Seul à Key West, alangui, le dramaturge des Belles-Sœurs replonge avec une certaine anxiété dans une pièce en hommage à Tchekhov, projet resté en rade il y a plusieurs années et toujours, en son cœur, à terminer. Après doutes et tergiversations, il décide de relire Cher Tchekhov tout en la commentant, puis d’en poursuivre l’écriture. Il s’y remet avec la peur de ne pas pouvoir aller, cette fois encore, au bout du défi qu’il s’était initialement lancé. Pourra-t-il éviter ce qu’il appelle « la grande maladresse » qui l’avait conduit à arrêter la pièce après quatre-vingts pages, bloqué, désarçonné, décontenancé qu’il était par des personnages n’arrivant pas à lancer leurs coups de gueule, ces explosions de colère et de violence qui constituent pourtant sa signature ?
C’est la trajectoire de cette réconciliation qui conduit le lecteur à partager avec le dramaturge les corrections et les reprises, sorte de making of d’une pièce inédite, dont l’enjeu est d’arriver au terme de sa gestation et non d’être jouée. Le tout se passe entre cinq couchers de soleil qui font voir comment la réalité de Key West a changé depuis trente ans ; comment une génération a déserté ce repaire d’artistes, celle-là même qui en constituait la faune intellectuelle, bohème, homosexuelle ; comment le boom touristique a complètement transfiguré le visage de la ville insulaire au fil des ans et des ouragans. À travers ces bouleversements demeurent pourtant les fameux couchers de soleil, qui continuent d’illuminer le ciel des Keys de ses fresques voluptueuses et oniriques. Le peintre d’aquarelles qu’est Tremblay y trouve chaque fois son compte, encore et encore, et nous aussi…
Né en 1942, Michel Tremblay grandit dans un appartement de Montréal où s'entassent plusieurs familles. Ses origines modestes marqueront d'ailleurs ses œuvres, souvent campées au cœur de la classe ouvrière, où misères sociale et morale se côtoient. En 1964, il participe au Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada, avec une pièce de théâtre intitulée Le train, et remporte le premier prix. C'est à peine un an plus tard qu'il écrit l'une de ses œuvres majeures, Les belles-sœurs, dont le succès perdure. La pièce est jouée pour la première fois en 1968 au Théâtre du Rideau Vert.
Michel Tremblay est l'auteur d'un nombre considérable de pièces de théâtre, de romans, et d'adaptations d'œuvres d'auteurs et de dramaturges étrangers. On lui doit aussi quelques comédies musicales, des scénarios de films et un opéra. Ses univers sont peuplés de femmes, tantôt caractérielles et imparfaites, tantôt fragiles et attachantes, qu'il peint avec réalisme et humour. Vivant les difficultés du quotidien, ses personnages au dialecte coloré ont d'ailleurs contribué à introduire dans la dramaturgie et la littérature d'alors un niveau de langue boudé des artistes : le joual.
En 2006, il remporte le Grand Prix Metropolis bleu pour l'ensemble de son œuvre.
En 2017, le Prix Gilles-Corbeil lui est décerné pour l'ensemble de son oeuvre.
Le narrateur est auteur. Il vit à Key West. Il y a quelques années, il a débuté l’écriture d’une pièce, puis l’a abandonnée à mi-parcours. L’auteur choisit de la revisiter dans le but de la terminer. Les lecteurs assistent donc à la relecture, à la réécriture, puis à l’achèvement de la création. Les jours marquent le temps. L’auteur prend des pauses. Il récidive ses rituels dans les rues de Key West. L’auteur du livre (le narrateur) se fait vieux; ses observations sont le reflet d’une sagesse que seul l’âge peut commander.
La pièce, un hommage à Tchekhov, nous plonge dans une réunion familiale où la fratrie et ses invités est composée d’acteurs à notoriétés variables, d’un dramaturge et d’un critique. Rivalité, frustration et rancœur sont au rendez-vous.
LE CŒUR EN BANDOULIÈRE, de Michel Tremblay, propose une narration chaleureuse et tendre— L’auteur (le narrateur) est constamment dans le doute, dans la vulnérabilité — alors que les dialogues de la pièce de théâtre sont à la fois acérés, mordants, punchés … et délicieux.
J’adore Tremblay. Le lire (et le relire) est un rendez-vous assurément satisfaisant, rassurant et souvent surprenant. À l’instar des personnages de la pièce et du narrateur de livre, le doute, la remise en question quant à la pertinence subsistent; Que Michel Tremblay soit rassuré, son talent n’est pas en perte de vitesse.
