Naissons-nous égaux ? Des plus matérielles aux plus culturelles, les inégalités sociales sont régulièrement mesurées et commentées, parfois dénoncées. Mais les discours, qu’ils soient savants ou politiques, restent souvent trop abstraits. Ce livre relève le défi de regarder à hauteur d’enfants les distances sociales afin de rendre visibles les contrastes saisissants dans leurs conditions concrètes d’existence.
Menée par un collectif de 17 chercheurs, entre 2014 et 2018, dans différentes villes de France, auprès de 35 enfants âgés de 5 à 6 ans issus des différentes fractions des classes populaires, moyennes et supérieures, l’enquête à l’origine de cet ouvrage est inédite, tant dans son dispositif méthodologique que dans ses modalités d’écriture, qui articulent portraits sociologiques et analyses théoriques. Son ambition est de faire sentir, en même temps que de faire comprendre, cette réalité incontournable : les enfants vivent au même moment dans la même société, mais pas dans le même monde. Rendre raison des inégalités présentes dans l’enfance permet dès lors de retracer l’enfance des inégalités, autrement dit leur genèse et leur influence sur le destin social des individus. En donnant à voir ce qui est accessible aux uns et inaccessible aux autres, évident pour certains et impensable pour d’autres dans des domaines aussi différents que ceux du logement, de l’école, du langage, des loisirs, du sport, de l’alimentation ou de la santé, cet ouvrage met sous les yeux du lecteur l’écart entre des vies augmentées et des vies diminuées. Il éclaire les mécanismes profonds de la reproduction des inégalités dans la société française contemporaine, et apporte ainsi des connaissances utiles à la mise en œuvre de véritables politiques démocratiques.
Sous la direction de Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’École normale supérieure de Lyon (Centre Max Weber) et membre senior de l’Institut universitaire de France, avec la collaboration de Julien Bertrand, Géraldine Bois, Martine Court, Sophie Denave, Frédérique Giraud, Gaële Henri-Panabière, Joël Laillier, Christine Mennesson, Charlotte Moquet, Sarah Nicaise, Claire Piluso, Aurélien Raynaud, Fanny Renard, Olivier Vanhée, Marianne Woollven et Emmanuelle Zolesio.
Bernard Lahire (né en 1963) est un sociologue français, professeur de sociologie à l'École normale supérieure de Lyon et directeur de l'Équipe Dispositions, pouvoirs, cultures, socialisations du Centre Max-Weber (CNRS). Médaille d’argent du CNRS 2012. Il dirige la collection « Laboratoire des sciences sociales » aux Éditions La Découverte depuis 2002.
Ses travaux portent sur la production de l'échec scolaire à l'école primaire, les modes populaires d'appropriation de l'écrit, les réussites scolaires en milieux populaires, les différentes manières d'étudier dans l'espace de l'enseignement supérieur, l'histoire du problème social appelé « illettrisme », les pratiques culturelles des Français, les conditions de vie et de création des écrivains, ou encore l'œuvre de Franz Kafka.
Est-ce que je vous ai déjà dit tout le bien que je pense des travaux et des livres du sociologue Bernard Lahire ? J'enchaine en tout cas un cinquième livre de lui en un mois, et je ne m’en lasse pas. Cette fois, il s’agit de Enfances de classe, sous-titré De l'inégalité parmi les enfants, qu'il a dirigé en collaboration avec une quinzaine de sociologues à la suite d'une grande enquête menée entre 2014 et 2018 auprès d'élèves en grande section d'école maternelle. Ce pavé qui restitue les résultats de cette enquête et en tire des enseignements a été publié en 2019 au Seuil.
Naissons-nous égaux ? Des plus matérielles aux plus culturelles, les inégalités sociales sont régulièrement mesurées et commentées, parfois dénoncées. Mais les discours, qu'ils soient savants ou politiques, restent souvent trop abstraits. Ce livre relève le défi de regarder à hauteur d'enfants les distances sociales afin de rendre visibles les contrastes saisissants dans leurs conditions concrètes d'existence.
