Les luttes féministes et les luttes pour l'abolition du système pénal et de la prison sont souvent présentées comme antagonistes. Le présent ouvrage vise à délier ce nœud en explorant les formes de protection que les femmes peuvent (ou non) attendre du système pénal et en mettant en lumière les manières dont celui-ci affecte leur existence, qu'elles soient incarcérées ou qu'elles aient des proches en prison. Le système pénal protège-t-il les femmes ? Que fait-il aux femmes qui y sont confrontées ? Faut-il inscrire les luttes féministes sur le terrain du droit ? En répondant à ces questions, Gwenola Ricordeau dénonce la faiblesse de la proposition politique des courants féministes qui promeuvent des réponses pénales aux violences contre les femmes. Critique du « féminisme carcéral », elle plaide pour des formes d'autonomisation du système pénal.
J'ai beaucoup apprécié cet essai qui propose une introduction aux questionnements et aux arguments centraux des luttes abolitionnistes. La bibliographie est extrêmement riche également. Je recommande cet ouvrage à toutes les personnes qui, comme moi, s'impliquent dans les mouvements abolitionnistes et féministes, mais ont l'impression que trop souvent ces luttes sont menées en silos.
J'ai bien apprécié l'essai de Ricordeau bien que c'était un petit peu différent de ce à quoi je m'attendais au début de ma lecture. Dès le chapitre deux toutefois, on entre dans la partie argumentative et j'ai beaucoup plus accroché·.
On entre dans le vif du sujet dans le deuxième chapitre après une introduction et un chapitre qui posent les bases du sujet dont elle va traiter (d'abolitionnisme carcéral) et qui expliquent un peu l'histoire, les mouvements, certains groupes et personnes, mais surtout les définitions et le pourquoi de ces positions. Les deux premières parties prennent tout de même le quart de l'essai et nous laisse seulement 150 pages pour explorer le reste, mais on n'est pas déçu·e. Je me demande toutefois comment va être reçu l'essai puisque j'ai beau me définir un peu paradoxalement dans l'abolitionnisme carcéral tout en voulant réformer cette institution de fond en comble, mais je n'ai pas vraiment été convaincu· par les explications du début. Les chapitres suivants diffèrent, à mon opinion, et amènent eux à une meilleure compréhension et une plus grande réflexions autour de ces questions.
Je ne résumerais pas le propos, il y a beaucoup beaucoup d'information qui est véhiculée, que ce soit sur les conditions de détentions, sur l'injustice du système carcéral et de ce qui y mène, de l'inutilité de la prison à tous les égards, de la condition des proches, tous en ayant une perspective ciblée sur les femmes uniquement (c'est le propos de l'essai) et un bon apport de la critique carcérale anti-raciste et queer (une critique dont je n'avais jamais entendu parler contrairement à celle des mouvements afro-américains (ma préf. étant The New Jim Crow: Mass Incarceration in the Age of Colorblindness) et des droits civiques porté notamment, par, plus proche de nous Policing Black Lives: State Violence in Canada from Slavery to the Present !!!). Un bon survol donc des conditions des femmes noires, lesbiennes, trans et des Premières Nations disproportionnellement incarcérée et violentée dans le système carcéral.
Ce que j'ai bien aimé de l'essai, c'est aussi le tracé de ses propres limites. Ricordeau propose des voies différentes pour penser la société, repenser l'idée même de criminalité et critiquer les systèmes qui en sont la cause et qu'on n'adresse pas dans l'incarcération de ses "symptômes" ; elle montre aussi, plus brièvement, les obstacles aux "alternatives" ou aux utopies montrées et leurs propres limites. Son propos n'est donc pas tant de proposer l'alternative ultime que de critiquer tout ce qui sous-tend le système carcéral et de nous enjoindre à repenser nos conceptions sociales pour justement voir émerger de nouvelles réflexions pour s'en sortir (qui dépendront de notre nouvelle vision de la société et de la criminalité).
Certainement intéressant et pertinent, j'avoue que je n'ai pas vu tant d'ouvrages du genre au Québec, mais c'est peut-être parce que je suis un peu trop ce qui se passe aux États-Unis, mais un bon point de départ si on s'intéresse au sujet.
