«Pour moi, il y avait une énorme différence entre être un monstre et être possédé par un monstre.»
Je fais la rencontre de Louise Dupré avec THÉO À JAMAIS, et quelle belle découverte pour moi. Principalement reconnue comme poète, cette retraitée professeur de littérature à l’UQAM, propose ici son quatrième roman.
La narratrice, Béatrice, est arrivée dans cette famille il y a une quinzaine d’années. Les deux jeunes enfants, Elsa et Théo, l’ont acceptée comme la compagne de leur père, comme celle qui prend la relève de leur mère décédée. La chimie a opérée. Le temps a fait son œuvre, une nouvelle famille heureuse est née.
Puis, arrive ce drame. Aux États-Unis, pays où la tuerie est désormais presque reléguée à la banalité du quotidien, un homme est attaqué par son fils. Ce dernier meurt sous les balles d’un policier. Le père survie. Le fils, c’est Théo. Le père, c’est Karl, le conjoint de Béatrice. Comment Théo en est-il venu à poser ce geste? Comment cette famille a-t-elle laissé Théo en venir à poser ce geste?
« Comme moi, il [Karl] essayait sûrement de comprendre ce qui nous avait conduits dans le mur où notre vie s’était fracassée avec celle de Théo. »
C’est là l’essentiel de la proposition de ce très beau livre. Béatrice cherche à comprendre. Pourquoi, après coup, elle voit les indices? Pourquoi elle n’a pas agi? Pourquoi Karl s’était-il laissé injurié et menacé par son fils? Pourquoi a-t-il tourné le dos? Mais, au-delà de tout, pourquoi Théo? Pourquoi on l’a laissé en venir là? Oui, il y a culpabilité, mais la volonté de rationaliser la suite des événements est davantage au cœur de la quête intérieure de Béatrice. Elle veut comprendre.
« De nouveaux motifs de reproches me venaient chaque jour au sujet de Théo. »
La plume de Louise Dupré est précise, sans être froidement chirurgicale. Elle est dans le faits, mais également dans les émotions qui sont mues par les conjonctures. Béatrice, qui a été projetée au cœur du drame, cherche à s’en distancer pour que le recul lui apporte réponses à ses délibérations. Une mère —une belle-mère— a-t-elle droit, est-elle capable de ce recul?
Par l’écriture d’un récit, par une revue de l’historique familial, par des rencontres avec des amis-es et connaissances de Théo, par des discussions avec une autre mère qui partage une expérience du genre, Béatrice veut comprendre. Faux spoiler : elle ne comprendra pas, mais elle acceptera de ne pas comprendre. Une douce et touchante conclusion attend le lecteur.
C’est certain que je vais visiter les écrits antérieurs de Louise Dupré, tant j’ai été charmé par l’intelligence et la qualité d’écriture, par la proximité qu’elle entraîne avec le lecteur et surtout pour la satisfaction qu’elle commande.