Menée par un collectif de 17 chercheurs, entre 2014 et 2018, dans différentes villes de France, auprès de 35 enfants âgés de 5 à 6 ans issus des différentes fractions des classes populaires, moyennes et supérieures, l'enquête à l'origine de cet ouvrage est inédite, tant dans son dispositif méthodologique que dans ses modalités d'écriture, qui articulent portraits sociologiques et analyses théoriques. Son ambition est de faire sentir, en même temps que de faire comprendre, cette réalité incontournable : les enfants vivent au même moment dans la même société, mais pas dans le même monde.
Rendre raison des inégalités présentes dans l'enfance permet dès lors de retracer l'enfance des inégalités, autrement dit leur genèse et leur influence sur le destin social des individus. En donnant à voir ce qui est accessible aux uns et inaccessible aux autres, évident pour certains et impensable pour d'autres dans des domaines aussi différents que ceux du logement, de l'école, du langage, des loisirs, du sport, de l'alimentation ou de la santé, cet ouvrage met sous les yeux du lecteur l'écart entre des vies augmentées et des vies diminuées. Il éclaire les mécanismes profonds de la reproduction des inégalités dans la société française contemporaine, et apporte ainsi des connaissances utiles à la mise en œuvre de véritables politiques démocratiques.
L’ouvrage est composé de 3 grandes parties :
La première partie fixe le cadre, les objectifs et la démarche méthodologique de l’enquête. C’est une sorte de passage obligé, mais qui n’est pas dénué d’intérêt.
La deuxième partie, la plus longue, détaille 18 portraits d’enfants, six issus des classes populaires, six issus des classes moyennes, et six issus des classes supérieures. L’éventail est large, et il est difficile de rester insensible en lisant certains portraits, en particulier ceux concernant des enfants des classes populaires les plus précaires, surtout quand on les compare à ceux des familles les plus favorisées.
La troisième partie analyse et compare les constats faits pendant l’enquête et en tire des enseignements sociologiques sur différentes thématiques : logement ; stabilité professionnelle et disponibilité parentale ; rapport à l’argent ; rapport à l’école ; obéissance et esprit critique ; langage ; lire et parler ; loisirs et culture ; sport ; et enfin vêtements, alimentation et santé.
Le livre s’achève sur une belle conclusion de Bernard Lahire, en deux temps : il prend d’abord un peu de recul pour aborder la question des inégalités sous un angle presque anthropologique ; il propose ensuite de ne pas s’arrêter au constat et appelle nos gouvernants à lutter véritablement contre ces inégalités sociales dès l’enfance.
Si ce livre est un gros pavé et peut sembler intimidant, je ne peux que le recommander chaudement à toutes celles et tous ceux qui veulent voir notre société en face, à travers la vie de gamins et gamines de cinq ou six ans. C’est une plongée sans filtre dans les conditions matérielles d’existence de futurs adultes dont l’avenir n’est peut-être pas encore totalement écrit, mais aux chances déjà bien inégales.
Un livre qui retrace la vie de 35 enfants, et qui illustre sans ambiguïté les inégalités de notre société. Si l'Europe de l'Ouest a réussi à se doter des Etats providences au cours des dernières décennies, on se rend vite compte que les inégalités sont transmises de génération en génération. Nos institutions ne sont pas encore suffisamment développées pour donner une chance à chacun.
Le concept de dominant et de dominé me plaît, car à la lecture de ce livre, on voit clairement une classe dominée par une autre. Pour citer Karl Marx : "les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes".
Effectivement, nous ne devons pas tomber dans le piège des personnes, issues de familles riches, qui nous assènent des leçons de vie, nous conseillent sur la manière de gagner de l'argent et pire, se permettent de traiter notre classe de fainéants. La plus grande bataille est incontestablement de d'abord vaincre les pensées de la classe dominante.
Enfin fini ! Un ouvrage de sociologie passionnant, sur un sujet qui m’intéresse beaucoup : la fabrique des inégalités, dès l’enfance. Les « études de cas » auprès d’enfants de différentes classes sociales permettent de voir concrètement ce que signifient ces inégalités. Malgré tout, le sujet ne fait pas oublier la longueur du livre : 1600 pages sur la liseuse. Une lecture ardue, sans doute pas un bon début pour ceux qui s’intéressent à la sociologie.
