Même s'ils en ont peu, les pauvres ont de l'argent. Cet argent est source de fantasmes : on l'imagine mal dépensé, mal utilisé, mal alloué. Pourtant, on s'interroge peu sur la manière dont ils le gèrent, ce qu'il devient et qui il enrichit. Des émeutes du Nutella à la baisse des APL, en passant par le steak doré de Franck Ribéry, cet essai déconstruit notre perception de la pauvreté et interroge notre rapport à la consommation : la place du luxe ou du superflu dans nos vies, les dépenses contraintes, la nécessité - ou non - des « petits plaisirs » que l'on s'octroie, ou encore l'influence du regard de l'autre sur nos achats.
Excellent travail qui rend saillante la nécessité d'une vision sociologique pour comprendre les mécanismes de la pauvreté. Qu'est-ce que la pauvreté ? Quelles visions (moralisatrices) de la pauvreté avons-nous ? Que nous dit la sociologie économique (de la consommation) à ce sujet ? On voit grâce à ce livre que les comportements et décisions économiques des plus précaires sont structurés par leur misère. Et que les erreurs, de dépenses ou de gestion du budget, quand il y en a (comme pour toutes les classes), se paient juste beaucoup plus. Colombi ne se contente pas de complexifier notre vision des pratiques économiques (dictées par la position sociale) des pauvres, il vient rappeler que si le vécu de la misère existe, c'est bien parce qu'elle est sous-tendue par des décisions et des choix de gouvernance. La disparition de la pauvreté est économiquement possible (il en fait le rappel). Tout ceci est politique, et son travail le dévoile avec une grande lucidité. Bonus: le bouquin mobilise énormément (énormément) de références, de travail de terrain d'autres chercheurs, et est super accessible et fluide à la lecture. Impeccable là-dessus, et donc facile à mettre entre toutes les mains.
Quelle claque. Denis Colombi explique magistralement comment la pauvreté fonctionne, qui l'exploite, qui la favorise, comment les croyances autour de la pauvreté (souvent fausses) se maintiennent, et quelles sont les solutions à apporter à la pauvreté. C'est simple, clair, précis, imagé, ça se lit très bien et on ressort du livre avec un conception de la pauvreté bien différente de ce qu'on écoute habituellement. j'ai hâte de lire les livres suivants du même auteur.
Ce livre est un essai de sociologie sur la façon dont les pauvres s’en sortent ainsi que la vision dont les gens des classes moyennes et supérieures ont des classes défavorisées. Ce n’est pas transcendant comme étude. On y a apprend ce qu’on a déjà lu ailleurs ou constaté soi-même.
Les pauvres vivent chichement et calculent tout et ont parfois envie de se faire plaisir avec un téléphone récent ou une belle paire de chaussures. Un type lambda aura alors l’impression que la personne ne sait pas gérer son budget. C’est juste que vivre de peu chaque jour est triste et parfois elles craquent avec un beau ou bon produit.
L’alcool pour les pauvres est une récompense à une vie difficile. La bière à la fin du chantier est une récompense d’un labeur harassant.
Les enfants sont un motif de dépense légitime. Les pauvres ont peur que leur enfant soit méprisé ou harcelé à l’école pour avoir l’air différent. Le sac Eastpak, les Nike et autre Iphone servent à acheter la paix sociale au collège ou au lycée.
Les dépenses contraintes sont non négociables (loyers, électricité, eau, téléphone, nourriture…) donc aucun accident n’est souhaitable. Si la voiture tombe en panne soudainement et qu’il y en a besoin pour aller travailler, c’est le drame. Il faudra faire un emprunt, taper sur l’argent du loyer et négocier avec le propriétaire pour le paiement plus tard. Les fêtes sont un accident prévisible. L’arrivée de Noël ou d’un anniversaire s’anticipe ou bien une stratégie de contournement est mise en place. . Les pauvres achètent de petites quantités, pas des lots ou inversement selon le degré de pauvreté. Certains achètent des boîtes de conserve en gros lors de promotion pour étaler le coût et lutter contre l’inflation. Par contre, ils auront tendance à privilégier des vêtements de mauvaise qualité quitte à les changer régulièrement, plutôt que d’acheter un vêtement de riche inusable comme des bottes ou chaussures de marque. (Effectivement, mon manteau Aigle, mes chaussures Timberland et ma ceinture Schott…je les ai depuis tellement longtemps que je ne me rappelle même plus la date d’achat. Ma ceinture a probablement plus de 20 ans.)
