interesting but a bit too fragmented.
fav quotes :
« L'historien sait bien que le passé n’est pas seulement ce qui a été, c’est aussi ce que la mémoire en a fait. Quant à l’imaginaire, il ne s’oppose nullement à la réalité : il n’en est ni le contraire ni l’adversaire, mais constitue lui aussi une réalité – une réalité différente, fertile, mélancolique, complice de tous nos souvenirs. » (p.15)
« […] chaque exemplaire affiche sa couleur propre, parfois « customisée » par son propriétaire. Certains sociologues ou psychologues y voient une expression supplémentaire de l’individualisme contemporain. Mais lorsque les comportements individuels vont tous dans le même sens, s’agit-il encore d’individualisme ? » (p.31)
« Elle souligne combien, en France, il y a cinquante ans, la photographie en couleurs était encore regardée comme quelque chose de suspect ou d’infidèle. Non seulement l’officiel et le légal s’exprimaient en noir et blanc, mais c’était aussi le cas de tout ce qui relevait de l’exact, du sérieux, du juste, du vrai. Les couleurs étaient réservées au frivole, au pittoresque, au loisir, voire au plaisir ou à la débauche. La photographie en couleurs, il faut le reconnaître, ne présentait pas les mêmes qualités qu’aujourd’hui, y compris dans les domaines de pointe de la science. » (p.59)
« L'historien sait que les documents, quelle que soit l’époque concernée, sont coutumiers de ce genre de facéties : l’inhabituel se conserve et se transmet mieux que l’ordinaire. » (p.62)
« […] la couleur n’est jamais neutre, combien elle est chargée d’une dimension idéologique qui, bien plus que ses prétendus effets physiologiques, conditionne nos choix et nos attitudes. » (p.71)
« Aujourd’hui, tourner un film en noir et blanc coûte plus cher que tourner un film en couleurs (il en va de même pour la photographie). D’où, chez les vrais créateurs, par un mouvement de balancier dont les modes et les systèmes sont coutumiers, une nette revalorisation du noir et blanc, plus séduisant, plus atmosphérique, plus « cinématographique ». » (p.92)
« « Pour moi les couleurs sont des êtres vivants […], les véritables habitants de l’espace. La ligne, elle, ne fait que le parcourir, que voyager au travers. Elle ne fait que passer. » » (p.115) ; phrase d’Yves Klein (1928-1962)
« Au bout de quelques semaines, quelques mois, une autre image revient se fixer dans ma mémoire : celle que je m’étais fabriquée avant de partir et qui est parfois très différente de ce que j’ai pu voir sur place, notamment pour ce qui concerne les couleurs. Cette image-là est désormais ineffaçable. Dès lors, à quoi bon voyager ? Je sais que c’est cette image, la première, la seule, la « vraie », riche de toutes les colorations de l’imaginaire, que je conserverai jusqu’à la fin de mes jours. Comme si chez moi le souvenir de ce que j’ai rêvé était plus puissant que celui de ce que j’ai vécu. » (p.203-204)
« À juste titre, mon père me faisait remarquer que prendre la partie pour le tout, ou le tout pour la partie, était chose courante dans les faits de langue et constituait un cas particulier de métonymie. » (p.223)
« Montrer la couleur, c’est parfois l’appauvrir. » (p.232)
« De bonne heure en Europe la couleur a cessé d’être considérée seulement comme une matière pour devenir, aussi et surtout, une lumière ; ou plutôt une fraction de la lumière. […] Isaac Newton […] propose au monde savant un nouvel ordre des couleurs : le spectre. Un ordre au sein duquel il n’y a désormais plus de place ni pour le noir ni pour le blanc, et où les couleurs forment une séquence sans aucun rapport avec les précédentes : […]. Ce classement spectral des couleurs s’est progressivement imposé comme l’ordre physicochimique de base dans la plupart des domaines relevant du monde des sciences. […]
Plus tard, les neurosciences ont à leur tour accentué cette importance de la perception et proclamé que la couleur n’était pas seulement une enveloppe matérielle ou un phénomène physique, mais également une sensation : la sensation d’un effet coloré, reçu par l’œil et transmis au cerveau. Elle serait due à la conjonction de trois éléments : une source de lumière, un objet sur lequel tombe cette lumière, et un organe récepteur, l’homme, […] » (p.238-39)
« […] donc nous les voyons. Ou, du moins, nous croyons les voir. » (p.238)