.
Germain received a doctorate in philosophy from the Sorbonne, and taught it at the French School in Prague from 1987 to 1993. She claimed that philosophy, 'a continuous wonder' to her, was also too 'analytical', and she switched from Descartes and Heidegger to Kafka and Dostoevsky. She grew up in rural France, in an area steeped in mythology and folklore, and she admitted 'that the power of place had a huge effect on me but it was an unconscious one'. That her prose was 'related to the earth ... the soil, the peasants, the trees', was revealed in her first novel, The Book of Nights (1985), which won six literary awards. The second novel, Night of Amber (1987) continued from the first, and was followed by Days of Anger (1989). Despite this three-part structure, Germain claimed that she was 'trying only to express an obsessive image and to explain it to myself. I have no pretensions to creating a mythos. Each book begins with an image or a dream and I try to express that and give it coherence.'
This is the first novel I read from French author Sylvie Germain. The story is set in rural France after WWII and spans decades. Readers follow a family of several generations of an upper middle class living in rural areas. The book is divided in several parts and each one is about a specific moment in the family's life and jumps to another one years later.
The main theme is as implied by the title. The recurrent theme with most characters is about the absent people in our lives whether died tragically, left without a trace or lost track of them. These absent people could have had a great role in our life for a short period of time of a long one such as a spouse or a friend or a parent never met.
Readers can easily relate to the story, the main theme and some of the characters. However, the story jumps from one decade to another and from one character to another. It is more a multi character story than a story with a leading character.
Après une dispute avec sa femme, Sabine, causée par un billet de loterie gagnant qu’il avait perdu, Georges est mort dans un accident de voiture. Depuis la mort de son mari, Sabine est obligée de s’occuper de l’entreprise familiale et d’élever seule ses quatre enfants (Henri, Hector, René et Marie), essayant de tenir à distance son beau-père, Charlam, dont l’autorité patriarcale domine la famille. Un jour, elle rencontre dans la rue Pierre, qui joue le rôle de Père Noël dans un grand magasin et elle lui propose un poste dans son entreprise, celui-ci lui inspirant de la confiance (« Il y avait de la bienveillance dans son regard et dans sa voix, et un je-ne-sais-quoi de tremblé, entre douceur et chagrin. Et la fugitive pression de sa main sur son coude, quand elle a buté sur la marche, lui a semblé chaleureuse... »). Dans quelques années, Pierre commence à occuper une place importante dans leur famille. Il devient un confident pour Sabine, un frère aîné pour Henri et un ami pour Marie, d’autant plus précieux qu’il est le seul digne de porter ce nom: « elle a quelques camarades, mais pas d’amies » (en dehors de Zoé, un personnage imaginaire qui accompagne Marie tout au long de son enfance). Cependant, Pierre – « homme à tout faire », dont on ignore l’histoire – disparaît un jour, laissant dans la famille de Sabine un vide qui fait chacun se rendre compte de sa discrète importance (« cet homme qu’elle avait cru de peu de poids lorsqu’il était présent, et qui en avait tant pris au fil de son absence » ; « Ce qu’a perdu Henri avec Pierre, c’est le frère aîné qu’il n’a pas eu et dont il rêvait. »). Marie, la seule fille de la famille, est un des plus intéressants personnages du roman de Sylvie Germain. Ayant perdu un de ses pieds dans l’accident qui a tué son père, Marie, par sa riche imagination qui la rend spéciale, considère que ce pied amputé lui permet de « s’aventurer derrière la peau des choses, sous la terre, jusqu’aux séjours des morts, et sous l’écorce des arbres ». S’aventurer peut-être au-delà des apparences pour découvrir… « l’inaperçu »? Et qu’est-ce que, en fait, cet « inaperçu »? Henri seul réussit à découvrir « une fenêtre ouverte sur le monde, sur l’inexploité du monde » par le poster reproduisant un tableau du peintre Rothko, que Pierre garde dans son appartement. C’est en fait au moment de la découverte de Henri que l’auteur nous explique le terme d’ « Inaperçu » retrouvé dans le titre du roman: « il s’agit d’un inaperçu qu’un homme s’est appliqué à rendre discernable, sensible, l’inaperçu de drames où le visible et l’invisible, la lumière et la nuit se frôlent, en s’éraflant ou se caressant, où les couleurs se meuvent à fleur d’immobilité en un double mouvement de contraction et de dilatation, où une aventure silencieuse se joue dans l’inconnu d’un espace en expansion. ». Et c’est cette « aventure