Manifeste anticapitaliste et afroféministe rédigé par une militante du collectif Mwasi qui propose de faire de la notion de communauté une arme contre le projet néolibéral et individualiste de dépolitisation des luttes de libération noire.
Ma collègue de librairie m'en a souvent parlé et on a souvent discuté des sujets à l'intérieur de ce manifeste/essai, j'ai donc finalement pris le temps de le lire. J'aurais probablement trouvé très novateur beaucoup des sujets, des réflexions et des angles d'approche du livre si ma collègue ne me les avait pas déjà spoilés :p .
La réflexion est définitivement très intéressante, critique, d'un point de vue anticapitaliste et afroféministe et critique immensément ces organisations anti-racistes françaises qui font un peu du n'importe quoi et n'aide aucunement à la libération du racisme, du patriarcat et du capitalisme (pour reprendre les mots de la quatrième de couverture). Ce n'est pas seulement de ça que l'on parle pourtant, on aborde des questions qui vont de la "communauté" à une satire des critiques du Black Love qui ne font que reproduire un faux idéal tout en cumulant les préjugés sur les couples noirs ; on parle de l'appropriation de Frantz Fanon par les milieux anti-racistes et de l'importance de l'autonomie des luttes politiques. Bref, un très vaste programme en très peu de pages.
À la fin survient toutefois une partie un peu étrange "Onze questions que vous n'avez osé poser à une militante afroféministe" où l'autrice répond en deux, trois paragraphes à des questions qu'elle a reçu dans son "CuriousChat" de divers internautes. Outre la brièveté qui résume souvent la réponse à un argument presque Twitteresque dont la réponse ne satisfera que les personnes qui ont la même idée sur le sujet que l'autrice. Des fois, on a affaire uniquement à des railleries: à une question sur l'articulation entre la race, la classe auquel on ajouterais l'espèce (spécisme) et la haine sur laquelle elle porterais aux mouvements anti-spéciste ; elle réplique avec presqu'autant de mépris "Ai-je même le temps d'avoir de la haine pour un "mouvement politique" aussi bancal?" et de simplement répondre que l'anti-spécisme n'a pas d'affaire dans l'intersectionalité sans arguments ni rien. Nous sommes d'accord et pourtant, qu'est-ce que cette réponse vient apporter au texte, au manifeste? C'est peut-être le passage le plus éloquent en terme d'absence d'argument du recueil bien que souvent je le trouvais moins inspirant justement parce qu'il semblait se fonder, parfois (en fait, pas mal juste cette dernière partie), plus sur l'opinion que sur l'expérience ou le savoir et ces questions en série ressemblait vraiment trop à ces éditoriaux sans recherches ou réflexions, ces "hot take" pondu rapidement. Une drôle et décevante manière de clore le manifeste.
Cet ouvrage s'adresse vraiment à un public précis et à l'extérieur de ce public, ce ne sera vraiment pas intéressant ou convaincant du tout, ce n'est d'ailleurs pas son objectif. L'autrice adresse les travers de l'organisation anti-racistes et proposent d'autres voies, mode d'existence et de communauté qui s'adresseraient aux fondements même du racisme et du capitalisme plutôt que de le reproduire dans une autre forme. Ce n'est pas là que vous irez à la pêche aux arguments, mais c'est ce manifeste que vous pouvez lire pour militer avec une plus grande conscience des problèmes du militantisme institutionnalisé.
Intéressant. Des points qui poussent à la réflexion et à des recherches pour approfondir les arguments.
Cependant, je suis déçue de la fin … Les 11 questions de curiouschat, j’ai compris l’idée mais je trouve que c’est dommage de terminer un manifeste par ça ( ça m’a trop fait penser à Twitter… )