1er décembre 2018. Une gardienne de la paix "lambda" est confrontée à l'ultraviolence des manifestations parisiennes.
Vivre la vie de Juliette Alpha, comme elle le propose dans son livre-choc, c'est se retrouver au coeur d'un tourbillon permanent, dans l'oeil du cyclone. C'est d'abord faire face, seule, à des difficultés matérielles et psychologiques. C'est ensuite, très vite, traverser l'enfer : Charlie-Hebdo et le Bataclan. C'est voir alors s'effondrer ce en quoi l'on croit (" Avec le Bataclan, j'ai pris 10 ans dans la gueule. Je me souviendrai toute ma vie des hurlements dans la radio ce soir-là et d'avoir vu mes collègues rentrer à 4 h du matin avec des bouts de chair sur eux. Dès lors, notre mission n'était plus de protéger notre prochain, ce pour quoi nous avions été formés, mais de protéger notre pays. Et ce n'est plus du tout la même chose. ").
Vivre la vie de Juliette Alpha, c'est capter ce sentiment si particulier qui anime une brigade (" Même si je n'aime pas un collègue, j'irai à la mort pour lui. ") C'est assumer le fait que, chef de bord, la vie de vos collègues dépend des décisions que vous prendrez en une fraction de seconde, alors que vous n'avez pas un an de maison.
Vivre la vie de Juliette Alpha, c'est devoir renoncer aux missions sociales qui sont celles des policiers parce que les manifestations accaparent toutes les ressources disponibles. C'est apprendre qu'à Paris, en 2019, la détresse et la misère sont partout, mais que les appels à Police Secours ne sont plus dispatchés le samedi, faute de moyens.
Vivre la vie de Juliette Alpha, enfin, c'est accepter de mettre, chaque jour ou presque, votre existence en danger, parce qu'au fond de vous-même, vous restez convaincu(e) de la grandeur de votre mission.
Vie ma Vie de Flic est un ouvrage autobiographique d’une gardienne de la paix publiant sous le pseudonyme de Juliette Alpha.
Comme beaucoup, j’ai découvert Juliette Alpha à l’occasion de sa publication d’une série de tweets, le 3 décembre 2018, sur son compte Twitter (@JulietteAlpha17). Elle y décrivait, de l’interieur des forces de l’ordre, les violents événements parisiens du premier Décembre 2018. Alors que les chaînes infos ne pouvaient nous montrer les événements que vus de l’autre côté de la barrière, j’ai pris conscience de la pression et des violences que ces policiers ont subi, de leur épuisement, de leur peur, et de la difficulté d’assurer avec discernement leurs missions de maintien de l’ordre, de protection des personnes et des biens.
J’ai aussi découvert une personne sachant manier le verbe, et c’est sans hésitation que j’ai commencé à suivre son compte, puis que j’ai acquis cet ouvrage, publié à l’initiative d’un éditeur ayant fait le même constat.
L’ouvrage débute par une partie biographique qui nous éclaire sur les motivations de Juliette Alpha l’ayant conduite à rentrer dans la police. Cette partie intéressera plus particulièrement ceux la suivant sur les réseaux sociaux, probablement moins les autres.
Sa description de son année de formation lève le voile sur un aspect méconnu des forces de l’ordre, et révèle l’origine d’un grand esprit de corps.
C’est lorsque nous suivons ses premiers pas comme stagiaire, puis comme titulaire au sein de Police Secours, que nous découvrons une facette de la Police peu médiatisée. En effet, les nombreux documentaires de société sur la Police préfèrent souvent nous présenter des unités d’action.
Au sein de Police Secours, Juliette Alpha nous fait découvrir la police du quotidien. Celle qui essaye de servir de médiateur aux conflits domestiques ou de voisinage ; celle qui intervient sur les accidents de la route ; celle qui, malheureusement et trop souvent, se retrouve plongée au cœur d’une misère humaine méconnue.