Ce livre de poche combine l'historique, le théorique et le pragmatique, le tout dans une langue et un format accessibles. Hautement recommandé à toute personne qui cherche à en apprendre plus sur l'abolitionnisme pénal.
J’ai connu un aspect que j’ignorais. Le féminisme s’arrête t-il à la porte d’une prison ? Comment expliquer que les luttes féministes n’abordent ou voir ignorer les femmes en prison ? Les prisons sont-elles vraiment pertinentes? Telles sont les questions aux quelles ce livre tente d’y répondre. J’ai été scotchée dessus jusqu’à la fin. Je le recommande fortement.
Ce livre cherche à réconcilier le féminisme, dont les courants mainstreams demandent souvent + de pénalisation pour les auteurs de violences sexistes et sexuelles, et la lutte abolitionniste du système carcéral. J'ai besoin que plus de féministes le lisent (ou tout du moins s'informe sur le sujet). Il est très intéressant et explique les choses clairement et relativement intelligiblement mais c'est quand même un livre dans un style "universitaire" donc pas la lecture la plus fluide.
Quelques arguments abordés dans le livre, pour vous donner envie d'aller creuser en le lisant :
1) Le système carcéral n'envisage la réintégration des femmes détenues que sous la figure de la bonne épouse et la bonne mère, des rôles de facto sexiste. La prison en ce sens ne sert qu'à enforcer le patriarcat et punir les femmes qui en dévient. D'où la nécessité d'avoir une perspective féministe dans la lutte contre la prison.
2) Les entourages des détenu.e.s purgent elleux aussi une peine en devant assurer le soutien financier administratif et émotionnel de leur proche détenu.e.s, et ces tâches de soutien incombent en grande majorité aux femmes de l'entourage des détenu.e.s. Punir un homme c'est donc également punir son entourage féminin.
J'voudrais aussi préciser que le livre tente à toutes les étapes de son déroulement d'inclure les personnes racisées et queer, et reconnaît que les fondations du mouvement abolitionnistes leurs sont dûes.
3,5 ⭐️ Un sujet tout nouveau pour moi; un début très théorique, mais nécessaire pour planter le décors et le contexte dans lequel s’inscrit le mouvement abolitionniste (et non anti carcéral qui est trop réducteur). Donc de vrais apprentissage sur ce milieu et les dynamiques qui s’y jouent. En revanche les alternatives au système pénal tant attendu pendant 200 pages n’arrivent que 20 pages avant la fin, sans être vraiment développées et surtout sans avoir fait vraiment leurs preuves.. un peu décevant même si le sujet doit être posé. Et comme Audrey Lord le rappel «les outils du maître ne détruirons pas la maison du maître ».
Une très bonne introduction a l'abolitionnisme pénal qui traite des questions les plus complexes sur le sujet : celles concernant les violences sexuelles. Certains chapitres sont merveilleusement bien construits et très compréhensibles, d'autres le sont moins... Parfois peu de précision et parfois trop de lourdeur dans l'écriture mais globalement Ricordeau réussi parfaitement à vulgariser et a faire un état des lieux du féminisme abolitionniste aujourd'hui ! Envie de lire Angela Davis maintenant !!
Quand tu comprends (enfin) bien plus tard pourquoi tes amiexs te parlaient passionnément de ce livre.
Donne de réels outils politiques/de réflexion, même si je suis d’accord avec le commentaire de Marie sur les flous sur la justice transformative dans le dernier chapitre. Tout le reste est bouleversant et fondamental. Lu pendant un trajet de flixbus direction Marseille - je sais que cette lecture restera fort.
Un ouvrage intéressant pour commencer à explorer l'articulation de l'abolitionnisme pénal et du féminisme. La bibliographie est trés riche. Ce court essai souléve davantage de questions qu'il ne développe d'arguments ou ne présente d'alternatives et c'est peut-être là que réside le malentendu côté lecteur. Côté lecteur, car l'auteure n'est pas dans une démarche trompeuse. Elle indique que l'ouvrage présentera un panorama basé sur sa connaissance et ses expériences américaines et françaises, qu'elle ne théorisera pas ni ne donnera de "solution" pour répondre à la question de la prise en charge d'une personne qui commet un tort à un individu et à la société ni pour déjouer les piéges de la victimisation. L'essai est trés inégal : la pensée n'est pas toujours énoncée avec la même clarté et de nombreux passages sont déceptifs, annonçant une reflexion qui s'avorte. Toutefois, le lecteur y pioche une foule d'informations à retraiter et à documenter. C'est une sorte de case départ incontournable pour qui veut avancer dans la construction étape par étape d'une réflexion sur cette question de l'articulation entre l'abolitionisme pénal et le féminisme.