Il y a une éducation inconsciente qui ne cesse jamais. Par notre exemple, par les paroles que nous prononçons par les actes que nous accomplissons, nous façonons d'une manière continue l'âme de nos enfants. Émile Durkheim, éducation et sociologie 1922
J'ai lu quelques livres dans ma vie et Enfances de Classe fait partie de ceux qui m'auront le plus marqué. Je l'ai lu à sa sortie et aux 5ans de ma fille.
J'ai été fasciné par la description minutieuse de ces vies, de pénétrer dans l'intimité de ces familles, de découvrir à quel point les façons d'éduquer et même de vivre peuvent différer : la détresse d'Ashan, la densité sociale familiale et amicale autour de Léonie, les parents flippant d'Alexis, la distinction de Mathilde...
J'ai lu avec avidité, reléguant mon Pratchett sur ma table de nuit et repoussant l'heure du coucher afin de finir un portrait, touché par des enfances à laquelle je me suis identifié (Zélie).
Naviguer aux deux bouts de l'espace social comme le permet Enfances de Classe produit un sentiment d'injustice extraordinaire. C'est un livre qui permet de sortir des discours abstraits et technos. Il établit l'existence des inégalités sociales et les montre, concretement.
Lahire & co étudient le rapport au monde d'enfants de 5ans. Celui-ci sera « augmenté » pour les uns, tant leur enfance les aura prédisposés à se saisir des occasions, et « diminué » pour les autres car ils auront fait l’expérience du manque et de leur désajustement initial à la grande compétition sociale.
Limites de l'ouvrage - Avant la naissance, le foetus de l'enfant est déjà marqué socialement, par ce que mange et boit la mère, par le choix du prénom et les objets pour le nouveau-né. Quitte à aller au bout de la démarche mentionner les éléments marquants "originels" auraient été un plus. - Le questionnaire semble ne pas prendre en compte ou mésestimer un facteur MAJEUR : le temps passé avec l'enfant (temps actif : sortie, activité manuelle, repas partagé ou non etc..) ce qui me parait pourtant déterminant et très hétérogène d'une famille à l'autre par exemple entre une maman prof qui a son mercredi et un mari à mi-temps et un couple qui met son enfant au périscolaire tous les jours jusqu'à 19:00. - La génétique : La non mention de l'influence de la génétique parait incroyable. Le QI est fortement influencé par la génétique (environ 60 % de la variance chez l’adulte) et explique environ 20–35 % des différences de réussite scolaire. La reproduction "sociale" est donc partiellement génétique. Un chapitre annonce "la timidité en héritage" sauf que l'on ne parle que de l'environnement alors que les études de jumeaux montrent qu'autour de 40% de la timidité est attribuable à des facteurs génétiques. Cette inhibition / désinhibition se retrouvant dès le stade de nourrisson (Kagan) Comment ne pas évoquer les études sur les jumeaux qui montre que le placement dans des familles de CSP différentes auront un impact minime sur leur futur QI ? Et que le rapport entre le QI des enfants et ceux de leurs parent adoptifs est quasi nul ? - On nous sert également le stéréotype du gamin bon en français mais pas en math alors que les études montrent que les performances cognitives sont positivement corrélées entre elles. Les personnes bonnes en math sont en moyenne aussi meilleures en compréhension verbale et celles bonnes en mémoire ont aussi un meilleur raisonnement ("positive manifold"). - Les comportements enfantins ne sont pas constatés, ils sont aussi traduits selon une matrice de lecture progressiste qui projette subjectivement. Ainsi de Yoann qui entre en compétition avec les autres garçons mais coopère avec les filles "présupposant donc certainement leur niveau physique inférieur". Le gamin il présuppose pas, il voit bien dans la cour qu'il va plus vite que les filles, ce n'est pas du sexisme. De plus, il peut coopérer avec les filles pour 1000 autres raisons... - Alors que je suis convaincu par la thèse du classe sociale supérieure = résultats supérieurs à l'école, les résultats aux exercices sensés le matérialiser sont très peu convaincants. Leur analyse est également d'une grande pauvreté. Faire de la socio interdit d'utiliser des chiffres et des