Au-delà de la guerre, de ce qui l'a provoquée et des dérapages, racontés par deux ex-soldats rebelles, Blaise Ndala fait le récit d'un monde obsédé par la célébrité et par la marchandisation de la misère. Tout ceci avec comme trame de fond un capitalisme sauvage où la guerre sert à exploiter les richesses minières des pays africains.
Blaise Ndala est né en 1972 en République démocratique du Congo. Il a fait des études de droit en Belgique avant de s’installer au Canada en 2007. Il y a publié deux romans remarqués, J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’Interligne, 2014, prix du livre d’Ottawa), et Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d’encrier, 2017, lauréat du Combat national des livres de Radio-Canada et du prix AAOF).
Je l’ai adoré. Dur, confrontant, cru et intelligent (tellement de références dans ce roman!), je comprends pourquoi c’est lui qui a remporté le combat des livres 2019. C’est un roman très bien écrit, aux couches multiples et que je recommande à ceux qui s’intéressent à l’humanitaire, à l’envers du volontourisme, à la condition humaine... Les grands lecteurs seront ravis de le lire ne serait-ce que par la qualité de l’écriture. Vraiment, Sans capote ni kalachnikov est un roman qui m’habitera longtemps et dont les réflexions personnelles que j’en tire me semblent infinies
Blaise Ndala nous laisse nous attacher au narrateur, l'ancien enfant-soldat Fourmi Rouge, à travers ses remarques et réflexions concernant la guerre civile à laquelle il a pris part pour libérer son pays africain d'un homme politique corrompu et un peu trop attaché au pouvoir. Observations vives et tranchantes sur l'hypocrisie de l'aide humanitaire, sur les boucs émissaires cachant des poches qui s'emplissent sur la marchandisation de la misère, sur le spectacle de la souffrance. Puis, on découvre les actes horrifiants commis par notre narrateur, mis en lumière par le documentaire choc d'une cinéaste québécoise, qui nous font remettre en question notre attachement initial à celui-ci.
C'est un livre qui m'a chamboulée, surtout toute la dernière section, où l'auteur joue avec nos représentations de ce que constitue une bonne et une mauvaise personne, de la valeur de nos intentions quand les effets de nos actions se révèlent dévastateurs, faisant chavirer sans crier gare notre perception de la cinéaste et de Fourmi Rouge, nous laissant abasourdi sur lequel des deux a causé le plus de dommages.
"[...] l'homme qui sait qu'il ne sait pas saura, tandis que l'homme qui sait qu'il sait sans qu'il sache ne saura jamais qu'il eût été possible qu'il sût."
Sans jugement, voire avec douceur, parfois avec humour et philosophie, l’auteur nous plonge dans un univers troublant, abordant des thématiques lourdes dont la guerre, la violence, les abus et le viol. La force du roman réside dans les principaux personnages, qui arrivent à rendre compte, de façon personnelle et touchante, de leur quotidien, de leur vécu et de ce dont ils ont été témoins. En filigrane apparaît également une critique du regard que porte l’Occident sur l’Afrique, de l’humanitarisme, du sensationnalisme, des phénomènes culturels et des rapports Nord-Sud.