« La folie n’est pas donnée à tout le monde. Pourtant j’avais essayé de toutes mes forces. »
C’est le genre de fille qui ne réussit jamais à pleurer quand on l’attend. Elle est obsédée par Bambi, ce personnage larmoyant qu’elle voudrait tant détester. Et elle éprouve une fascination immodérée pour les requins qu’elle va régulièrement observer à l’aquarium. Mais la narratrice et la fille avec qui elle veut vieillir ont rompu. Elle a aussi dû faire interner sa sœur Suzanne en hôpital psychiatrique. Définitivement atteinte du syndrome du cœur brisé, elle se décide à en savoir plus sur sa mère, qui s’est suicidée lorsqu’elle et Suzanne étaient encore enfants. Elle retourne sur les lieux, la plus haute tour du château touristique d’où sa mère s’est jetée. Elle interroge la famille, les psychiatres. Aucun d’eux ne porte le même diagnostic. Quant aux causes : « Ce n’est pas important de les savoir ces choses-là, vous ne pensez pas ? » Déçue, méfiante, elle finit par voler des pages du dossier médical qu’on a refusé de lui délivrer. Peu à peu, en convoquant tour à tour Blade Runner, la Bible ou l’enfance des tueurs en série, en rassemblant des lettres écrites par sa mère et en prenant le thé avec sa grand-mère, elle réussit à reconquérir quelques souvenirs oubliés. Mais ce ne sont que des bribes. Les traces d’une enquête où il n’y a que des indices, jamais de preuves. La voix singulière de Mathilde Forget réussit à faire surgir le rire d’un contexte sinistre et émeut par le moyen détourné de situations cocasses. Sur un ton à la fois acide et décalé, elle déboussole, amuse et ébranle le lecteur dans un même élan.
Biographie de l'auteur
Auteure, compositrice et interprète, Mathilde Forget a reçu le Prix Paris jeunes talents en 2014 pour son EP de chanson « Le sentiment et les forêts ». Elle a suivi un master de création littéraire et publié des nouvelles dans les revues Jef Klak et Terrain vague. À la demande d’un tiers est son premier roman.
Premier roman qui terrasse: la langue de Mathilde Forget est cynique et pudique à la fois. Elle parvient à parler de folie et de suicide avec une gravité légère, avec une transparence coup de poing. Elle détisse la toile des secrets de sa famille, étudie l’importance de la figure maternelle dans la culture pop, livre ses souvenirs d’enfants avec ironie ou tendresse, et nous confie sa peur viscérale des requins. Texte d’une grâce infinie.
Je crois que c'est le premier roman dans lequel je me suis retrouvée, tant dans l'histoire principale que dans les détails. C'est un roman court, poignant, mais qui est aussi parsemé de touches d'humour, ce qui rend la lecture plus qu'agréable. Lorsque je l'ai ouvert, je n'ai pas eu envie de le reposer tant que je ne l'avais pas terminé. C'est donc avec un grand intérêt que je vais suivre le parcours de cette autrice, si celle-ci décide de continuer à écrire.
La narratrice nous emmène dans son tourbillon de pensées, qui passe du coq à l’âne avec une logique pourtant implacable. On est jamais perdu et doucement le portrait se dessine : sa relation avec sa soeur (les moments d’enfance m’ont tellement parlés !!), sa famille, les traumas, etc.
Un livre qui se lit d’une traite, drôle ou triste. Chapeau (et j’ai très envie d’en lire d’autres de la même autrice du coup)
Sur des sujets aussi difficiles que sont le suicide et la folie, l’auteure offre une voix singulière à Mathilde, son personnage principal. À la recherche de souvenirs qui vont l’aider à comprendre, elle enquête avec subtilité et drôlerie sur un ton franchement décalé. À lire sans retenue !
