J'ai rarement lu un livre sur le HPI avec autant d'injonctions… C'est franchement détestable et il me semble assez peu compatible avec la posture professionnelle d'un-e psychologue…
Je n'ai pas non plus aimé l'insistance à rejeter le féminisme (comme si c'était un gros mot -_-) alors même que le livre défend des valeurs féministes (même si parfois c'est un peu à géométrie variable…)
Ma plus grosse critique est l'omniprésence de tous les clichés classiques sur le HPI : "pensée arborescente" (hello, ce concept n'existe pas, on parle de pensée divergente et ce n'est absolument pas unique aux personnes HPI), "hypersensibilité", et la souffrance terrriiiiiible qui semble associée au HPI. Petit rappel à cet égard : il s'agit d'un biais de sélection… Cette psy clinicienne se basant sur sa patientèle, elle semble oublier que quand on va voir un-e psy, c'est rarement parce qu'on va bien ! Or ce n'est pas parce que les personnes HPI qu'elle reçoit ont des difficultés et de la souffrance que c'est représentatif de la population HPI.. Toutes les études montrent justement le contraire, donc à un moment ce serait chouette de na pas continuer à diffuser des clichés et stéréotypes tout en se targuant de les combattre...
Je suis un peu surpris aussi de voir l'utilisation du terme "diagnostic" alors qu'il n'existe aucun "diagnostic" du HPI étant donné que ce n'est pas un trouble. Il existe des bilans, des tests, on peut parler de "détecter" mais pas de "diagnostiquer".
Enfin, j'ai été un peu agacé par l'ensemble du propos qui enfonce des portes ouvertes… Oui, les femmes vivent le sexisme. Incroyable. à quand un livre "handis surdoué-e-s, double différence, défi" ? ou "surdoué-e-s racisé-e-s, double différence, double défi" ?
Parce que ce qui influe sur l'expression de la douance des personnes, c'est pas tant qu'elles sont, ici, des femmes, mais qu'elles vivent dans une société sexiste, que les attentes formées à leur égard sont spécifiques… Et que l'autrice ne mentionne aucunement toutes les autres discriminations qui ont tout autant d'impact (le fait d'être issu d'une classe sociale défavorisée, de ne pas être conforme aux stéréotypes de genre, d'être racisé-e, handi, d'une communauté religieuse discriminée etc) est à mon sens une grosse lacune dans son analyse.
Finalement, elle essentialise énormément les femmes (HPI ou non), les HPI (hommes/femmes) et les femmes HPI (tout en dénonçant, paradoxalement, l'essentialisation des femmes), en avançant pléthore d'affirmations non sourcées, via un prisme quasi exclusivement hétérocentré (et ciscentré)…, bref elle offre un regard extrêmement réducteur, normatif et paternaliste sur les femmes HPI…
Vraiment pas un livre que je recommanderais.
edit : J'ai oublié aussi un point extrêmement problématique à mon sens : toute la partie sur la méditation de pleine conscience qui serait selon l'autrice potentiellement dangereuse pour les personnes HPI. Sa définition de la méditation de pleine conscience (mindfulness) est aux antipodes de ce en quoi consiste cette pratique… Il ne s'agit à aucun moment de rejeter ou ignorer "ses pensées négatives", mais d'observer ses pensées et émotions sans les juger. La PC consiste justement à accueillir ses sensations, émotions, pensées, et non à les rejeter. Dès lors, tous les prétendus "risques" qu'évoque l'autrice sont totalement infondés et à côté de la plaque…