La petite ville de Landerneau n'échappe pas à la vague d'égyptomanie que connaît la France au début des années 1830. Justin Le Guillou, fils de notaire, se fait passer pour ingénieur afin d'être engagé dans l'expédition chargée de transporter à Paris l'obélisque de Louqsor offert à la France par Méhémet-Ali. Traverser les mers, remonter le Nil, s'emparer de l'énorme colonne, vivre au plus près du peuple égyptien, va combler son goût du risque. Mais avant de quitter Paris, il a rencontré une jeune brodeuse dont il est tombé amoureux. En révolte contre son sort d'ouvrière, Clarisse adhère au groupe des saint-simoniens, prophètes d'un monde nouveau, qui partent en Égypte à la recherche de la " Femme-Messie ", avec le projet audacieux de percer l'isthme de Suez. Dans cette aventure fantasque, au milieu des fracas de l'Histoire, elle découvrira à son tour les méandres du Nil... Né en Égypte, longtemps journaliste au Monde, Robert Solé a consacré de nombreux livres à son pays d'origine. Les Méandres du Nil est son septième roman.
Robert Solé is a French journalist and novelist of Egyptian origin. Born in Cairo in 1946, Solé moved to France at the age of 18. He has served as ombudsman of the Parisian newspaper Le Monde. His works of fiction include Le Tarbouche (winner of the Prix Mediterranée in 1992) and La Mamelouka.
30 years after Napoleon Bonaparte’s campaign in Egypt, Egyptology is running high in France and Mohamed Ali of Egypt wants to maintain good relationships to France while maneuvering for autonomy from the Ottoman Empire. He offers France one of its last and most beautiful obelisk in Luxor.
Robert Solé, a French journaliste and writer born in Egypt, was a writing a novel about the French expedition to claim the “present” in Luxor and to bring the obelisk to Paris and to erect it on the Concorde Square. He paints the History with a big H with a very colorful story.
The side story of the “Saint Simonisme”, a French secte in the mid 19th century, and it’s surprising presence and activity in Egypt is quite interesting!
Drôle d’histoire que celle de Clarisse et Justin, ces "deux enfants de Landerneau pris dans les méandres du Nil". Ils ont fréquenté la même école mutuelle dirigée par un couple d’enseignants qui leur ont inoculé la passion pour l’Égypte. Devenus adultes, c’est un grain de beauté qui va relancer leur relation. Nous sommes à Paris dans les années 1830. "Hernani" est jouée au théâtre, la vague d’égyptomanie qui déferle sur la France fait suite au déchiffrage des hiéroglyphes par Champollion et à la campagne d’Égypte de Napoléon. Le pays des pharaons attire, l’Égypte antique fascine. C’est la grande histoire de ce roman, un récit rocambolesque, celui de l’abattage, du transport et de l’érection de l’obélisque de la place de la Concorde à Paris. On sait comment elle se terminera. Et puis, il y a la petite, un récit d’amour à l’issue incertaine entre Justin et Clarisse et leur rencontre épistolaire improbable. Une histoire d’amour qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Et celle-là, on ne dira pas comment elle se termine. Dans ce roman captivant et jubilatoire, Robert Solé mêle personnages fictifs et historiques : Méhémet-Ali, le pacha d’Égypte qui se moque éperdument des vieilles pierres et offre l’obélisque pour plaire à la France, Apollinaire Lebas, ingénieur de la marine chargé de l’aspect technique de l’opération, le saint-simonien Prosper Enfantin, le poète Pétrus Borel, les hommes politiques de l’époque, Louis-Philippe Ier, Thiers et d’autres encore. Un courant romanesque souffle sur l’expédition de l’obélisque, pleine de péripéties et de dangers. Le "Luxor", navire à voiles spécialement fabriqué pour le transport du monolithe, souffre mille et une difficultés pour accomplir sa tâche et, coïncidence étrange de l’histoire, il est remorqué en Méditerranée par le "Sphinx", premier vapeur français. Ce qui frappe à la lecture de ce roman, c’est le rapport au temps. Le nôtre est celui de l’instantané, celui du roman est celui de la durée et de l’étirement. L’épopée de l’obélisque se déroule sur six années et, même si on le conçoit, on est sidéré par le temps nécessaire aux différentes étapes de l’opération, que ce soit un voyage, une construction ou un contretemps naturel. Le roman soulève aussi des questions importantes jusqu’au malaise, pourquoi ériger un obélisque antique égyptien à Paris, pourquoi prendre tant de risques, pourquoi dépenser tant d’argent, d’énergie humaine, de quel droit peut-on déplacer un monument historique, ne l’arrache-t-on pas à une civilisation, n’ampute-t-on pas une culture, ne prive-t-on pas un peuple, ne pille-t-on pas un héritage ? Pour Champollion, qui n’était pas un pillard, cette opération était une prestigieuse vitrine qui devait permettre de sensibiliser le monde aux chefs-d’œuvre de l’art égyptien en péril à l’époque. Quoi qu’il en soit, l’écriture de Robert Solé est sobre, précise, ciselée comme les hiéroglyphes dans la pierre de l’obélisque et en même temps touchante, vivante, proche des gens. On y sent toute son affection pour les plus humbles, son aversion pour l’insupportable tyrannie du pouvoir, sa fascination pour l’art antique égyptien, l’amour enfin qu’il porte à son Égypte natale.
CIl est question de féminisme, un féminisme qui bouscule les us et coutumes sociétaux et sociaux, Clarisse en est la pointe de l'iceberg. Ce que j'ai aimé le moins c'est la longueur des nombreuses explications sur le saint-simonisme, plusieurs pages lui sont dédiées, je ne suis pas certain de cette pertinence. L'auteur ferait-il la promotion philosophique de cette secte ? Les méandres du Nil est une toile peinte sur l'époque terminant un siècle, une transition entre le XIXème et l'annonce des bouleversements du vingtième. Il y a toujours l'attitude colonialiste française envers les égyptiens quitte à s'accrocher becs et ongles aux grandeurs du passé et des conquêtes militaires.... Ces injustices historiques et sociales m'interpèlent, mais je ne regrette pas d'avoir commencé la lecture de l'oeuvre partielle de l'auteur au sujet de notre pays d'origine, à savoir l'Égypte !