Lautrec, c’est la légende de Montmartre, le peintre du Moulin-Rouge, du Mirliton, celui qui immortalise Bruant, la Goulue, Jane Avril. Mais c’est aussi un petit homme foutraque, issu d’une famille de la haute noblesse de province, atteint d’une maladie génétique qui fragilise ses os et interrompt sa croissance. Fasciné par les cabarets, les bals, les bistrots, les théâtres et les prostituées, il peindra des hommes et des femmes toute sa vie, négligeant le paysage et la nature morte. Alcoolique, rongé par la syphilis, il meurt à trente-six ans en laissant une œuvre foisonnante et inclassable.En mettant en scène l’obsession de Henri de Toulouse-Lautrec pour la peinture, celle qui montre les êtres humains dans ce qu’ils ont de plus brut et de plus vivant, Matthieu Mégevand s’éloigne des représentations habituelles pour dresser le portrait de l’artiste en voyant et de l’homme en possédé.
Quel plaisir de plonger dans les rues de Montmartre en compagnie de Toulouse-Lautrec et Matthieu Mégevand! Non seulement on en apprend sur la vie et l’œuvre de ce peintre génial contemporain de Van Gogh, mais l’auteur parvient en quelques touches habilement déposées sur la page à nous faire entrer dans l’intimité de Lautrec et au centre du processus créatif, du « serpent » qui l’habite. Tant qu’il a l’appétit de voir, il est ce qui se reflète dans son œil intérieur et parfait: son existence est légitime et il déborde de vie. Mais il y a les déconvenues amoureuses, toujours brutales, puis les bocks de bière, le rhum, l’armagnac et l’absinthe. Toulouse-Lautrec mourra à 37 ans dans les bras de sa mère en laissant une œuvre étourdissante. Quant à savoir ce que notre époque ferait d’un tel personnage, c’est une tout autre histoire... qui se lirait peut-être entre les lignes de #metoo et du droit à la différence.