Les solutions d’après les études : Donner de l’argent aux pauvres, ça marche. Ils savent ce qui est bien pour eux. Le ruissellement, marche pas.
Où va l’argent des pauvres au final : L’argent des pauvres va dans les poches d’un des hommes les plus riches d’Allemagne, Dieter Schwarz, patron de Lidl et dans les poches de la patronne d’Action. Les banques en prennent de temps en temps, grâce aux agios. Les propriétaires de logement en profitent également tout autant que l’Etat grâce à la TVA sur l’essence, l’alcool et les cigarettes.
La conclusion que l’on peut deviner facilement : le pauvre est une personne comme les autres. Elle galère juste financièrement.
Clap clap clap. Socio sans psycho, sans a priori. Etre pauvre demande bcp de compétences. Ça remet les choses à leur place : le pb des pauvres c'est le manque d'argent. Allez bye.
Comment peut-on se battre pour du Nutella en promotion ? Comment peut-on acheter le dernier iPhone alors qu'on peine à boucler ses fins de mois ? Denis Colombi réussit ici un pari difficile : donner à comprendre des comportements (notamment économiques) en apparence irrationnels, pour ne pas dire aberrants, dans un essai accessible qui ne rechigne pas pour autant aux exigences académiques.
Je suis très admirative des qualités pédagogues de cet essai, clair et structuré, que je compte dorénavant recommander à droite comme à gauche (!) et même exploiter en cours, sur des notions comme le travail, le bonheur ou la raison. Mon collègue parvient brillamment à perturber un prisme de lecture de la réalité que, me semble-t-il, beaucoup de personnes partagent, toutes classes sociales confondues, sans même en avoir conscience - du moins, j'en fais partie. Que demander de plus à un ouvrage de sociologie à destination du grand public ? Mais il ne s'arrête pas en si bon chemin, et c'est là la marque des meilleurs essais : limpides tout en offrant à penser, qui apportent des éléments factuels de réponse sans jamais tomber dans des réductions simplistes ni laisser les chiffres "parler d'eux-mêmes" (ce qu'ils ne font jamais)... tout en donnant l'envie non seulement de se lancer dans bien d'autres lectures, mais aussi de s'intéresser davantage à la sociologie pour en "faire quelque chose." À ce titre, Colombi honore Émile Durkheim qu'il cite dans sa conclusion : "nous estimerions que nos recherches ne méritent pas une heure de peine si elles ne devaient avoir qu'un intérêt spéculatif."
En définitive, en parlant de pauvreté, c'est un livre d'une grande richesse, mais qui n'a pas peur de la redistribuer.
jai particulièrement aimé le ton équilibré entre information et prescription, ainsi que le rappel régulier et étayé d'un fait qui, je crois, n'est jamais assez dit : les causes financières de la pauvreté. (oui parce que les pauvres sont pauvres parce qu'ils ont peu de thune.)
je le recommande pour quiconque s'intéresse aux politiques sociales
L'édition est bien faite : sommaire, notes en fin de livre (encore que, plus pratique en fin de chapitre, peut-être). Une bibliographie aurait été une addition bienvenue.
C'est quoi un pauvre ? Pas si facile à définir (il prend celle de G. Simmel (celui qui vit de la charité/ de l'aide sociale, qui est donc dans un rapport de dépendance à autrui) mais parle pas mal des seuils de pauvreté). Des chiffres intéressants : - revenu médian en France ces temps-ci : 1700€ VS revenu moyen 2200€ - 14% des ménages français vivent sous le seuil de pauvreté - l'utilité des aides & allocations (20% de moins de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté grâce à cela - la hausse des revenus de la majorité des français VS les 5% les plus riches pendant les 30 Glorieuses vs aujourd'hui ... Mais c'est aussi le stigmate attaché à la pauvreté.
Il intègre une approche genrée à ses analyses, ce qui est appréciable (à qui revient-il de gérer la pénurie dans les ménages désargentés ? Aux femmes. Charge mentale).
Quelle est la fonction sociale des pauvres ? A qui profite la pauvreté de certains ?
Pourquoi il vaut mieux augmenter les aides/allocations qui profitent à toute la société plutôt qu'aux seuls pauvres (ex - chômage vs RSA) ? Parce qu'on envisage plus facilement d'être au chômage qu'au RSA, et donc on est plus facilement généreux avec les aides que touche tout le monde (évident quand on y pense mais cela valait la peine d'être écrit). En quoi les allocations/aides servent plutôt à préserver le statu quo qu'à faire en sorte que les pauvres ne soient plus pauvres.
L'auteur envisage également le revenu universel comme moyen de sortir de la pauvreté.
