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SONGES

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Elle la voit appuyée sur sa canne, toute fumée et noueuse. De la cuisine à la salle à manger, elle trebille, s’arrête quand lui parle une servante ou un ouvrier ; si on n’est pas de son avis absolument, elle menace de son bâton, fait retomber la porte sur elle. Et devant le feu de la cuisine, elle tend ses petites mains brunes, ridées pas trop, avec des grosses veines, qui semblent grises… De temps en temps, elle tire sur la chaîne du tourne-broche, pendant que la tante Valérie, les cheveux bouclés alors, arrose le rôti.
Sa mère qui portait toujours des robes claires, quand l’enfant la vit en deuil de cette mère-grand, elle fut toute chagrine de ce noir. Elle était toute changée sa maman.
Et à une vieille parente aux cheveux blancs sous un bonnet de tulle noir : « Pourquoi tu mets pas tes cheveux en deuil aussi ? »
Sur un genou qui remuait, à cheval, elle criait : Hue, guigui ! C’étaient des colères et des rires. Entre les deux, elle étouffait.
La lune lui semblait marcher avec elle. Devant la porte, un soir, dans un seau d’eau, elle crut la prendre. Mais l’eau ballottait, et la lune se cassait.
De sa ménagerie, les animaux inconnus devenaient les bêtes qu’elle voyait au village. Ceux dont la forme lui déplaisait étaient mis de côté. Aux autres, elle donnait le nom des bêtes préférées.
Elle s’irrite contre les rebondissements de son martelet de bois. Ne devait-il pas aller comme sa main voulait ?
Et la scie circulaire était terrible avec son mouvement, qui sifflait comme la bise. Ça faisait fuir Licette.

22 pages, Kindle Edition

Published February 16, 2016

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Francis Poictevin

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