« Rilke savait mieux que personne qu'avoir écrit les Élégies et les Sonnets, avoir réussi à célébrer l'espace angélique tel qu'il l'avait pressenti très jeune et entrevu en certains moments décisifs de sa vie, ce n'était pas être devenu soi-même l'ange ou Orphée. /.../ Mais sans doute avait-il désiré le grand poème comme Colomb l'Amérique, comme l'amant l'aimée. » Dans cet ouvrage, Philippe Jaccottet s'emploie à retrouver un regard plus libre sur le poète et son oeuvre. Il s'écarte, dans la mesure du possible, de la légende et s'appuie sur ces mots de Robert Musil : « Rainer Maria Rilke était mal adapté à ce temps. Ce grand poète lyrique n'a rien fait que porter pour la première fois à sa perfection la poésie allemande... » Une monographie de référence, signée par un poète français parmi les plus importants, traducteur de l'oeuvre de Rilke.
« Être aimé veut dire se consumer dans la flamme. Aimer, c’est rayonner d’une lumière inépuisable » - Rilke dans ses Cahiers
« Et, comme dans Le livre d’heures, il apparaît ici que la seule réponse possible aux hantises qui ébranlent sa vie, qui peuplent Les Cahiers de Malte : c’est l’œuvre, c’est l’effacement dans l’œuvre - puisqu’en celle-ci s’abriterait la totalité du monde »
« Tout bouge t’il en moi? Rien de fermé Qui sur les droits de son poids d’appui ? Le plus inquiet et le meilleur de moi… Le tourbillon l’emporte comme rien dans l’abime »
« Qui, si je criais, m’entendrait donc, parmi les cohortes des anges ? Et supposé même que l’un d’entre eux me prit soudain contre son cœur, je périrais du poids de sa présence. Car le Beau n’est rien que le commencement du Terrible »
« Entre les marteaux persiste Notre cœur, comme la langue Entre les dents, qui néanmoins N’en reste pas moins l’élogieuse »
Sur le rôle du poète p145 : « En lui l’élan de notre embarcation et la force de qui venait à notre rencontre s’équilibraient sans cesse - parfois il y avait un excédent: alors il chantait. La barque surmontait la résistance ; mais lui, le magicien, il transformait l’insurmontable en une suite de longues notes flottantes, qui n’étaient ni d’ici ni d’ailleurs, et sur chacun accueillait. Tandis que son entourage ne cessait de s’en prendre à l’immédiat et au palpable, et de le surmonter, sa voix entretenait le rapport avec ce qu’il y avait de plus lointain et nous y accrochait jusque ce que nous fussions entraînés »
« Qui nous a retournés de la sorte, que nous ayons dans tous nos actes, l’attitude de quelqu’un qui s’en va ? Et comme sur la dernière colline qui lui montre encore une fois sa vallée tout entière, il se retourne et tarde - tels nous vivons, à chaque pas prenant congé »
« Car la splendeur ne dure qu’un instant, et nous n’avons rien vu de plus long que la misère »