une lecture rapide qui correspond vraiment à ma définition du roman parfait. suzanne me fait penser à une version de moi que j'aurais pu devenir et pourtant je me retrouve aussi beaucoup en mathilde. cette histoire de sœurs qui ont grandi quasi seules, les soucis mentaux de pauline, la fixation de mathilde pour les requins jusqu'à la fin
1. tout ce qui provient certainement de son éducation protestante : elle fait rarement des choses illégales; elle a généralement peur de déranger; son goût pour les intérieurs austères et ordonnés; elle n'est jamais en retard; sa mémoire ne s'encombre pas de fioritures 2. "un jour, j'ai appris la mort de ma mère" 3. "une fois j'ai réussi à sauter sans peur, ça a été une après-midi décevante" 4. "avoir un avis à donner, une chose à dire, me demande un temps si long qu'il fait de moi une personne peu bavarde" 5. "une grande sœur cesse forcément un jour de jouer avec sa petite sœur, à l'hopital psychiatrique je peux me venger" 6. en parlant de ses seins quand elle devait avoir dix ans : "on se demandait si plus tard on préférerait qu'ils ressemblent à ceu de mon père ou à ceux de ma mère [...] moi j'optais pour les poils afin de pouvoir manger comme je voulais en été" 7. "concernant le chagrin, les reglèes de parages restent obscures" 8. "joséphine ne comprenait pas que j'appelle mon père par son prénom mais j'avais remarqué au cours d'un repas que si je devais dire quatre à cinq fois papa avant qu'il réponde, un seul victor suffisait à attirer son attention. papa et maman sont un stratagème pour exclure les enfants des conversations. 9. "mamie n'a pas de chien ou de chat mais des abeilles et avec suzanne on trouve ca beaucoup plus intéressant" 10. "à ne pas prendre le temps d'enterrrer ses parents, on peut finir par enterrer tous les animaux du coin" 11. "elle est, je le vois bien, même si nous sommes assises, au moins trois fois plus grande que moi. elle est je le vois ben, même si nous sommes assises, un peu extraordinaire" 12. "je ne comprenais pas que les morts soient à la fois sous terre et dans le ciel, mais je préférais penser à ma mère quand je regardais les étoiles plutôt que lorsque je regardais mes pieds" 13. "à ving-six ans je fais l'effet d'un fantôme" 14. "c'est officiel, je ne vieillirais pas avec la fille avec qui je veux vieillir. j'avais trop peur qu'elle disparaisse sanas prévenir, alors je l'ai fait disparaitre" 15. "mon audioguide et moi n'avons pas le même rythme et cela menace le bon fonctionnement de notre relation" 16. "j'espère parfois que la fille avec qui je veux vieillir réapparaisse. il faudrait qu'elle réapparaisse. il faudrait qu'elle réapparaisse car on commence à sérieusement vieillir l'une sans l'autre" 17. "j'ai pensé que la folie de ma mère n'était rien d'autre que des instants où elle refusait le silence imposé par son histoire. délirer, c'était résister. j'ai pensé que les fous sont des résistants méprisés" 18. "elle n'a pas peur, elle a le trac, c'est autre chose. le trac envisage la réussite, la peur envisage le pire" 19. "je suis la seule fille, je suis sauvée. je vais rester en vie pour que des scènes de sexe soient possibles jusqu'à la fin du film" 20.
Je fais les choses "à l'envers" puisque j'ai d'abord connu Mathilde Forget avec "De mon plein gré"- un de mes coups de coeur de 2021.
Ici, j'ai pu retrouver son style si singulier et qui me transporte une nouvelle fois : j'ai l'impression de connaître l'autrice, la narratrice, comme si c'était une amie qui me racontait une histoire. Et ça, c'est fou et suffisamment rare pour être mentionné. Où est la part de fiction, où est celle d'autobiographie ?
Le roman est court, il se dévore, et on passe d'une phrase à l'autre sans s'en rendre compte. Pourtant, il faut s'accrocher car l'autrice nous promène tantôt dans les méandres de la santé mentale (et des hospitalisations), tantôt dans le monde des requins ou encore dans l'univers Disney.
Le point de départ, à savoir le suicide de la mère et l'hospitalisation de la soeur, nous emmène finalement plus loin que prévu et nous pose la question suivante : quelles sont les conséquences sur "l'autre" - la soeur de, la fille de ? Pourquoi ne pleure-t-elle jamais ? Elle dépeint une relation amoureuse passionnelle mais inachevée, entravée dans l'oeuf. Mais également des souvenirs d'enfance et une très belle relation sororale.
Merci à Mathilde Forget pour m'avoir de nouveau conquise.
Une écriture concise et intelligente au service de la re-transcription des émotions, des souvenirs de l'autrice qui a fait face à des événements familiaux graves. Une pudeur des mots associée à une grande justesse pour aborder le délicat thème du suicide et de la folie de la mère, à la hauteur des yeux d'une enfant. Enfin, dans cet univers grave et douloureux, l'espieglerie, la complicité de deux sœurs qui traversent main dans la main une enfance pas comme une autre et dont on perçoit la construction de leur vie de femme, d'adulte, au travers du prisme d'un lourd bagage familial. Un magnifique premier roman à la fois féroce dans les thèmes abordés et délicat dans la sensibilité qui en émane.