On y découvre des policiers pour qui leur métier est une vocation. Des policiers qui luttent pour conserver leur discernement face à des situations éveillant en eux tout le spectre d’émotions que peut ressentir un être humain. On y découvre les bons côtés, mais aussi les difficultés, le manque de moyens, les relations avec les syndicats et la hiérarchie. Toutes ses réflexions de policier de terrain, et souvent de proximité, se retrouvent dans ses écrits.
Un après-propos de son co-auteur, avec laquelle elle n’est pas en accord sur tous les sujets, met finalement ses propos en perspective.
En tournant la dernière page, quelle que soit l’impression initiale que l’on pouvait avoir de la Police, on se retrouve avec une nouvelle vision, enrichie, de ces hommes et femmes se donnant corps et âmes au service de la population.
Ce livre est un témoignage essentiel, qui fait ressortir la part d’humain au sein de cette institution.
À l'origine de ce livre, un post sur les réseaux sociaux. Juliette Alpha, de son pseudonyme, est une policière de 30 ans en poste à Paris. Gardienne de la paix depuis 2014, c'est à bout de force qu'elle se livre sur Twitter, le 3 Décembre 2018. Après une journée folle au bord de l'irréel, elle raconte. La violence, la peur, le stress, l'incompréhension vécues lors d'une manifestation à Paris. Ainsi donc, la décision est prise, elle va écrire un livre. Mathieu Zagrodzki, chercheur en science politique et spécialiste des questions de sécurité publique, ajoute son expertise.
Depuis ses premières pensées envers la police, jusqu'à aujourd'hui, Juliette Alpha retrace son parcours. Comment elle a eu envie d'être flic et comment elle en est arrivée à passer le concours. Suite à son acceptation, comment s'est déroulée sa formation à l'École Nationale de la Police. Et puis, ses premières vacations, ses premières interventions, ses premiers "Delta" (personne décédée). Juliette Alpha raconte tout, parfois trop en détail, ce qu'elle a vécu, ce qu'elle vit au quotidien.
En fin d'ouvrage, Mathieu Zagrodzki livre son point de vue de chercheur, plus contrebalancé. Il n'hésite pas à dévoiler les points sur lesquels il n'est pas en accord avec l'auteure, et ceux qu'il appuie. Il explique, tempère, et contribue à nous faire comprendre les dessous de l'institution policière.
Mon avis
"Vis ma vie de flic" est un livre témoignage parmi tant d'autre, venant mettre en lumière le métier de gardien de la paix. J'ai mon avis personnel sur la question, mais je n'ai finalement que peu de connaissances sur le sujet. Du coup, j'ai trouvé très intéressant d'avoir le point de vue d'une experte.
Si la première partie, jusqu'à l'obtention de son diplôme, est un peu longue, la deuxième partie est beaucoup plus intéressante. C'est là qu'elle détaille le quotidien et les missions de la Police Secours. Celle qui est auprès des citoyens, tous les jours, quels que soient les appels. Elle ne cache pas non plus les failles du système, le manque de moyens, le silence imposé. La police est une institution française qui a au minimum trente ans de retard sur la réalité. Et c'est en partie ce qui peut provoquer les problématiques qui lui sont inhérentes. Difficile d'évoquer les violences policières, les situations complètement illogiques, les objectifs incohérents, sans faire de lien. La police que Juliette Alpha aimerait retrouver, c'est la vraie police de proximité. Et pour ça, il faut réussir à cohabiter et communiquer avec ses citoyens.
Que l'on soit d'accord avec tout ce qu'elle dit ou non, "Vis ma vie de flic" est un excellent moyen de s'informer sur les dessous du métier de policier. Puisque rien n'est jamais tout noir ou tout blanc, cet ouvrage aide à mettre en perspective les différents points de vue sur les affaires récentes concernant notamment les violences policières. Mais c'est aussi un beau rappel de ce tissu social dans lequel se noue quotidiennement les missions de la police.