En esquissant des portraits d'universitaires jaloux, de chercheurs ratés, d'étudiants fats, Thomas O. St-Pierre dessine l'envers de la connaissance. À travers le professeur Morel - figé dans sa virginité, - le professeur Lambert - dont personne ne sait qu'il a perdu sa femme et sa fille à la suite d'une confrontation à propos de choux de Bruxelles - et bien d'autres, l'auteur donne à lire la vie souterraine, cachée, honteuse parfois ; la vie sous la Raison dont se réclament pourtant ses personnages. Au coeur de ces histoires finement entremêlées qui alternent avec des passages sur l'oeuvre de Cioran ou sur la philosophie de Socrate, c'est l'impossible sagesse des humains qui est ici amoureusement moquée.
(5/5, it was amazing) ABSENCE D’EXPLOSION est le quatrième ouvrage de Thomas O. St-Pierre que je lis. J’ai beaucoup aimé les précédents (roman, essai, roman-essai). Celui-ci, je l’ai absolument adoré. C’est en fait un effort que je considère abouti, achevé, intelligent, remarquablement divertissant et superbement écrit.
Court livre dans lequel la faune qui meuble une faculté universitaire est décrite dans toutes ses faiblesses, dans son insignifiance humaine. La façade traditionnellement supérieure des penseurs, des théoriciens, des porteurs de l’aristocratie intellectuelle est éclipsée par le côté brumeux —voire commun et ordinaire— de la créature humaine. Au cœur de ce qui alimente les rivalités inaltérables (anciens-relève, hommes-femmes, vedettes-oubliés), la jalousie, la peur de l’échec, la déception amoureuse, l’insuccès parental, le hâtif plafonnement professionnel, n’est finalement pas différent dans ce microcosme qu’ailleurs en société : l’insécurité.
Habilement construits, chacun des neuf chapitres met de l’avant l’intériorité d’un personnage de cette faune (un professeur, un étudiant, un aspirant), tout en le faisant évoluer dans l’univers de la Faculté et en continuant de divulguer des informations sur les autres figures. Parfois même, des scènes sont rejouées, mais décrites selon la perspective d’un autre protagoniste. Ce n’est pas nouveau comme mécanisme, mais lorsque c’est si richement construit, le lecteur ne peut que saluer l’effort. St-Pierre est également très cachottier dans sa façon de révéler de l’information importante à ce lecteur; par exemples : une caractéristique cruciale à propos d’un personnage n’est pas nécessairement dévoilée à l’introduction de ce dernier dans le récit ou même chose pour la filiation en deux personnages que l’on côtoie depuis des pages. Chaque moments où sont dévoilées ces informations, le lecteur ressent une satisfaction jubilassente. Je suis convaincu que St-Pierre a eu la même sensation lors de la rédaction.
Pour charpenter la chronique, l’auteur assoit les intrigues ainsi que les personnages dans un cadre philosophique, où s’opposent les principes soutenus par les professeurs à ceux appliqués au quotidien. Ainsi, les chapitres sont entrecoupés de courts textes (essais, souvent écrits au « je ») dans lesquels l’auteur s’affaire, sans lourdeur ni prétention, à mettre en valeur ou à déconstruire des théories sur lesquelles le personnage principal du chapitre précédent repose son comportement.
Je recommande chaleureusement ABSENCE D’EXPLOSION de Thomas O. St-Pierre.
« Murray est un professeur assez médiocre. Ou plutôt : c’est un chercheur assez médiocre, qui ne publiera jamais rien de marquant, mais qui est très populaire auprès des étudiants en raison de son implication et de son caractère terre à terre (ce que Morel appelle : sa médiocrité). »
Rien n'explose, en effet, si ce n'est nos illusions!
Une collection de portraits d'universitaires qui laisse entrevoir l'envers du décor peu reluisant de la soi-disant élite de la société. Jeux de pouvoir, ambitions mal placées, jalousies hypocrites et échecs lamentables : un catalogue complet des faiblesses humaines! Le milieu intellectuel est malmené avec humour et philosophie.
J'ai apprécié le ton et la perspicacité de l'auteur, qui a un talent certain pour dépeindre les comportements humains. Je crois que Thomas O. St-Pierre est en voie de devenir un de mes préf!
Très belle plume agréable à lire. J'ai aimé les brefs, mais complexes portraits tracés d'intellectuels imparfaits que l'on croit souvent bien sages et toujours en contrôle. Autant je me suis reconnue dans leurs incertitudes, dans les doutes et les peurs qui les habitent, autant j'ai été un peu choquée de constater le degré de leur égocentrisme et cette espèce de supériorité intellectuelle qui habite cette tranche "distinguée" de professeurs et d'universitaires.
Ce livre parle essentiellement de la souffrance. Presque de la souffrance d'exister. Mais surtout de la souffrance de ceux qui ne peuvent sortir de leur personnage tant dans leurs sphères privée que publiques. Un appel à l'authenticité se trouve entre les lignes.
Les petits chapitres sont intelligemment rapiécés à travers les personnages et l'histoire en filigrane.
Un lecteur connaissant peu le milieu universitaire ne pourra saisir toutes les subtilités des événements racontés.
Je suis restée sur ma faim quant à l'évolution de certains personnages, j'aurais préféré que leurs histoires se poursuivent plutôt que de demeurer sans réponse.