Entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle, femmes, pauvres, malades et fous n’ont aucun droit. Parmi eux, Augustin Lesage, Madge Gill, le Facteur Cheval, Aloïse, Marjan Gruzewski et Judith Scott sont enfermés dans une société qui les exclut. Ils vont pourtant transformer leur vie en destin fabuleux. Un jour, du fond de leur gouffre, une inspiration irrépressible leur ouvre une porte. Sans culture, sans formation artistique, ils entrent comme par magie dans un monde de créativité virtuose. Touchés par la grâce ou par un « super-pouvoir de l’esprit », ils nous ont laissé des œuvres qui nous plongent dans un mystère infini.
Bd sur la création, sur l’art « brut », dont quelques oeuvres sont exposées au Musée de l’art brut de Lausanne. Mise en case assez originale, avec la rencontre d’artistes de différentes époques qui discutent d’inspiration et d’exclusion. Illustrations parfois oniriques vraiment chouettes!
Superbe cadeau de Noël. Cet œuvre dépasse le neuvième art, c'est un œuvre d'art tout court. Après ou pendant chaque chapitre j'ai regardé des images de chaque artiste. Mes préférés sont Augustin Lesage et Judith Scott, mais ils sont tous magnifiques. Je me demande quel terme est le plus approprié pour ce genre, l'art brut ou plutôt l'anglais "Outsider art". Je pense que l'anglais touche sur les aspects culturels dont le livre touché mais en termes de style, il y a une qualité 'brut' à tous les œuvres sauf Lesage (gruzewski aussi peut-être), mais lui même était 'brut', surtout pas bourgeois... Love love love !
Je pensais que ça serait triste (le traitement qu’on a pu réserver aux maladies mentales), mais c’est en fait très positif, voire lumineux avec quelques très belles pages, planches ou cases inspirées de l’art brut dont il est largement question, et de bien jolies réflexions (« elle est devenue folle, mais je crois que c’était pour ne pas perdre l’esprit » ou encore « si la folie c’est ne pas réussir à s’adapter à une vie de rien, alors la folie, c’est normal »). Et j’ai vraiment adoré le parti pris d’une narration par les personnages qui se rencontre et par l’auteur. Une très belle bande dessinée donc.
Comme beaucoup de Français, je connais bien sûr le facteur Cheval mais c'était à peu près l'étendue de mes connaissances sur l'art brut. J'avais hâte d'en savoir plus en lisant cette bande dessinée mais j'en ressors un peu déçue. Le ton est un peu trop encyclopédique, les six artistes décrits ont au final assez peu d'espace pour décrire leur profondeur. Les dialogues posthumes entre eux sont assez mal écrits et maladroits. L'écriture parfois hasardeuse est heureusement rattrapée par un beau trait et de très belles et émouvantes double-pages.
Le monde de la bande dessinée est souvent un espace où l'imagination et la créativité s'épanouissent, mais parfois, cette créativité peut se nourrir de récits authentiques et inspirants. C'est exactement ce que réalisent Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg avec leur œuvre captivante intitulée "Enferme-moi si tu peux" paru aux éditions Casterman.
Dans cet ouvrage poignant, les auteurs explorent le monde de l'art brut à travers les vies extraordinaires de six artistes qui ont transcendé les défis de leur existence pour créer des œuvres fascinantes. Augustin Lesage, le facteur Cheval, Judith Scott, Aloïse, et d'autres encore, ont trouvé leur voie artistique dans des circonstances souvent difficiles, leur permettant ainsi de laisser un héritage artistique inoubliable.
L'art brut, concept introduit par Jean Dubuffet en 1945, trouve son essence dans la création artistique réalisée en dehors des normes culturelles et artistiques conventionnelles. Ces artistes, souvent issus de milieux marginaux ou confrontés à des défis de santé mentale, ont puisé leur spiration dans un monde intérieur riche et complexe.
L'ouvrage "Enferme-moi si tu peux" dévoile avec sensibilité les parcours de ces artistes, mettant en lumière leur résilience et leur ingéniosité face à l'adversité. À travers des récits émouvants et des illustrations captivantes, Pandolfo et Risbjerg nous invitent à découvrir ces personnalités hors du commun.
L'un des moments les plus poignants de l'album est consacré à Augustin Lesage, un mineur qui a entendu une voix lui annonçant qu'il deviendrait un artiste. Cette révélation marque un tournant dans la vie d'Augustin, le poussant à explorer son potentiel artistique malgré les obstacles.