« A la demande d’un tiers »est le premier roman de Mathilde Forget paru chez Grasset pour la rentrée littéraire 2019. Mathilde Forget est aussi auteur-compositeur et avait été repéré aux Franco-folies en 2013. Le roman s’ouvre sur l’hospitalisation de Suzanne « à la demande d’un tiers » et ce tiers est la narratrice, sa sœur, « la petite ». Celle qui dit « je » dans le livre et essaye aussi de comprendre le suicide de sa mère qui s’est déroulé lorsqu’elle avait huit ans. Sa sœur lui a servi d’ancrage mais est à son tour vacillante. Ce roman est l’histoire de cette jeune femme qui expose son électrocardiogramme pour dire son chagrin d’amour, à qui on reproche de n’avoir pas de cœur quand les larmes ne viennent pas, qui, pour combler l’absence de la mère, apprend à sa copine, fille unique, à partager, etc. Est-elle atteinte du syndrome de Bambi ? La suite ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Elle se sent perplexe, distante, face aux émotions qui agitent les autres, notamment la souffrance et la violence qui s'emparent de sa soeur. Après une crise, celle-ci est envoyée en HP et, bientôt, la narratrice se retrouver à signer, sans trop comprendre les papiers d'autorisation d'hospitalisation à la demande d'un tiers... c'est-à-dire sans contrainte. Face à ses questionnements et son ambivalence, elle tente de comprendre son histoire familiale et les non-dits entourant le décès de leur mère, elle-même psychiatrisée. Un récit percutant.
*** : La folie en héritage. Un trio de femmes, deux soeurs et leur mère..Dans un style concis, dépouillé, ponctué par des traits d'humour, une des soeurs cherche à éclaircir leur histoire et le suicide de la mère.
(Français ci-dessous) I did not expect this book at all! I got it for free from the publisher (thank you!) and it rocked my world. We follow a young woman trying to understand her mother's mental illness and suicide that occurred decades ago. But the writing was really striking as I kept wondering if the narrator herself isn't mentally disabled too. She randomly shares facts and citations from scientific, literature or just random sources and tries hard to understand events in her life based on them. The story never really answers many of the questions asked but it hints at a bunch of clues and it's up to us to rebuild the puzzle. A beautiful story!
Oh, je n'étais pas préparée pour ce livre! Je l'ai reçu par l'éditeur (merci beaucoup!) et m'a toute chamboulée. On suit une jeune femme essayant de comprendre la maladie mentale et le suicide de sa mère plusieurs années auparavant. Mais c'est l'écriture qui m'a particulièrement touchée car on se demande si la narratrice elle-même n'est pas mentalement instable. Elle partage des données et citations venant de sources littéraires, scientifiques ou juste populaires et fait de nombreux efforts pour comprendre les étapes de sa vie grâce à elles. L'histoire ne répond pas vraiment aux questions posées mais donne des indices et c'est à nous de reconstruire le puzzle. Une très belle histoire très bien racontée!
A la demande d’un tiers , c’est l’histoire de deux sœurs liées par la mort par suicide de leur mère quand elles sont jeunes enfants . C’est l’histoire d’une quête désespérée sur la mort de la mère , de la recherche effrénée de son dossier médical , d’essais de renseignements auprès de ses proches , la sœur , la grand mère . Les infos sont maigres , la douleur est encore présente . Les médecins eux mêmes n’ont pas un avis tranché sur la maladie psychiatrique de cette mère qui a décidé de se jeter de la plus haute tour d’un château . Devenues adultes , la sœur aînée de la narratrice , bascule aussi dans la folie , elle pense qu’on lui en veut , qu’on l’épie , qu’on la suit dans la rue , lorsqu’elle met sa vie en danger , la narratrice doit signer des papiers pour faire interner sa sœur . Pendant la durée de l’hospitalisation forcée , les rôles sont inversés , c’est elle , la petite sœur qui va veiller sur l’aînée . J’ai beaucoup aimé le récit de l’enfance des sœurs ,la façon originale dont elle est racontée , c’est ce qui fait le petit plus de cette lecture .
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Une belle découverte que ce premier roman de Mathilde Forget. J'ai été avant tout marqué par la sensibilité qui s'en dégage, même si le style manquait un peu de spontanéité parfois. C'est une réflexion sur la folie, au sens psychiatrique du terme déjà, mais aussi sur celle de tous les jours, soit la part de folie que nous avons en chacun de nous, pour le meilleur et pour le pire.
La narratrice y mène une quête très personnelle puisqu'elle veut comprendre pourquoi sa mère, qui s'est suicidée lorsqu'elle était enfant, z est un sujet tabou dans son entourage familiale, alors que sa sœur semble elle aussi sujette à des problèmes psy d'un autre ordre.