Au croisement de l'histoire culturelle et de l'histoire de la médecine, cet ouvrage retrace la chronologie des perceptions, représentations, attitudes, discours, théories et travaux concernant l'éjaculation vulvaire - jusqu'à tout récemment qualifiée de ''féminine''. Des traités d'érotologie de la Chine ancienne au Kama Sutra indien, on constate d'abord que l'éjaculation des femmes occupait alors une place importante dans les représentations d'une sexualité idéale et épanouie. Avec la médecine de l'Antiquité, de même que celle du Moyen Âge et au delà, s'amorce une médicalisation du phénomène. Quel rôle cette ''semence'' joue-t-elle dans l'acte de procréation? Les théories s'énoncent aussi vite qu'elles se réfutent, se contredisent. Plus on avance dans les siècles, plus le phénomène est occulté. C'est au XIXe siècle que débutent les travaux d'anatomie visant à élucider le mystère de l'éjaculation: D'où provient ce liquide? Que contient-il? Comment est-il émis? Chercheuses et chercheurs avancent à tâtons. Certaines découvertes sont étonnamment très récentes et le phénomène comporte encore certaines parts d'ombre aujourd'hui. Parallèlement aux avancées de la recherche, la théorie freudienne de la sexualité féminine, la deuxième vague féministe, les mouvements underground queer, surtout lesbiens et la pornographie ''mainstream'' influenceront tous à leur manière la perception et la réception de ces travaux. Ouf, c'est beaucoup d'information en 250 pages! Rajoutez à ça quelques apartés et digressions tous plus passionnants les uns que les autres (extraits de textes pornographiques, perceptions culturelles variées du phénomène) ainsi que des annotations nombreuses et une bibliographie abondante. C'est du beau et bon travail. Je retire de ma lecture de nombreux apprentissages de même qu'un certain sentiment d'empouvoirement. Comme le revendique l'autrice en conclusion, il est important que ce savoir soit transmis largement et que l'éjaculation vulvaire soit à nouveau perçue comme une composante normale de la sexualité humaine, sans pour autant créer un sentiment d'injonction ou de pression chez les personnes qui n'expérimentent pas ce phénomène.