Qu'est-ce que la nostalgie sinon une mélancolie humaine rendue possible par la conscience de quelque chose d'autre, d'un ailleurs, d'un contraste entre passé et présent ? Et cette nostalgie n'est-elle pas aussi provoquée essentiellement par l'irréversibilité du temps ? Car on ne saurait remonter le cours du temps, tel est l'obstacle insurmontable qu'il oppose à nos entreprises. C'est notre impuissance devant cette impossibilité qui fait toute l'amertume de la nostalgie et l'absurdité des chimères du rajeunissement. La nostalgie n'est pas le mal du retour : on peut toujours revenir à son point de départ, à son lieu natal (l'espace se prête docilement à toutes nos allées et venues) mais il est impossible de redevenir celui qu'on était au moment du départ. Mais si le temps s'oppose irréductiblement à la rétrogradation il ouvre devant nous une carrière infinie à la liberté. L'homme peut s'ouvrir à l'idée du futur et confirmer ce que le temps affirme. Se servant d'exemples tirés de la vie quotidienne aussi bien que d'oeuvres poétiques, philosophiques ou musicales, Vladimir Jankélévitch démontre en fin de compte que l'irréversible n'admet qu'un seul remède : le consentement joyeux de l'homme à l'avenir, au futur.
Vladimir Jankélévitch était un philosophe et musicologue français. Il était le fils de Samuel Jankélévitch, un médecin juif ukrainien qui s'était installé en France après avoir fui les progroms antisémites.
Vladimir Jankélévitch was a French philosopher and musicologist. He was the son of Samuel Jankélévitch, a Ukrainian Jewish doctor who moved to France after fleeing the anti-Semitic pogroms.
Ce livre m'a fait l'effet d'un voyage extraordinaire : celui qui vous transporte dans une contrée inconnue où les gens s'entretiennent dans un langage inaccessible, à défaut d'être complètement incompréhensible.
Jankélévitch déploie de tels trésors de linguistique, d'érudition, de culture classique et de philosophie que mes capacités pour le suivre ont rapidement été débordées, puis noyées (je suis pourtant un bon nageur).
De nombreux passages m'ont rappelé l'époque depuis longtemps révolue où je cotoyais de loin des geeks qui parlaient latin entre eux (soyez prévenus, Jankélévitch utilise le latin dans le texte... et même le grec ancien!) ou encore les conférenciers d'art qui se plaisent (complaisent?) dans l'étalage impitoyable d'une culture élitiste. Point de condescendance ici cependant, on sent simplement que l'auteur possède une culture et une intelligence extra ordinaires.
J'espère avoir pu effleurer la puissance du propos, et l'intérêt qu'il peut avoir pour éclairer la condition humaine, notamment dans ce qu'elle a de plus cruel: la vieillesse, le regret et la temporalité. Mais je m'avoue non qualifié pour noter cet ouvrage. A relire sûrement en temps voulu comme tant de sagesses qui accompagnent le crépuscule de nos vies.