silencieuse » que Sylvie Germain décrit dans les pages qui suivent. Le passé est celui qui trace le portrait d’un homme, un homme sans passé n’a donc pas de portrait, son image est floue pour les autres. Ainsi Pierre reste-t-il un « inaperçu » pour ceux qui ne connaissent pas son passé, malgré l’importance qu’il a pour eux, remplissant le vide causé par la disparition subite de Georges. « Quand la mort fait intrusion si subitement dans l’ordinaire du temps, elle provoque un séisme, le temps à la fois se fige et se désheure, le quotidien se trouve frappé d’inanité, la réalité semble s’évider de toute substance, de toute vraisemblance, par excès même de factualité », écrit Sylvie Germain. Ainsi, le rôle de Pierre est de faire chaque membre de la famille retrouver sa « place », car « la paix est à ce prix ». Cependant, il est un « inaperçu » pour les autres personnages et même pour les lecteurs jusqu’au moment où, après avoir fait le lecteur s’imaginer qu’il ne découvrira jamais le passé de Pierre (et oublier même, comme les personnages du roman, que Pierre a un passé), l’auteur présente son histoire: issu d’une famille particulière (un père homosexuel, contraint par ses parents à se marier et une mère qui « le considérait comme un bâtard qui se serait glissé subrepticement en elle » et qui, pendant la guerre avec l’Allemagne, quand son mari y est parti, donna naissance à l’enfant d’un soldat qui « portait l’uniforme de l’ennemi », à une fille qu’elle a appelée Zélie). « Corps de la mère, corps du père, corps de la petite sœur »… voilà la famille et le passé de Pierre, « petite constellation d’astres de chair éteints, redevenus poussière, mais dont l’ardeur fut telle que son rayonnement se prolonge bien après leur extinction ». C’est après s’être « aventuré dans ces labyrinthes » de son passé que Pierre arrive à « marcher d’un pas sûr », à repartir de zéro (« Mais ce zéro n’est pas un trou, pas un néant ni une misère, c’est un beau rond dans l’eau du temps, prêt à s’ouvrir et s’évaser, un globe de feu léger à soulever, une balle. Pierre se sauve. »). Ces deux verbes – « s’ouvrir » et « s’évaser » – font de l’ « Inaperçu » une « fenêtre ouverte sur le monde ». Sylvie Germain réussit, par son écriture lumineuse, par ses phrases poétiques et, surtout, par sa précision dans la description de la nature humaine à créer le portrait d’un monde fragile, une histoire de famille dramatique, dont chaque personnage impressionne le lecteur par son unicité et par sa complexité.
J’étais très mitigée pendant une longue partie du roman, avec un schéma classique des familles bourgeoises et des tares qui l’habitent (patriarche, inceste, transmission), avec une forme de condescendance à accueillir un pauvre (spoiler : il n’a été qu’un passage dans leur vie et ne reste qu’un souvenir puisqu’il continue à être seul). Cependant, et c’est lui qui a permis de faire émerger la poésie de ces relations lorsque son passé familial est évoqué et qu’il a essayé de disséminer auprès des membres de la famille, et notamment la dernière de la fratrie dans laquelle il a dû reconnaître sa sœur. J’en garde une vague frénétique qui m’a parcouru à la lecture des derniers chapitres.
Le style de l'auteure : on ne peut pas en faire abstraction. J'ai été très marquée par la répétition de certains mots (pas plus de deux fois, mais des termes saillants : moucharabieh, par exemple). On suit le parcours des membres de la famille Bérynx. Chacun a quelque chose à cacher, on s'en doute, on attend de passer à leur histoire : Zoé, Pierre, la grand tante, le patriarche... Certains sont antipathiques (le patriarches) mais on comprend toujours leurs motifs, il n y a pas de méchants. Pour le contraster avec les qq livres que j'avais lus précédemment, je suis impressionnée par le culot de l'auteur, qui met en attente l'un de ses personnages pedant 7 ans. Parce que. la fin est ouverte : frustration mais un happy end l'aurait été tout autatn.
"Elle en avait deux (amis) à cette époque, l'inaltérable Zoé, et Pierre Zébreuze, le collaborateur de sa mère. Il lui témoignait tant d'affection, il était aussi gentil que drôle. Il jouait avec elle à son jeux préféré qui était de chercher des poux dans la tête des mots, et il en dénichait en pagaille."
De très beaux passages, une profondeur et un bienveillance à l'égard des blessés de la vie, de la folie douce.
Un jour elle lui a dit : j'ai longtemps voulu devenir un arbre, quand je serais grande, mais maintenant c'est un livre que j'aimerais devenir. Un arbre livre, dont chaque feuille serait une page écrite par le vent, les insectes, le soleil et la pluie, les oiseaux, les rayons de lune. Chaque printemps, une nouvelle histoire s'inventrerait, elle resplendirait en été, se défeuillerait en automne, s'effacerait en hiver, et ça recommencerait, sans fin..