Que se passerait-t-il si l'intelligence artificielle qui supervise l'ensemble de l'activité humaine s'arrêtait subitement ?2062. L’intelligence artificielle Li-La surveille et régule à elle seule l’humanité connectée. Température ambiante, santé, circulation… tous les aspects de la vie individuelle et collective sont maîtrisés par le supercalculateur. Le jour où la machine s’arrête, le chaos s’installe. Après l’hébétude, la barbarie. À quoi tient la survie de l’humanité ? Virginie Tournay invite le lecteur à réfléchir aux aspects politiques et sociaux de la société de demain.Ce roman de science-fiction pointe avec brio les impacts possibles des nouvelles technologies sur notre société hyperconnectée.EXTRAITAutour de nous, l’environnement est toujours chaotique. Je suis saisi d’effroi. Dix minutes déjà que les trois Bugatti foncent avec ses passagers. Mes repères familiers sont mutilés. Quelques centaines de mètres ont amplement suffi. La place de la Nation est en désolation, surplombée par un silence de mort. Après quelques instants, François reprend :– Quand les écrans virtuels ont déboulé, ça a été un vrai bordel. Tout le monde a voulu se débarrasser des vieux écrans. Les bennes de recyclage ont fonctionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant plusieurs mois. J’ai tenu jusqu’en 2034, moment où les ordinateurs sont tous tombés en obsolescence. Je me souviens, j’adorais tracer un écran virtuel avec ma Googatch et discuter avec en déambulant dans la rue. Mais le contact avec l’écran devait être continu pour que le système s’arrête pendant la traversée de la voie, et se réactive quand le piéton atteignait le trottoir opposé… Pas simple. Je réponds à François :– Vous voyez bien qu’on n’avait pas d’autres choix que la e-Guthrie. Les écrans virtuels se sont révélés bien trop énergivores. Avec tous les bugs et les accidents, c’est même étonnant que le dispositif ait tenu trois ans. Maintenant, le système est en nous, plus besoin d’interfaces pour rendre le monde intelligent, pour nous rendre intelligents. En terminant ma phrase, je suis à nouveau saisi d’effroi : plus aucun système ne nous trace. J’aperçois le big data center qui a remplacé la Maison de la Radio. On s’apprête à sortir de Paris. Mon compagnon de route tente de me rassurer en m’expliquant que les grands axes autoroutiers ne sont pas complètement impraticables. Il y a très peu d’humains en raison de toute sorte de dangers. En effet, nous n’avons croisé que des animaux errants. En l’écoutant, il me revient en tête la première question que j’ai posée à Steve :– Où allons-nous ?CE QU'EN PENSE LA CRITIQUEUne vision de notre société aux mains des algorithmes et d’une intelligence artificielle qui ne va pas exactement dans le sens d’une amélioration de notre condition, loin s’en faut.
Ce roman développe très peu son intrigue et ses personnages. A la moitié du livre, on ne sait toujours rien de leurs motivations, et leurs actions n'apparaissent pas très cohérentes. Civilisation 0.0 est plutôt un exercice d'anticipation sur l'évolution de notre société dans les 40 prochaines années en fonction des intelligences artificielles. Si certaines réflexions sont intéressantes (politique, dépendance à internet, santé, organisation administrative, etc.), d'autres me semblent à côté. Dès les premières pages, l'intelligence artificielle Li-La est la narratrice, elle montre une personnalité, un avis sur ce que font ses utilisateurs, une conscience d'elle-même. Pourquoi une telle IA serait-elle utilisée pour réveiller les gens, gérer la température de leur intérieur, réguler leur transports ? Ca montre une confusion malsaine entre IA, qui sont des algorithmes créés pour gérer des données, et le fantasme de l'émergence d'une conscience artificielle. Puis p108, quand l'autrice évoque la disparition des abeilles, elle n'en tire comme seule conclusion que la disparition du miel et des apiculteurs : pas un mot pour la pollinisation, alors qu'on sait que sans ce processus, l'homme n'a qu'une durée de vie d'à peine deux ans.
L'histoire est très intéressante et aurait méritée d'être développée sur plusieurs tomes ou un livre plus long. L'intrigue est survolée et c'est vraiment dommage. Les personnes ne sont pas développés...