Des exemples concrets, des extraits d'entretiens qui rendent le tout vivant ("un pognon de dingue", la réflexions de fumeurs pauvres sur le tabac, le cas d'une dame d'Elbeuf qui gère son argent en dépensant tout d'un coup, le cas d'une veuve africaine-américaine qui fait le choix de faire un festin au homard quitte à manger des pommes de terre tout le reste du mois...).
Denis Colombi sait parfaitement vulgariser des concepts sociologiques, philosophiques ou économiques. Cela rend cet essai très abordable et furieusement intéressant. Il permet de déconstruire notre regard et nos réflexes de pensées vis-à-vis de la pauvreté, et cela même quand on vient soi-même d'un milieu précaire.
Point bonus : ça donne envie de tout cramer, le capitalisme, les riches, les politiques.
Un très bon travail sur la question de la pauvreté qui semble aborder à peu près toutes les questions qu'on se pose sur le sujet : qu'est-ce qu'un·e pauvre ? Comment les pauvres vivent-iels ? Pourquoi les pauvres ont parfois des comportements qu'on juge incohérent ? Où va l'argent des pauvres ? A qui profite l'argent des pauvres ? Comment venir à bout de la pauvreté ? Pourquoi ne met-on pas plus de choses en place pour le faire ? Etc...
C'est un livre très bien écrit, qui se lit bien, mais qui est très dense en informations et qui méritera sûrement une relecture. Il est accompagné en plus de plusieurs pages de sources qui ont l'air très intéressantes si on veut aller plus loin sur le sujet.
J'ai trouvé que, sans faire du paternalisme bien pensant, c'était un très bon outil pour déconstruire un peu ses idées reçues sur la pauvreté. Personnellement, ça m'a aidée à avoir des arguments factuels sur des choses que je ressentais. J'aurais tendance à le conseiller à tout le monde, je pense que c'est vraiment un livre à lire.
lecture fondamentale qui permet de comprendre la pauvreté tout en déconstruisant les stéréotypes, idées reçues sur les ind pauvres.... l'essai est riche d'exemples de part la pluralité des thèmes abordés, des stats, des théories mais aussi avec la diversité d'auteurs/autrices, personnalités publiques et politiques citées !!! finalement on comprend que denis colombi a, à travers ce livre, une volonté plus générale : montrer l'importance de la sociologie, de la rendre accessible à toutes et à tous pour aborder les phénomènes sociaux avec plus de clarté, d'humanité et de solidarité. :)
Le livre a quelques défauts (répétitions, découpage en chapitre pas toujours clair) mais rien que pour le sujet et la pédagogie avec lequel l’aborde l’auteur il mérite 5 étoiles. A lire et faire lire!
Denis Colombi part d'un thème très concret pour nous montrer en quoi la sociologie peut nous aider à dépasser nos postures morales sur 2 sujets contemporains, en apparence simples mais finalement sources de nombreux impensés et préjugés, la pauvreté et l'argent. La démonstration, abondamment sourcée et étayée d'exemples, débouche sur un constat implacable : loin d'une utopie, éradiquer (ou presque) la pauvreté en France est à notre portée, ce qui en fait donc un choix éminemment politique. Un tel choix a en revanche des implications bien plus large que le seul sujet de la pauvreté ou de la privation pour les classes les plus défavorisées. La lecture est fluide, accessible au plus grand nombre. Certes, elle demande un effort de remise en cause de certaines de nos certitudes, et ne manque pas d'égratigner certains propos émanant de nos responsables politiques. Il est également étonnant de voir comment certaines des thématiques abordées dans un livre écrit avant la pandémie continuent d'alimenter la discussion nationale, voire ont pris de l'ampleur lors des confinements. Après une telle lecture, impossible pour moi de continuer de voir le monde qui m'entoure de la même manière.
Les pauvres sont pauvres parce qu’ils et elles n’ont que trop peu d’argent. Et ce trop peu est objet de fantasmes : il est mal géré, mal utilisé, mal alloué. Les pauvres seraient paresseux, incohérents, développeraient une culture méprisante, la « culture pauvre ». Et cela choque, surtout les plus riches, des réfugiés syriens qui possèdent un smartphone aux émeutes pour du Nutella en 2018 en passant par le steak doré de Franck Ribéry. Un livre qui déconstruit nos préjugés et les accusations souvent odieuses de nos politiques à leur encontre (« un pognon de dingue » selon Macron), un livre qui interroge nos propres rapports à la consommation, à déconstruire notre perception des, du pauvre, car être pauvre c’est aussi et surtout un stigmate vécu comme infamant. Un livre qui nous rappelle qu’être pauvre et surtout et toujours avant tout une affaire d’exploitation, à qui profite les pauvres ?Un livre d’utilité publique.
