Ce recueil de nouvelles est moderne, puissant et terriblement indiscret.
J'ai l'impression que souvent, les recueil de nouvelles sont chapeautés par un thème hyper large, comme l'amour, la mort le sexe... sans grande originalité, quoi. Le rôle de colorer le texte d'originalité revient alors à chaque nouvelle composant le recueil.
Mais il faut avouer que de monter un recueil de nouvelles sous la thématique de femmes stalkeuses, c'est un projet hyper différent et audacieux. Chacune à leur manière, les nouvelles venaient aussi brillamment répondre à cette idée centrale. On pourrait croire qu'étant donné que le sujet principal soit si peu large, davantage étroit, les nouvelles se ressemblent toutes. Mais ce n'est pas le cas: on assiste vraiment à une interprétation subjective de l'idée que l'on se fait d'une « stalkeuse », en 16 échantillons multicolores (mais sombres parfois!).
Ce qui fait la richesse d'un recueil de nouvelles regroupant plusieurs auteurs, selon moi, c'est de passer d'un style d'écriture à un autre, de découvrir de nouvelles plumes. Tout en subtilité, la majorité de ces nouvelles venaient chercher chez moi quelque chose que j'aime dans la littérature. Certains styles étaient plus éclatés que d'autres, certains s'épanchaient en finesse, mais je les ai vraiment tous appréciés. Même si je ne les ai pas tous compris.
D'abord, j'ai beaucoup apprécié la nouvelle « Diane ne dort presque plus », de Catherine Côté. Certaines des nouvelles présentaient un lien davantage implicite avec la thématique de « stalkeuse », mais cette nouvelle prenait vraiment l'idée centrale au pied de la lettre: j'ai lu ce que je pouvais m'attendre raisonnablement de ce thème, sans toutefois tomber dans la banalité ou le manque d'originalité. J'ai ressenti une grande tristesse, une belle mélancolie en la lisant, mais aussi une certaine curiosité malsaine, une jalousie maladive: les sentiments étaient hyper puissants. Et la fin sortait vraiment de l'ordinaire.
La nouvelle « C'est réservé », de Joyce Baker, est une histoire déchirante, brutale, et magnifique à la fois. Un message éloquent de féminisme en ressortait, même si je ne m'y attendais vraiment pas. J'aime quand un écrit donne une voix à un discours aussi important, mais sans passer par la stérilité d'écriture d'un essai. Je pense aussi que toutes peuvent tellement relate à cette nouvelle. Les pensées, les actions de la protagoniste ne sortent pas de nulle part: on les comprend, on les partage, et on les ressent à notre tour.
« Phase lunaire », de Marie-Claude Lapalme, était pleine de mystères. J'avais l'impression que les mots de l'autrice étaient entourés d'un voile gris, d'un épais nuage, venant troubler un peu la lecture. Cela faisait en sorte que je ne m'attendais aucunement au dénouement de l'histoire, même si ça aurait vraiment pu sembler évident. Mais c'est justement grâce à cette aura sombre dans l'écriture que l'on ne pouvait s'y attendre. La lecture de cette nouvelle était délicieuse.
Même si j'ai adoré toutes ces nouvelles, je dois avouer que ma préférée, c'est définitivement « Le jet », de Fanie Demeule. QUELLE DÉCOUVERTE! On penche ici davantage du côté de la stalkeuse un peu perverse, sans pourtant tomber dans l'aspect très sexuel de la chose. Après avoir lu cette nouvelle, je capotais: j'ai voulu la raconter à certaines personnes de mon entourage. Mais ces personnes étaient toutes dégoûtées quand je commençais en disant « Ok, feq c'est l'histoire d'une fille qui regarde les hommes pisser dans les urinoirs, cachée dans une toilette... ». Et avec raison! Si on me l'expliquait, j'aurais exactement la même réaction. Mais c'est parce que justement, cette nouvelle, elle ne peut pas se raconter: elle ne peut que se lire. En la racontant, on a l'impression qu'il s'agit d'une oeuvre grotesque, grossière et de mauvais goût. Mais en la lisant, on voit un tout nouveau monde de subtilité, ce qui vient teinter le message au final. On voit la grande qualité d'écriture, ce qui rend le tout tellement beau: quand la description d'un jet d'urine devient presque poétique, c'est parce que vraiment, l'autrice est un génie. Rien de moins. « Quand ils pissent debout, tous les hommes sont des oeuvres d'art. ». L'autrice dessine des traits élégants entre l'homme qui urine debout et l'art. Et le pire, c'est qu'en y pensant juste un peu, ce n'est pas complètement fou... non?
C'est plate de terminer sur une note négative, mais il y a deux nouvelles qui ne m'ont pas tellement attirée. D'abord, j'ai trouvé que la nouvelle « Meurtrières », de Catherine Lavarenne, souffrait d'un flagrant manque d'originalité. L'idée globale était calquée presque intégralement sur un podcast, « My favorite murder ». Je trouve ça un peu plate qu'on s'inspire aussi largement de ce podcast pour écrire, parce que l'idée des femmes qui tiennent ce podcast est vraiment cool et originale. Je ne pense pas qu'on puisse parler de plagiat, mais quand même! L'adaptation n'était même pas subtile. La freak de propriété intellectuelle en moi ne trippait pas trop... Et la fin était vraiment prévisible.
Finalement, je n'ai rien compris à « Reflets », d'Ariane Lessard. Je suis prête à avouer que c'est peut-être de ma faute! Cette nouvelle est probablement trop deep pour moi. Je ne suis pas habituée de lire des choses qui s'écartent autant de la réalité. Je pense que certaines personnes peuvent vraiment apprécier cette nouvelle, mais elle était peut-être un peu trop fantastico-ésotérique pour moi.