tableaux pour par exemple analyser la diversité de mots, temps conjugués ? - Les témoignages des parents ne semblent jamais challengés alors qu'il apparait évident que des parents volontaires pour qu'on dissèque leur pratiques éducative souffrent d'un biais de désirabilité élevée. "Elle se caractérise par une discordance forte entre ses dispositions à croire et ses dispositions à agir" (prévoit des sorties qu'elles ne fait finalement pas). - De la même façon les sentiments, pratiques et expériences ne sont pas objectivés, quantifiés (ex : Interview d'une prof : "un enfant intelligent, brillant qui ne parvient pas à montrer ses capacités [...] c'est un gamin qui est hyper intelligent, qui emmagasine tout. Il a une très très bonne mémoire visuelle et auditive". On parle ici d'Ashan qui "confond le a et b". Pareil la majorité des parents de CAP à bac+3 disent avoir été des élèves "moyens". - L’auteur ne prend pas non plus en compte l’impact de la socialisation dans les groupes de pairs, alors que l'expérience de la parentalité montre à quel point la fréquentation de tel ou tel camarade a un impact sur le comportement. Au collège l'impact de la sous-culture anti-scolaire parait encore plus marquée. - L'ouvrage m'a paru particulièrement pénible et non scientifique quand, sur la base d'un exemple seulement il fait corrélation voir même causalité entre pratique et comportement niant la part d'aléatoire, d'innée ou de caractère. Pire on a même droit à de l'analyse psychologique : _L'instit : "il va pas avoir l'idée d'aller chercher son matériel" _Analyse de la sociologue : "ce qui est perçu par l'enseignante comme une comme de la contemplation a sans doute davantage à voir avec une sorte de sidération liée à toutes les horreurs que kaliani a vécu dans sa vie" - La sociologie est défendue comme une science mais les entretiens sont tout sauf neutres : le portrait des parents de Mathilde est d'un jugement assez dingue à l'opposé de celui de Lucie, dont le papa écrivain, pote probable de l'enquêtrice, balance des assomptions droitarde bourgeoise sans que cela ne fasse sourciller "Avec l'aide des parents l'école fait assez bien son travail et peut conduire les enfants à faire les études qu'ils ont envie de faire. C'est presque systématiquement vérifié. J'ai l'impression." - Pareil le fait de mettre ses gamins au lit à 20:30 occasionne des jugements très différents en fonction des familles : "[afin d'être] calées objectivement sur des rythmes scolaires pour qu'elle puisse être fraîche et dispose le lendemain à l'école" VS "Cet usage de la télévision réponds aussi à l'impératif de la mère de Matisse d'être déchargé des enfants à partir de 20h30 pour pouvoir regarder sa série télévisée"...
Ce qui m'a passionné Incarnation VS Prescription "La filette semble davantage entendre des exhortations au bien-être et à la confiance en soi plus qu'elle ne trouve dans son entourage des exemples de personnes sûres d'elles-mêmes à qui s'identifier."
Temps consacré aux enfants Les diplômés du supérieur consacrent davantage de temps aux activités parentales que ne ceux qui ne le sont pas (soin, aide aux devoirs ou loisirs)
Le Goût d'apprendre La pensée « naturaliste » y est très présente : pour de nombreux parents de milieux populaires, l’absence ou la présence du goût d’apprendre est liée à une nature enfantine sur laquelle il n’est pas possible d’agir
L'exercice de l'autorité Classes populaires : certaines familles entendent être obéies sans discussion, l’autorité de l’adulte n’étant pas discutable. Le livre ne le précise pas mais ces mêmes classes populaires sont confrontés à des rapports hiérarchiques tout aussi directs... et ils votent pour des hommes politiques qui "ont de la poigne" Classes moyennes et supérieures : les règles sont expliquées et justifiées et une part importante est faite à la négociation et au dialogue enfants - adultes.
Instituteurs Les retours des instituteurs font apparaitre à quel point il est difficile pour eux de comprendre voir même situer scolairement les 30 enfants de la classe. Les exemples sont légions mais celui de Balkis a qui on prédit un "excellent CP" dans un mouvement de futur idéalisé est particulièrement flippant.