Une lecture qui interroge sur notre propre rapport à l'argent. Si, comme moi, vous avez vécu une période même courte de précarité, vous pourrez mettre le doigt sur l'origine de certaines de vos réactions face à l'argent. Ce livre permet aussi de réaliser les préjugés que nous développons face aux pauvres et sur les jugements que nous portons sur leur utilisation de l'argent. Il rappelle également qu'un monde capitaliste ne peut fonctionner qu'au travers de l'existence d'une classe pauvre, donc prête à assumer les tâches ingrates que les plus riches ne veulent pas faire. Cela ne fera pas de chaque lecteur un révolutionnaire, mais cela changera sans aucun doute le regard qu'on porte aux plus pauvres que soi.
Je crois que c'est la première fois que je lis un essai purement sociologique (si j'oublie le désastre de La domination masculine de Pierre Bourdieu) et c'était vraiment intéressant d'avoir un aperçu de la réflexion d'un sociologue qui, avant de faire des études avec des chiffres, se permet de recentrer le débat.
Mais surtout, l'essai est vulgarisé et écrit simplement : il est facile d'accès. Il n'est pas chiant, l'auteur a de l'humour, et nos convictions ont l'air suffisamment proches pour que je me sois sentie en confiance au cours de la lecture. C'est comme ça que devraient être les essais sociologiques, abordables et compréhensibles pour qu'ils soient accessibles au plus grand nombre, a fortiori à celleux qui en ont le plus besoin.
+ : Très instructif, bien documenté et sourcé, relativement accessible. Ce livre m'a fait réfléchir beaucoup sur la pauvreté et m'a permis de casser de nombreux préjugés. Il a également fait naître en moi l'envie de me replonger dans la sociologie, à commencer par Bourdieu, Pinçon-Charlot, Bourgois et Mauss. J'ai apprécié le fait qu'il cloture sur des pistes de solutions. - : Certains passages étaient un peu ardus à lire et certains passages me semblaient trop peu étayés et argumentés.
Ouvrage nécessaire et éclairant sur la pauvreté. Les chapitres s'enchaînent et déconstruisent, étape par étape, chacun des préjugés et idées reçues sur la misère. Les très nombreuses références permettent d'approfondir certains développements, ancrés dans un récit abordable et particulièrement instructif. Incontournable !
Un ouvrage qui mérite 5 étoiles pour l’effort de simplicité de l’auteur (sans simplisme) afin de toucher un lectorat non expert et la force avec laquelle la sociologie nous permet de changer de regard sur une question à laquelle tout citoyen devrait être sensibilisé. Cela me donne envie de lire plus de sociologie, une science vraiment passionnante.
Une de mes lectures les plus marquantes. Ce livre DEVRAIT être lu par tout le monde. Le livre nous explique notre regard sur la pauvreté et la misère et notre façon de traiter cet état en tant que société. C'est éclairant au possible et remet vraiment les pendules à l'heure. J'adore ce livre et je l'offre à tout le monde. Ah, et l'auteur cite ses sources. C'est un travail sérieux.
Une lecture fascinante et instructive! C'est bien écrit, très accessible (bel effort de vulgarisation) et excellent pour déconstruire les préjugés sur les pauvres et la pauvreté. Un ouvrage d'utilité publique!
Ahah 2 ans et demi pour finir ce livre mais c’est pas faute de l’avoir apprécié du début à la fin. Merci à Denis Colombi pour son superbe travail de recherche. Ce livre est un must pour rentrer sur la compréhension du champ de la pauvreté
Essai très éclairant sur la pauvreté et la façon dont les pauvres gèrent l’argent. L’auteur démonte beaucoup d’idées reçues sur la soi-disant incompétence financière des pauvres.
Qu'est-ce qu'un pauvre nous demande Denis Colombi ? Quelqu'un qui n'a pas d'argent. Et quand on en manque, tout écart, tout achat impulsif peut devenir dramatique et nous mettre en danger financièrement. Les pauvres ne gèrent pas mal leur argent, ils le gèrent finalement comme tout le monde. L'auteur propose aussi des pistes de politiques publiques, avec encore et toujours un mot d'ordre: ne pas stigmatiser !
Un essai sociologique éclairant et fondamental (et très accessible !) pour déconstruire les idées reçues sur la pauvreté, que tout le monde devrait lire.