David Dufresne, journaliste indépendant qui épingle les violences policières avec son fameux "Allô Place_Beauvau - c'est pour un signalement" sur twitter depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes livre ici son premier roman. On y croise son alter ego, fonctionnaires de la Préfecture de Paris sous tension, flics hors contrôle, gilets jaunes courageux, mutilés de la police...C'est aussi un résumé de cette insurrection des gilets jaunes, de ses grands moments (le 1er décembre et 16 mars) à ses tragédies individuelles, gueules cassés d'une guerre sociale intense et aussi de la peur des gouvernants, prêts à tout pour se maintenir, même si le prix est un bain de sang.
Retour sur un an de GJ dans le premier roman de David Dufresne. Série de faits réels incorporés dans une fiction un peu éclatée et au style littéraire, certes facile et, dirons-nous, efficace, mais, force est de l'admettre, peu passionnant.
« Allô, @Place_Beauvau- c’est pour un signalement » : c’est ainsi que , de Novembre 2018 à Juillet 2019, le journaliste David Dufresne a interpellé,sur son compte Twitter, le ministère de l’intérieur en recensant les actes de violence policière durant les manifestations de Gilets jaunes, samedi après samedi.
Ces tweets ponctuent aujourd’hui son roman Dernière sommation, qui met en scène un journaliste Étienne Dardel, dont le parcours ressemble furieusement à celui de David Dufresne. Le livre est dédié aux « signalés et à leurs enfants », plus de 850 manifestants blessés par la police française et recensés par Dufresne qui n’a publié que des témoignages soigneusement recoupés et contextualises. Dans le roman, ils apparaissent notamment à travers les récits de quelques épisodes connus comme la marche sur les Champs Elysées ou l’attaque contre le Fouquet’s, par le personnage de Vicky, activiste à la main arrachée par une grenade ( une horreur qualifiée d’ « incident » par le chargé d’enquête à l’IGPN qui la reçoit...). Pour comprendre la dérive autoritaire du maintien de l’ordre, le livre met aussi en scène le Préfet de Paris, les responsables de la police parisienne, un syndicaliste policier...
Un roman très politique, « écrit pendant les faits, comme une biographie de l’actualité , pour mettre de l’ordre dans mes idées, dans mes émotions, dans mes colères » dit l’auteur. Pour comprendre « la réponse étatique à la violence sociale » Et Dardel / Dufresne de pointer du doigt la somme de responsabilités : «Le pays était devenu violent, sous l’œil complice de ses institutions. Il était devenu violent parce que les attentats, parce que les terroristes, et parce que l’union nationale étouffait la moindre critique. Il était devenu violent parce que l’antiterrorisme était devenu l’alpha et l’oméga de la vie politique, union sacrée, police partout, justice nulle part. État d’urgence et confusion totale ». Et de conclure : « Je ne suis pas contre la police, je me bats contre l’ État policier »
Un roman / documentaire qui se lit comme un polar, avec de courts chapitres dont les titres sont autant de slogans récoltés dans les manifs et sur les murs : « Ils ont la police, on a la peau dure »; « Vous ne nous attraperez pas : Nous n’existons pas »; « Le pire est Avenir »
Une lecture nécessaire pour comprendre notre histoire récente et éviter qu’elle ne répète parce que nous aurions refuser de la regarder en face.
PS : Pour mettre des images sur ces épisodes et poursuivre la réflexion , David Dufresne a sorti en Octobre 2020 un film documentaire « Un pays qui se tient sage »
Bon.. pas ce à quoi je m'attendais. Je n'ai pas du tout accroché et ce qui m'avait donné envie de lire ce livre était cette citation que j'ai un jour entendue (je m'attendais plus à une analyse qu'à un récit) =
"Il y a trois sortes de violences. la première, mère de toutes, est la violence institutionnelle. Celle qui légalise et perpétue les dominations, les exploitations et les dominations. Celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans les rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire qui naît de la volonté d’abolir la premiere. Et la troisième est la violence oppressive qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas pire hypocrisie que de n’appeler violence que la seconde en feignant d’oublier la première qui l’a fait naître et la troisième qui la tue."
David Dufresne a choisit la forme du roman pour raconter l’histoire presque en direct de l’insurrection qui a agité la France pendant l’hiver 2018/2019 et les violences policières qui ont été relevées sur Twitter par le # Allo @Place_Beauvau – c’est pour un signalement. 860 tweets du compte @DavDuf interpellant le ministère de l’intérieur, relayés dans la presse un mois et demi après son premier tweet. David Dufresne a reçu le Grand prix du journalisme 2019 pour son travail d’investigation qui l’a absorbé jours et nuits pour vérifier les informations qu’on lui transmettait, répondre aux nombreux courriels reçus, déjouer les comptes troll d’insultes, etc. En créant Étienne Dardel, un « presque double en mieux » dit l’auteur, un journaliste indépendant qui, un jour, s’arrête sur un rond-point et découvre la colère de ses occupants. Par son passé d’ancien journaliste chez Actuel, à Libération puis à Médiapart qui utilise internet comme source d’information et contre-pouvoir, et après avoir vu le premier rond-point de France, l’Arc de triomphe, au prise à une violence de part et d’autre injustifiée, il devient dépositaire de messages, de vidéos et de témoignages qui rapportent les dérives d’un pouvoir confronté à un mouvement social spontané et insurrectionnel qui entre dans l’histoire de la France. La suite ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Bon retour en fiction sur l'épisode Gilets jaunes français mais honnêtement une écriture qui n'est pas a la hauteur, plutôt déçue... Comparativement au docu de Dufresne sur le même sujet qui lui est très bon
Avec Dernière sommation, David Dufresne fait l'autopsie d'un État qui broie son peuple à tous les niveaux (violences sociales, fiscales, économiques, policières), bras armé compris (police et gendarmes).
Un style journalistique que j'ai toujours du mal à aborder. Un sujet important et très grave. Je completerai ma lecture par le visionnage du film : un pays qui se tient sage.
Ma note ne repose pas sur le fond, un retour important sur le mouvement des gilets jaunes et les violences policières déployées pour le contrecarrer, le faire taire et disparaître. Lanceur d'alerte sur Twitter, l'auteur et personnage principal poursuit une mission nécessaire pour interroger le monopole de la violence légitime par l’État et ses dérives. Mais j'ai été gênée par le mélange fiction/réalité ; avec ce récit autobiographique on a l'impression que l'auteur parle de lui à la troisième personne, certains personnages sont désignés par leurs vrais noms (Benalla, Macron), tandis que d'autres comme le directeur de l'ordre public sont fictionnels... le doute s'insinue alors, bien que les violences décrites sont évidemment réelles, pour ce qu'il y a autour qu'est-ce qui relève de la fiction et qu'est-ce qui relève de la réalité ? Finalement, j'aurais aimé en lire plus sur l'une des "intrigues" périphériques, la relation entre une mère anciennement de gauche, ralliée au RN et gilet jaune, et sa fille d'extrême gauche, membre d'un black bloc.
David Dufresne, journaliste indépendant qui épingle les violences policières avec son fameux "Allô Place_Beauvau - c'est pour un signalement" sur twitter depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes livre ici son premier roman. On y croise son alter ego, fonctionnaires de la Préfecture de Paris sous tension, flics hors contrôle, gilets jaunes courageux, mutilés de la police...C'est aussi un résumé de cette insurrection des gilets jaunes, de ses grands moments (le 1er décembre et 16 mars) à ses tragédies individuelles, gueules cassés d'une guerre sociale intense et aussi de la peur des gouvernants, prêts à tout pour se maintenir, même si le prix est un bain de sang.