J'avais vaguement entendu parler d'Olympe de Gouges, féministe à l'époque de la révolution, mais ma science s'arrêtait là. Cette petite bande dessinée est l'occasion de vulgariser non seulement le destin peu ordinaire de cette femme, mais aussi de brosser à travers elle un tableau synoptique des événements qui ont secoué la France à la fin du dix-huitième siècle, ainsi que des temps qui précédé cette effervescence.
Marie Gouzes naît dans le sud de la France, fille naturelle d’un noble, qui pourvoit à son instruction. Un premier mariage, malheureux semble-t-il, mais court, la laisse veuve à dix-huit ans. La rencontre avec un riche fournisseur d’armes pour le roi, généreux, va lui permettre d’accéder à une grande aisance, à déménager à Paris, et à fréquenter les cercles intellectuels de la capitale. Opposée au mariage qu’elle considère comme un tombeau de l’amour, elle restera libre de toute attache, vis-à-vis de son protecteur. Fréquentant les salons, en particulier celui de Mme Helvétius, qui devait abriter les Encyclopédistes, elle embrasse les opinions des philosophes favorables à l’émancipation des noirs, l’égalité des femmes devant la loi, et la tolérance religieuse. Elle prend alors le nom d’Olympe de Gouges. Son engagement se traduit par une grande production de pièces de théâtre, qu’elle parviendra même à faire jouer, non sans devoir affronter de fortes réticences, à la comédie Française. Lorsque la Révolution éclate, elle se jette avec passion dans la fièvre politique, au côté d’abord du Roi, souhaitant une monarchie constitutionnelle (elle plaide pour que Louis Capet soit expulsé, lors du procès suivant sa fuite), et elle prend ensuite parti pour les Girondins, au côté de Condorcet, dénonçant avec vigueur Robespierre, qu’elle accuse de briguer la tyrannie, et de former une secte. On sait que Robespierre va se débarrasser des Girondins par la terreur. Elle fait partie de ceux qui ont été guillotinés pendant cette période sombre.
Outre le cadre historique, le récit se concentre également sur la vie personnelle d’Olympe. Il s’agit pour l’auteur de mettre en lumière la condition des femmes au XVIIIème siècle, et d’expliquer par là quelles purent être les raisons ayant poussé Olympe à prendre la défense de son sexe. Elle est ainsi à l’origine d’une déclaration universelle des droits de la femme, présentée à Marie-Antoinette, dont le but était de rappeler au bon souvenir des députés le fait que la moitié de l’humanité espérait également tirer parti des avancées politiques du moment. Ce que j’ai bien apprécié dans cet ouvrage, ce sont les compléments denses qui accompagnent l’histoire à la fin de l’ouvrage. Outre une chronologie détaillée de la vie de l’héroïne, mise en regard avec les principaux évènement historiques concomitants, on trouve plusieurs dizaines de biographies éclairant le destin des principaux acteurs présentés dans le livre. Ces récits sont fort instructifs, et mettent parfois en lumière les ressorts cachés des haines personnelles qui ont opposés les hommes de ce temps, et qui dépassaient de simples divergences politiques : il pouvait s’agir de vengeance d’honneur.