Dans la planche dédiée à Augustin Lesage, Pandolfo et Risbjerg capturent magistralement le moment où l'artiste embrasse sa vocation. À travers des illustrations évocatrices et un découpage audacieux, les auteurs retranscrivent la transformation intérieure d'Augustin, soulignant l'importance de cet instant décisif dans sa vie.
Les artistes eux-mêmes deviennent des personnages à part entière dans cette narration visuelle, offrant au lecteur une plongée immersive dans leur monde intérieur. Les illustrations, tantôt libres et exaltées, tantôt réalistes et évocatrices, reflètent la complexité des émotions et des expériences vécues par ces artistes visionnaires.
Ils enfermèrent ma tête infinie dans un cercle étroit. "Enferme-moi si tu peux" est bien plus qu'une simple bande dessinée ; c'est un hommage vibrant à la force de l'esprit humain et à la capacité de l'art à transcender les frontières de la société et de la condition humaine. En explorant les vies extraordinaires de ces artistes, Pandolfo et Risbjerg nous rappellent la puissance de la créativité comme instrument de transformation et d'évasion.
En somme, "Enferme-moi si tu peux" est un voyage captivant dans l'univers fascinant de l'art brut, où les destins extraordinaires se mêlent à la magie de la création artistique. À travers cet ouvrage, Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg nous offrent un précieux témoignage de la capacité de l'art à transcender les limites de la condition humaine et à illuminer les ténèbres de l'existence.
Ce roman graphique, écrit sous forme de courtes présentations de plusieurs artistes connus mais dont je n’avais jamais entendu parler, m’a rappelé “les culottées” de Pénélope Bagieu, en ce qui concerne la forme.
Le livre traite d’exclusion sociale, de marginalization, de talent exceptionnel et d’un courant artistique dont je ne connaissais rien; l’art brut. C’est une lecture enrichissante.
C’est paradoxalement dur et doux à la fois. C’est inspirant et ça encourage à ne pas hésiter à embrasser nos différences et ce qui nous rend unique.
J’aurais aimé que l’auteur aille un peu plus loin dans sa recherche car certains des sujets sont à peine survolés. J’ai l’impression qu’il y aurait eu plus à dire, mais c’est tout de même un aperçu qui m’a plu et qui m’a donné envie de découvrir les artistes présentés.
"elle n'était pas du tout folle, bien moins en tous cas que tout le monde le croyait. Elle simulait: elle était guérie depuis bien longtemps. Elle s'était guérie elle même par le procédé qui consiste à cesser de combattre le mal et entreprendre tout au contraire de s'en servir, de s'en émerveiller, d'en faire une raison de vivre passionnante. Le merveilleux théâtre qu'elle donnait constamment - ce bavardage incessant, incohérent et peu intelligible (c'est exprès qu'elle le faisait intelligible) - était pour elle un refuge inattaquable, une scène ou personne ne pouvait monter, ne pouvait l'atteindre. [...]"
La plus belle, la plus touchante et la plus douce B.D que je n'ai jamais lu. Un chef d'oeuvre.
"Les histoires que je vais vous raconter se déroulent entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Il vaut mieux, en ce temps-là, être un homme, blanc, cultivé et bourgeois.*
Les femmes et les enfants n'ont aucun droit. Les paysans n'ont plus de terre; ils deviennent pauvres et ouvriers. Les vieux et les malades gênent; on les préfère isolés et enfermés. Ils sont donc toute une population d'exclus: négligeables, corvéables, insignifiants.
Pourtant, certains d'entre eux, du fond de leur gouffre, ont été touchés par la grâce. Un jour le déclic s'est produit, ils s'en souviennent comme si c'était hier.
Ils ont entendu une voix, celle d'un esprit, d'un fantôme ou d'un ancêtre. Ils ont su alors qu'il y avait un ailleurs pour eux, et qu'il était intérieur."
Ainsi commence le nouvel album d'Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg, dont j'avais déjà adoré "Mine, une vie de chat" il y a quelques années. "Enferme-moi si tu peux" brosse successivement le portrait de six artistes atypiques. A l'occasion de séances de spiritisme, Augustin Lesage, humble mineur du nord de la France, est visité par un esprit qui lui dicte comment peindre d'immenses toiles détaillées alors qu'il n'a jamais touché un pinceau de sa vie. Enfant naturelle à qui on n'a jamais fait de place nulle part, restée borgne à la suite d'une maladie, Madge Gill se met spontanément à jouer du piano sans avoir appris, à écrire des poèmes et surtout à dessiner sur de longs rouleaux de calicot sous l'influence d'une présence bienveillante qu'elle nomme Myrninerest. Lors de ses 33 km de tournée quotidienne à pied, le facteur Cheval rêvasse et, inspiré par les cartes postales de pays où il ne mettra jamais les pieds, se lance dans la construction d'un palais de cailloux et de coquillage qui durera 33 ans et lui vaudra de passer pour un fou auprès des gens de son village. Suissesse enfermée pour schizophrénie après avoir servi au palais de l'empereur Guillaume II dont elle était secrètement amoureuse, Aloïse trouve l'évasion dans ses dessins colorés et foisonnants. Petit paysan sujet à des crises de somnambulisme, Marjan Gruzewski perd le contrôle de sa main droite mais, devenu adulte, se met à dessiner dans un état de transe provoqué par des séances de spiritisme. Enfin, Judith Scott, trisomique sourde et muette de naissance, passe une grande partie de sa vie dans une institution dickensienne avant que sa soeur jumelle obtienne sa tutelle et l'inscrive à des cours où elle se découvre une passion pour l'art de la fibre.
