Qui a pu être assez fou pour avoir eu, un jour, l’idée de faire de la musique avec de l’électricité ? Et comment est-ce possible d’ailleurs ? Qui se cache derrière ces instruments loufoques, ancêtres des pianos numériques actuels, ces immenses orgues criblés de fils électriques ou ces claviers surréalistes aux notes futuristes, dont les noms insensés - télégraphe harmonique, théâtrophone, Telharmonium, Audion Piano, Ondes Musicales, Orgue B3, Clavivox ou Polymoog - disent déjà la folie ? Des amoureux du son, très certainement, mais surtout d’immenses inventeurs. Ils s’appellent Edison, Cahill, Martenot, Mathews, Moog ou encore Zinovieff et Kakehashi, ils sont américains, anglais, français, russes ou japonais, et ils ont en commun un esprit insatiablement curieux et créatif, un amour des circuits électriques et des notes harmoniques, et une vision révolutionnaire de la musique. Successivement, ensemble et parfois en s’opposant, ils vont changer le visage du son en nous faisant passer, en près d’un siècle et demi, du piano acoustique aux bijoux technologiques d’aujourd’hui. De 1870 à nos jours et du premier microphone au dernier synthétiseur, Laurent de Wilde nous emporte dans la formidable épopée du son en retraçant les incroyables destins de ces magiciens. A travers cette galerie de portraits truculents (les inventeurs ont une légère tendance à divorcer et vivre selon des règles étranges), c’est toute l’histoire du XXe siècle que l’on revit au rythme des avancées de la modernité et de leurs milliers d’inventions (de la radio à Internet, du phonographe au microprocesseur), à mesure que l’on plonge dans l’univers impitoyable de la musique, où la course aux brevets et la concurrence font rage.
Copieux ouvrage sur l’histoire des synthétiseurs et de la musique électronique, le livre débute avec l’invention de l’électricité et de finit dans les années 80. Beaucoup beaucoup d’ingénieurs et de musiciens ont droit à des chapitres bibliographiques, parsemés d’anecdotes, de références, agrémentées par l’auteur sur un style très très accessible (franchement y’a un audiobook à faire, ça ferait une superbe saga radiophonique aussi).
Quoi de mieux qu’une hospitalisation sans droit de visite pour finir un pavé de +600 pages qu’on se traîne depuis presque un an? Mes sentiments envers ce livre ont suivit des (petites) montagnes russes, parfois agacé par l’absence de sources mise à part la biblio, (mais j’ai été calmé par les précisions de l’auteur sur son propre recueil d’interviews). J’ai aussi levé les yeux au ciel à plusieurs reprises tant le style est oral, mais bizarrement après 400 pages c’est devenu quelque chose d’agréable et funny, un peu bête mais pas méchant. Par contre je reste un peu fâché sur le peu de mentions des femmes, j’ai pas une culture musicale de ouf mais assez pour attendre l’évocation de certaines pionnières et rager de les voir réduites à « femme/sœur/mère de ». Pareil, un peu déçu sur le minuscule chapitre sur le Japon, l’auteur se consacre vraiment aux inventeurs nord américains, et même les français ne sont pas traités avec autant de détails que d’autres ingénieurs (bon par contre le chapitre sur Theremin est conséquent). Mais le livre m’a grave inspiré, passionné, j’ai fait un rapport chapitre par chapitre à mon partenaire, j’ai fait des recherches, j’ai découvert milles instruments, ingénieurs et musiciens, j’ai pris avidement des notes pour mes propres projets de programmation de synthé (projet de l’année), et c’était super. J’ai même versé une petite larme à la fin, c’est dire.
Pour celleux rageux comme moi de la surreprésentation masculine des personnes citées dans le livre, quelques articles sur les meufs du milieu :
Une géniale histoire de la musique électrique qui plaira tant aux virtuoses des claviers en mal de profondeur historique qu'aux bidouilleurs du dimanche comme moi.
J'ai vraiment aimé ce bouquin, aussi volumineux qu'il soit. Et malgré les quelques paragraphes un peu trop techniques pour moi, il est facile à lire et explique clairement l'évolution de la musique électronique au cours du XIXe et XXe siècle.
Laurent de Wilde part de l'invention du téléphone et retrace l'histoire de la synthèse sonore pour s'arrêter à peu près aux années 90 et l'avènement des samplers et de l'ordinateur. L'approche comporte une part de subjectivité (de quoi parler, de quelle manière) assumée et l'auteur est manifestement très enthousiasmé par son sujet.
L'ouvrage est centré sur les inventeurs, et raconte leurs histoires successives, souvent assez rocambolesques voire romanesques (celle de Leon Theremin est absolument extraordinaire). Ce faisant, il raconte beaucoup plus que la simple invention de quelques machines à produire du son. Il raconte la manière dont les avancées technologiques se sont produites, le New York du début du 20ème siècle, les batailles de brevets et les trahisons qui allaient avec, la manière dont le capitalisme a pu s'emparer ou se désintéresser de ces sujets, voire mener les meilleures idées à leur ruine, les évolutions industrielles, les inventions oubliées, et aussi comment tout ça se joue parfois sur une poignée d'individus passionnés et géniaux.
Etant moi-même musicien dans mon temps libre, je connaissais un grand nombre des machines évoquées ainsi que leur fonctionnement. J'ai néanmoins appris énormément de choses à cette lecture. De mon point de vue, l'approche adoptée par l'auteur comporte certains angles morts, ou peut-être certains angles de prédilection. Une lecture très sympathique dans l'ensemble, et sans aucun doute abordable pour un non-musicien ou non-praticien du clavier ou de la synthèse sonore.
Excellent essai qui relate l'histoire des technologies relatives au son. L'enregistrement, les microphones, les synthés, les effets, etc.
L'ouvrage est très érudit mais demeure clair et intéressant. À lire pour les fans de musique qui aiment voir plus loin que l'instrument et la théorie musicale.