"Ma mère ne m'aimait pas. Ne m'avait jamais aimée, me disais-je certains jours. Elle, dont je guettais le sourire – rare – et toujours adressé aux autres, la lumière noire de ses yeux de juive espagnole, elle dont j'admirais le maintien altier, la beauté immortalisée dans une photo accrochée au mur où dans des habits de bédouine, ses cheveux sombres glissant jusqu'aux reins, d'immenses anneaux aux oreilles, [...], elle, ma mère dont je frôlais les mains, le visage pour qu'elle me touche, m'embrasse enfin, elle, ma mère ne m'aimait pas."
G. H.
Livre d'émotion mais aussi de violence où le mythe de l'amour maternel vole en éclats et où, malgré les substituts, se construit une personnalité en révolte contre l'injustice.
Récit autobiographique émouvant sur l’amour maternel, ou plutôt son absence. La mère, Fortunée alias Fritna, est capable d’amour. La preuve, elle en est prodigue envers ses fils. Alors pourquoi est-elle si froide, si avare en démonstrations affectives envers Gisèle et sa sœur Gaby? Comment se construire en tant que fille dans l’absence de la tendresse maternelle? Tant de questionnements qui tiraillent l’autrice, du vivant de sa mère , de qui elle tente en vain d’obtenir les réponses. En tout cas, il se peut que Halimi ait tenté , par son engagement farouche en faveur de « la cause des femmes », de colmater cette blessure originelle de l’enfant mal aimée.
"Fritna" est le diminutif en judéo-arabe du prénom Fortunée. "Fritna" est aussi le titre du roman autobiographique de l'avocate et militante féministe franco-tunisienne Gisèle Halimi (1927-2020). Le sujet central de ce récit fort émouvant est l'amour (ou plutôt le "désamour") maternel. "Ma mère ne m'aimait pas", une réalité amère qui accabla G. Halimi durant toute sa vie. /R.J.
Récit autobiographique sur la construction d’une femme militante sur ses rapports avec sa première femme référent, c’est-a-dire, sa mère. Un magnifique témoignage.