Entre leurs biographies respectives, ces six figures de l'art brut se rencontrent dans un espace imaginaire hors du temps et discutent de l'évasion que l'art a constitué pour elles. Le tout est remarquablement documenté et mis en images d'une façon tout à fait saisissante: témoin la couverture de l'ouvrage, qui illustre la manière dont les femmes d'autrefois échappaient mentalement à la prison du foyer et de la maternité grâce à la broderie. Les histoires contées sont passionnantes et donnent envie d'en apprendre davantage sur leur sujet. En tant que personne profondément rationnelle, j'ai surtout été fascinée par les artistes qui affirmaient créer sous une inexplicable influence extérieure. S'agissait-il d'une supercherie volontaire? Possédaient-ils simplement une sensibilité et une imagination plus vivaces que la moyenne? Les auteurs esquissent des possibilités sans prétendre apporter de réponses à ces questions. Et leur album est un très beau pavé lancé dans la mare de l'élitisme culturel qui perdure encore de nos jours.
Surprenant et intéressant ! Le parcours dessiné de 6 artistes jugés fous ou hors normes et donc enfermés, qui ont révélé des talents inouïs alors qu'ils n'avaient jamais appris l'art dans leur (souvent triste) vie. Texte et dessin forment un bel ensemble, comme une nouvelle œuvre d'art à part entière.
Très belle découverte, mise en image et illustrations qui servent bien le propos... Je recommande vraiment cette lecture pour découvrir un pan de l'histoire de l'art aux côtés du facteur Cheval, Aloïs, etc.
Un beau livre malheureusement phagocyté par une grille de lecture politique dominant-dominé bien trop présente. Elle n'amène que simplisme (les bourgeois : mauvais, les pauvres : bons) et manichéisme, là où l'art devrait être complexité, nuances et subtilité.
Emouvant, sensible, intéressant, engagé. Je recommande chaleureusement cette lecture. Je regrette l'absence de cohérence entre les 6 artistes choisi.es (pourquoi 6 ? Pourquoi celleux-là ?) Et j'aurais aimé plus de contexte historique et social pour mieux comprendre.
vive le feu vive les fous j'ai vrm bcp aimé cette lecture, mettre en lumière des artistes qui ont été maltraités par l'institution psychiatrique, par une société qui ne leur faisait pas de place, ou juste persécutés par leur propres troubles, je trouve ça très louable
Une couverture magnifique a attiré mon regard, l'album de Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg. E route vers l'imaginaire, vers la création, à la découverte de six artistes hors du commun : Augustin Lesage, Magda Gill, Le Facteur Cheval, Aloïse, Marjan Grozewski et Judith Scott.
Tous ces noms ne vous évoqueront pas toujours quelque chose mais ils ont une chose en commun, l'art brut.
6 personnes qui deviendront de vrais artistes.
6 personnes enfermées dans une certaine solitude, dans leur bulle, dans leur folie peut-être, qui poussées le plus souvent par une voix intérieure vont se mettre à créer.
Création, monde intérieur, renaissance le plus souvent, une évasion. Leurs oeuvres interpellent, nous questionnent.
"La création c'est une bénédiction, tout devient plus grand n'est-ce pas ? Il y a plus d'espace, plus de temps."
Des artistes qui vivent leur rêve, dans leur monde, dans leur tête.
"Le corps est là, l'esprit s'évade"
L'album est une réussite, les dessins sont captivants, magnifiques, les textes interpellants. On apprend beaucoup de choses en passant un excellent moment de lecture.
La liberté, la "normalité" qu'en est-il vraiment?
"Les gens sont bizarres. Ils ont peur de ce qui est libre ou sauvage. Si la folie c'est de réussir à ne pas s'adapter à une vie de rien, alors la folie c'est normal"