En bonus, comme lecteur qui adore Key West, les repères ajoutent un intérêt particulier à la lecture. J’ai tout aimé de ce livre.
Dans Le Coeur en bandoulière, Michel Tremblay nous présente un dramaturge qui retouche une vieille pièce qu'il a écrite à propos d'une famille d'auteurs et acteurs de théâtres qui se rencontre le temps d'un souper de famille. Ça donne une alternance constante entre les soirées de l'écrivain devant les couchers de Soleil de Key West et la pièce, qui se fait retoucher au fur et à mesure. C'est un concept que j'aurais probablement aimé davantage s'il y avait eu une quantité suffisante de retouches, mais comme c'est là, c'est une gimmick un peu gaspillée. En lisant les extraits de la pièce on oublie rapidement l'aspect "retouches", ce qui fait en sorte que c'est un peu rebutant quand, une fois aux dix pages, on voit un petit commentaire de l'auteur qui ne veut pas dire grand chose et une réplique répétée avec une phrase ajoutée.
C'est dommage parce que dans la pièce en soi, il y a vraiment du bon. Il y a une conversation importante entre un auteur et le critique qui l'a fait cesser d'écrire en le jugeant sévèrement quelques années plus tôt, puis on y voit des arguments intéressants des côtés. Même chose pour une conversation qui met l'accent sur la passation du flambeau culturel à une nouvelle génération qu'on ne comprend pas toujours mais qu'on jalouse parce qu'elle est fraîche et que son talent, comme celui de la génération précédente à l'époque, est indéniable.
Bref, j'imagine que l'idée des retouches de l'auteur sert surtout à ce qu'on comprenne que c'est ainsi que ce soit Michel Tremblay lui-même, mais si c'est tout, on l'aurait compris à travers la pièce elle-même. J'aurais seulement pris la pièce.
Pas pour les fans des histoires de Tremblay, mais les fans de Tchekhov avec une touche de modernité locale....en fait j'ai eu le même problème que l'auteur décrit dans les premières pages...l'impression de devoir faire , finir quelquechose...ici les amateurs de l'écrivain seront peut-être intéressé par le processus d'écriture qui est montré...la trame narrative de l'histoire , sa présentation m'a démotivée ...ce sera l'un de ses livres que je vais oublier .
J'ai donné 2 non parce que c'est mauvais. Mais pour moi ce n'est pas un roman. Michel Tremblay revisite une pièce qu'il avait débuté il y a 4 ou 5 ans. Il fait une relecture et amène des corrections. À travers ses promenades dans Key West ( où il vit tout l'hiver) il réfléchit à la vieillesse, parle de sa peur des critiques et de ses doutes.
Some people have met their best friend and they’ve never parted I can say I have met my best author in the person of Michel Tremblay. This book must be one of the most personal MT has ever written. He’s one of the very very few authors whom I can say I will reread his books one day.
Oh! un livre qui m'a beaucoup étonnée... j'y ai trouvé un Michel Tremblay mélancolique, triste et j'ai tellement peur de le perdre... Je n'aime pas lire du théâtre. Je préfère de beaucoup le voir sur scène. Cette histoire est (aux 3/4 je dirais) majoritairement une pièce de théâtre. Le sujet, autant de la pièce que de ce que vit le narrateur est difficile. On parle de vieillissement, d'artiste qui ne se renouvelle pas et des critiques tellement durs pour la sensibilité de ceux qui reçoivent de plein fouet des textes parfois horribles. Est-ce que Michel Tremblay est ce narrateur? En tout sans doute pas, mais en partie peut-être... alors je voudrais lui dire que je l'aime pour toujours. Pour terminer cette difficile année 2020, je vais aller continuer à lire le magnifique livre sur l'histoire de la danse que je me suis procuré. Joyeuses Fêtes!
Un commentaire pertinent sur la crise d'identité de, non seulement un écrivain célèbre comme Jean Marc, mais toute une génération qui a toujours suivi leurs rêves et qui se trouve maintenant devant le prochain chapitre de la vie. Bien écrit, bien que la moitié de l'histoire soit écrit en pièce de théâtre, ce qui n'est pas pour tout le monde. Après avoir lu les deux premiers tomes de cette histoire, j'étais très heureux de retrouver Jean-Marc et toutes ses névroses.