Je comprends que l'abolitionisme pénal peut avoir un intérêt, notamment au vu des conditions de détention, de ses conséquences (notamment pour les femmes), et au vu du fait que ce sont majoritairement des personnes issus de classes populaires, de minorités raciales, ou des personnes LGBT qui sont incarcérées.
Par contre j'ai vraiment du mal à saisir l'argument que pour les femmes victimes de violences il y aurait plus d'avantages que d'inconvénients à ce que les agresseurs ne soient pas emprisonnées. Je n'ai peut-être pas totalement compris l'argumentaire de l'autrice, ayant trouvé le livre assez complexe, mais pour moi cette idée ne fait pas sens.
Et bien que l'autrice pense que l'abolitionisme pénal n'est pas une utopie, elle écrit tout de même qu'il ne peut qu'être inachevé. Et elle n'évoque pas non plus vraiment d'alternatives concrètes à la prison malheureusement.
Un essai clair, concis et intelligent sur la nécessité pour la lutte féministe de s'affranchir du système pénal. La longueur du livre laisserait presque sur sa faim, mais permet une vue d'ensemble claire sur les effets de la machine pénale sur les femmes et sur les possibles et nécessaires alternatives. C'est un ouvrage à mettre entre toutes les mains, à utiliser pour réfléchir, discuter et, surtout, agir.
Un excellent livre, un survol de la littérature et des concepts, qui met au clair la majorité des questions à se poser sur l’abolitionnisme pénal et carcéral. Tout est très bien écrit, très clair, très référencé – seul bémol à mon sens : le dernier chapitre qui traite de justice restaurative manque cruellement d’éléments concrets et d’explications des processus.
Super lecture, accessible, extrêmement documentée et bien construite. Je recommande. Bon point d’entrée sur l’abolitionnisme pénal qui inclut aussi la pensée féministe.
Excellente entrée au sujet pour quiconque s'intéressant à l'abolitionisme pénal. Bien que mon discours inclut #defundthepolice depuis 2020 et que je sois une advocate des approches systémiques non-punitives, je n'avais pas encore lu d'ouvrage sur l'abolitionisme pénal ave focus sur les femmes en prison et celles dont leurs proches le sont. La perspective féministe et queer est nécessaire et très bien apportée. J'aurais aimé avoir un peu plus de détails sur la vision de Gwenola d'un système post-pénal.
J'attendais beaucoup de ce livre et j'ai donc forcément été un peu déçue. Le livre apporte selon moi plus de questions que de réponses, et n'est pas assez détaillé. La partie sur les alternatives à la prison est très (trop) courte alors que c'est ce que j'attendais le plus. Comme le dit l'autrice, nous cheminons sur un chemin un peu flou, on ne peut donc pas lui en tenir rigueur. Tout reste à inventer et "l'abolitionnisme pénal ne peut qu'être inachevé".
Intéressant, comme il y a beaucoup de références bibliographiques on apprend beaucoup de choses. Mais je n'ai pas trouvé ce livre particulièrement féministe, et j'aurais aimé après l'avoir lu être davantage convaincue par l'anticarcéralisme mais ça n'a pas été le cas. Des passages sont frustrants car pas assez argumentés, expliqués et détaillés...
Très intéressant. J'ai appris beaucoup sur la prison, les personnes judiciarisées et leurs proches. Ça manque d'éléments de réponse pour proposer une alternative à la prison mais c'est un livre très bien si on ne connaissait pas grand chose au sujet comme moi.
L’avant propos c’est un banger. C’est le livre qui m’a fait reconsidérer la prison (même si je trouvais déjà que c’était de la d) et qui m’a fait comprendre en quoi c’était féministe d’être contre la prison.