Le soufisme féminin reste le parent pauvre de la recherche sur la mystique musulmane, et les femmes soufies les absentes de l'histoire. Aisha al-Mannûbiyya (m. 665/1267), incarnant la figure de la parfaite "ravie" en Dieu, qui transgresse les normes et revendique les deux dignités de qutba (pôle spirituel) et de khalîfa (vicaire de Dieu sur terre), témoigne de ce fait fortement de la vitalité et de la richesse des modèles féminins de perfection humaine en islam. La Dame de Tunis, de son surnom le plus célèbre, est l'une des rares saintes médiévales à être créditée d'un recueil de manâgib (hagiographie), dont la rédaction est attribuée à l'imâm de la mosquée de Manouba (à six kilomètres à l'ouest de Tunis). Aisha a une vingtaine d'années au moment où les Hafsides commencent à gouverner l'Ifriqiya et meurt dix ans avant la fin du règne d'Al-Mustansir (647-675/1249-1277), qui prit officiellement le titre califal et prolongea la période de paix, de sécurité et d'essor économique inaugurée par son père Abû Zakariyya. Cet ouvrage présente la première traduction en français de l'hagiographie de la sainte, le récit de ses nombreux prodiges, les propos extatiques qui lui sont attribués, ses oraisons et prières, ainsi que les conseils, enseignements et exhortations qu'à titre de testament spirituel elle délivre à ses disciples ou à des personnes qui la sollicitent.
La première partie du livre porte sur le contexte Tunisois de l'époque de la Sayyida Mannubiyya. Cet aperçu historique sur la Tunis d'antan m'a beaucoup intéressé: Les différents secteurs de Tunis, les populations qui y habitent, les crises par lesquelles ils passent ...etc.
La seconde partie est la traduction de l'hagiographie de la Sayyida: Toujours intéressant de voir ce qui retenait l'attention des gens à l'époque: un saint est capable de miracles, il est la main de Dieu sur terre, sa prière est exaucée et sa compagnie est fortement recherchée ... cependant, il a des ennemies, des gens qui remettent en cause son authenticité et la réalité de sa proximité avec Dieu... ces derniers finissent toujours par payer le manque de politesse dont ils font preuves à l'égard de l'aimé de Dieu.
En somme, un ouvrage intéressant à lire d'un point de vue historique mais aussi d'un point de vue spirituel, la bénédiction de la Sayyida est toujours présente, cet ouvrage permet d'en prendre conscience.