Les artefacts Cnews Il existe des parents qui n'obligent pas leur enfants à se brosser les dents, à gouter aux plats qu'ils n'aiment pas, qui les laissent jouer aux jeux vidéos et faire des crises de colère sans intervenir. L'artefact repoussoir de Cnews existe vraiment et il semble inconscient de l'être. Pire cette même maman se croit réellement coercitive jugeant que sa belle mère "lui laisse faire tout ce que [son enfant] veut". Lahire conclue : "Peu habitué à la contrainte, cette grande liberté laissée à Ilyes n'est guère propice à l'apprentissage de la discipline". Pudique.
La violence symbolique « Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes. » Ainsi de la mère d'Annabelle qui regrette l'insuffisance de sa pratique : Musée, Théâtre, Opéra. Cette prolo avec les goûts de sa classe mais qui se convainc qu'elle aime les goûts des classes supérieures et souffre de ne pas y accéder a intégré que ses propres goûts sont "inférieurs". C'est une vie diminuée silencieusement, ça m'a rendu triste.
Les goûts des parents ont toutes les chances de leur être transmis, si ces objets sont valorisés en discours et investis en pratique
L'importance du travail "Grandir auprès de parents qui consacre une grande partie de leur temps à leur activité professionnelle participe très certainement à l'intériorisation de l'éthos du travail. Déléguer, la garde des enfants et les tâches domestiques à d'autres personnes est susceptible de renforcer la place symbolique accordée aux activités professionnelles en général et à l'emploi qualifié en particulier. De cette façon, peut se transmettre également un sens de la valeur sociale et symbolique des différents emplois et donc un sens des hiérarchies sociales".
L'espace de vie, l'espace des possible L’espace de vie est aussi un espace des possibles. Certains sont élevés dans la conscience de disposer d’espaces multiples pour grandir : ils ont une chambre à eux ou partagée, un jardin, une maison secondaire, ils se déplacent pour les vacances dans des lieux de villégiature huppés, ont parfois vécu à l’étranger... A terme, ces expériences contribuent sans doute à façonner chez les enfants une vision du monde spécifique, à envisager ce monde comme un espace où il est possible sinon habituel de circuler avec aisance. Cela apprend à se sentir chez soi partout.
L'Argent : "Trop cher" VS "trop cher pour ce que c'est" - Dans les classes populaires les parents refusent régulièrement les demandes d’achats des enfants, et lorsque c’est le cas, l’enfant est prié de choisir un objet « pas cher ». Ces restrictions conduisent les enfants à restreindre eux-mêmes leurs demandes en matières de consommation, non seulement car ces demandes seront vraisemblablement refusées et car elles sont sources de tensions pour les parents. Toutefois cet apprentissage de la parcimonie ne se généralise pas à l’ensemble des classes populaires : dans certaines familles, les parents tendent à signifier aux enfants que leurs désirs sont légitimes et qu’ils ont les mêmes droits que les autres enfants, avec une aspiration à posséder les mêmes biens que les autres enfants ce qui peut conduire à des actes déviants au sens de Merton (ex : vol). - Les classes moyennes et supérieures guident leurs enfants dans l'utilisation de leur argent et leur permettent de constituer un rapport réflexif et planificateur à cette ressource. Les parents leur apprennent à économiser leur argent à renoncer à certaines dépenses dans l'immédiat pour leur permettre de s'acheter un bien plus coûteux ultérieurement. A mutualiser leur argent avec celui de leur frère et sœur afin de pouvoir acquérir à plusieurs un objet qui ne pourrait s'offrir seul. Ils reçoivent de l'argent de manière réglée et inconditionnelle afin de leur permettre d'anticiper et de programmer leurs dépenses. Les enfants apprennent la valeur de l'argent et que ce produit est "trop cher pour ce que c'est" et non pas "trop cher". La transmission de l'éthique du travail et de l'effort mais aussi une définition de l'aisance matérielle comme perspective évidemment désirable explique aux enfants que la richesse et le produit de leur travail, c'est leur dire que l'aisance matérielles est légitime en tant que juste récompense de ce travail, mais c'est aussi leur dire en creux, peut-être inconsciemment que la pauvreté est une conséquence de la paresse. Une maman explique ainsi aux enfants que les SDF sont dans la rue car ils n'ont pas assez travaillé à l'école.
