Ils se rencontrent à Paris. L’histoire s’installe par paliers, mais assez simplement. Ils finissent par prendre un appartement dans le quinzième, où ils vivent, avec les enfants qui arrivent à un rythme régulier. Rien que de très ordinaire, classique, courant. Mais que se passe-t-il à l’intérieur de ces quatre murs ? Quels détails du ménage, du partage du lit, de l’éducation des enfants et de toute l’organisation matérielle vont mettre en péril progressivement l’équilibre ? Comment se reconstituent dans un intérieur les luttes sociales, raciales, sexuelles ? Vont-ils s’en libérer ? Quel rôle joue l’argent ? À quel moment les murs deviennent-ils des passoires de toutes les maladies sociales ? Ont-ils jamais protégé de quoi que ce soit ? Faut-il renoncer ? Qui va gagner ? Lui ? Elle ? Et que va-t-il arriver aux petits, qui les réunissent et les divisent ? L’hostilité croissante entre un homme et une femme, la violence quotidienne entre un père et une mère, les manipulations et déchirements qu’éveillent les enfants : la narratrice restitue ces scènes, tantôt de manière tendre, tantôt implacable. L’écriture s’impose ici avec une émotion contenue et une clairvoyance coupante. Dans un roman réaliste, quasi naturaliste, Christine Angot met en scène le côté sombre de la puissance féminine, elle en fait une donnée essentielle autour de laquelle tous les autres personnages auront à se définir.
French novelist and playwright, she is perhaps best known for her 1999 novel L'Inceste (Incest) which recounts an incestuous relationship with her father. It is a subject which appears in several of her previous books, but it is unclear whether these works are autofiction and the events described true. Angot herself describes her work - a metafiction on society's fundamental prohibition of incest and her own writings on the subject - as a performative (cf Quitter la ville).
Angot is also literary director for French publishers Stock
On pouvait compter sur Christine Angot pour aller à contre-courant de toutes les statistiques sur la violence conjugale et des abus domestiques et écrire un roman qui ressemble à un pamphlet pour Fathers4Justice. Femme puissante, femme écrasante, femme castrante, femme hystérique, homme qui ne veut que vivre sa vie, homme qu'on pousse à bout, à qui on tend un piège, qui "finit" par frapper parce qu'il est dans un coin et qu'il n'a plus d'autre solution. Toute mon éducation récente en termes de discours social tend à m'opposer à cette vision stéréotypée des dynamiques de pouvoirs dans les couples hétérosexuels.
Le problème (ça ne se peut pas, un Angot sans problème), c'est que c'est son meilleur livre depuis L'inceste. Narrativement et stylistiquement, c'est de la bombe, c'est d'une maîtrise renversante, presque bouleversante. La prose est serrée, du début à la fin, imposant un présent qui se dénoue simultanément sur le long terme des années qui passent et le micro-événement de la vie quotidienne. Et, soudain, à la page 115... ah, ce coup-là, c'est juste une romancière qui a une quinzaine d'oeuvres derrière elle qui peut se le permettre.
Et c'est aussi un roman "intersectionnel" avant l'heure. Dans la mesure où il se situe, paradoxalement, au carrefour de différentes oppressions: non pas à l'endroit où elles s'accumulent, mais à l'endroit où elles s'entrechoquent. En témoignent les superbes scènes où Billy, protagoniste, jeune homme noir, prend conscience de sa valeur exemplaire en tant que "détenu" dans le système judiciaire et carcéral français.