Le goût de la nécessité En apprenant sa place, l'enfant apprend à être socialement raisonnable et à se comporter normalement pour quelqu'un de son époque, de son sexe de sa classe sociale. Ce qui ne lui est objectivement pas accessible ne devient plus désirable et l'enfant finit par n'aimer que ce que la situation objective l'autorise à aimer sans s'en rendre compte. Il prend non pas ses désirs pour la réalité mais la réalité des possibles pour ses désirs les plus personnels
La docilité et l'autonomie. Ce qui est le plus apprécié des enseignants, c'est qu'un élève connaisse les règles et s'y soumettre de son propre chef. La perception par les enseignants des écarts de comportement et étroitement dépendante du profil social et scolaire des élèves. Un bon élève qui bavarde n'est pas un problème en soi.
Littérature Tous les parents lisent à leur gamins mais pas la même chose : la littérature doit être abordée dans ses fonctions poétiques imaginaire et esthétique plutôt que pratique alors que pour les classes populaires elle permet de rebondir sur le réel "j'ai perdu ma dent"...
Langage Un enfant invente un langage imaginaire ce que décourage sa famille d'un milieu populaire alors que d'autres auraient pu y voir une manière ludique d'entrer dans le langage
Vêtement Les classes populaires établies et classes moyennes basses investissent dans l'apparence de leurs enfants par souci de respectabilité et en mettant à distance des marqueurs vestimentaires et corporels inférieur à eux, exemple coiffure de footballeur, vêtements de supermarché, saleté. Une maman repasse ainsi les vêtements de sa fille de 5ans.
Les classes moyennes et supérieures les plus dotées en capital culturel consacre moins de temps et d'argent à l'apparence de leurs enfants. Occupant des positions sociales qui les disposent à accorder plus de valeur à la connaissance ou à la culture qu'à l'argent et au bien matériel, ils sont portés à percevoir le travail de l'apparence comme une préoccupation secondaire et sans doute aussi comme une préoccupation superficielle Cela ne les empêche pas d'exclure de leur consommation des robes "Hello Kitty" ou des bottes "Reine des neiges" qualifiées de "moche". Il donne ainsi à entendre à leurs enfants que l'achat de ce type de vêtements est impensable et il contribue en outre, à leur transmettre une répulsion pour les produits vestimentaires et culturels se rapportant à la culture populaire.
Le corps des inégalités Les parents offrent aux enfants des classes populaires du Nutella et des bonbons afin de leur faire plaisir et atténuer les difficultés du quotidien. Ils renforcent aussi ce que les marchands et la société promeut comme plaisir et objet de désir.
Fréquenter notre école maternelle pendant 4 années grâce à notre petite section au lieu de 3 à des effets très positifs sur la suite des parcours scolaires, notamment en termes de réussite. Les écarts entre garçons et filles à l'intérieur d'une classe sociale est toujours plus faible qu'entre garçon et fille d'une classe sociale à l'autre
Conclusion Pour ceux et celles qui cumulent les handicaps et le manque de ressources, c'est toute la vie qui se restreint. Le temps de vie qui a raccourci l'espace qui se réduit le temps de repos et de loisirs qui s'amenuisent. Le confort qui diminue l'horizon mentale est sensible qui se referme la maîtrise du monde et d'autrui qui s'affaiblit ou disparaît.
Mais ce ne sont pas seulement des manières séparées d'être au monde. Les individus sont en relation et se forment donc entre eux des rapports de domination.
Au discours de Jaurès devant la Chambre des députés (19 juin 1906) Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit. On peut désormais y rajouter celui-ci : La violence physique et verbale conséquence des inégalités qui s’exercent sur les plus pauvres peut émouvoir commentateurs et politiques, il n’en est rien de la violence symbolique, de ces vies quotidiennement et silencieusement diminuées.
Excellent ouvrage résultats d'enquêtes de terrains auprès d'enfants originaire d'une très grande variété de groupes sociaux, qui offre des observations très riches en termes d'inégalités sociales quant au rapport aux institutions scolaires, l'accès à l'éducation et l'apprentissage des normes à l'école. Un must-read pour comprendre ce qui se joue lorsque l'on parle de privilège pour les enfants issus des classes moyennes-supérieures et de stratégies de réussites des parents transmises à leurs enfants.