Matthieu Fabas a tué parce qu'il voulait prouver qu'il était un homme. Un meurtre inutile, juste pour que son père arrête de le traiter comme un moins que rien. Verdict, 15 ans de prison. Le lendemain de sa libération, c'est le père de Matthieu qui est assassiné et le coupable semble tout désigné. Mais pourquoi Matthieu sacrifierait-il une nouvelle fois sa vie ? Pour l'inspecteur Cérisol chargé de l'enquête et pour ses hommes, cela ne colle pas. Reste à plonger dans l'histoire de ces deux hommes, père et fils, pour comprendre leur terrible relation. Derrière cette intrigue policière qu'on ne lâche pas, ce nouveau roman de Benoît Séverac nous parle des sommes de courage et de défis, de renoncements et de non-dits qui unissent un père et un fils cherchant tous deux à savoir ce que c'est qu'être un homme.
Tuer le Fils de Benoît Séverac est un roman noir mais qui ne se repose pas uniquement sur la recherche du coupable / mobile. Un livre qui réussit le tour de force d'être prenant, mais sans user des artifices qui font le lit des romans policiers classiques.
Mathieu Fabras a tué de manière sordide il y a une quinzaine d'années, pour s'affirmer, exister aux yeux de son père. Mais le lendemain de sa sortie de prison, ce même père décède dans des circonstances douteuses. Par la force des choses, il devient le suspect principal. L'équipe du SRPJ de Versailles va essayer de traiter cette affaire sans a priori, mais la vision qu'a chacun des rapports père-fils peut venir influer sur leur vision des choses.
L'enquête de police sert ici de prétexte à l'évocation de personnages forts, que ce soit la victime et son supposé meurtrier bien sûr, mais surtout les trois membres de l'équipe d'enquête - le commandant, l'ancien et le petit nouveau. On s'immisce dans leur quotidien, on suit l'enquête bien sûr mais aussi beaucoup d'à-côtés, leurs doutes et interactions.
Au final une très bonne surprise, un excellent roman qui mise beaucoup plus sur l'étude de mœurs que sur le suspense.
J’ai aimé le trio d’enquêteurs : l’inspecteur Cérisol qui se détend en mangeant des confitures et dont la femme est aveugle sportive de haut niveau ; son collègue Nicodemo d’origine portugaise et croyant catholique qui commence à avoir du mal avec sa belle-famille ; et le petit nouveau Grospierres bardé de diplômes.
J’ai aimé qu’ils se lancent des piques, qu’ils se confient aussi sur leurs problèmes.
J’ai aimé l’intrigue plus complexe qu’il n’y parait, et dans laquelle l’écrivain qui anime un atelier d’écriture en prison est un personnage indispensable.
En revanche, j’ai trouvé dommage que l’essentiel de l’intrigue se situe en fin de roman, ce qui me l’a fait paraitre un peu bâclée.
Et comble du comble, l’accusé est souvent qualifié de fou par les enquêteurs alors que pour moi, il était plutôt sain d’esprit. La répétition du qualificatif réducteur m’a agacé.
Un roman qui met en lumière les difficultés de notre police nationale à exercer pleinement son métier.
Une citation :
Alors oui, c’était bien de la colère qu’il ressentait, et elle lui faisait peur parce qu’il savait qu’il devrait la museler et que ce faisant, elle se transformerait en rancoeur. Encore quelques années comme ça, et elle deviendrait aigreur. (p.243)
L’image que je retiendrai :
Celle de spots de confiture dans lesquels plonge allègrement Cérisol et qui finiront par lui devenir fatal.
Ce roman est l’histoire d’une destruction massive : celle d’un père envers son fils. Une lente, mais irrémédiable démolition, depuis le plus jeune âge, par les coups et les humiliations verbales permanentes. Matthieu Fabas est atteint d’une maladie : la cryptorchidie, une anomalie de l’appareil génital masculin. Cela fait de lui moins qu’un homme, cela le résume à un être pas tout à fait achevé auquel il manquerait l’essentiel : des couilles. C’est du moins la façon dont son père le voit. Espérant remonter dans son estime, susciter un semblant d’admiration, Matthieu tue un homme. Il prendra quinze ans de prison et ne gagnera pas pour autant la moindre considération de son paternel. Son séjour en prison est l’occasion de développer une chose qui grouille en lui : un désir d’écriture. Il participe à des cours, livrés en ce sens par la prison, orchestrés par un écrivain qui canalise les émotions et donne des conseils avisés. Le récit s’articule autour des souvenirs de Matthieu, ses écrits, mais aussi des scènes d’interrogatoires. Gravitent autour de lui, trois enquêteurs : Cérisol, Nicodemo, et Grospierres dont nous suivons les vies privées, les vies professionnelles, les pensées, les doutes et les interrogations.
Ce roman me renvoie à des émotions particulières, ensevelies dans les replis de mon enfance, jetées au fond des oubliettes d’un puits sans fond et pourtant extrêmement vivaces malgré tous mes efforts pour les ignorer. Pour grandir, il faut tuer le père. Symboliquement, cela revient à admettre ses imperfections pour s’en éloigner, et s’autoriser à être un autre. Benoît Séverac prend, en quelque sorte le contre-pied : plutôt que de tuer le père, il démontre combien il est facile de tuer le fils. Il analyse cette relation en mettant en lumière, par le prisme du souvenir, les différentes étapes de constructions majeures de Matthieu en démontrant comment ce père a eu comme unique but de psychologiquement détruire sa descendance. L’image que Patrick Farbas voit dans son miroir chaque jour n’est pas la sienne, c’est celle de son fils et cela lui est insupportable.
La relation décrite est noire, à bien des égards, alimentée par des évènements qui marquent à jamais, des déceptions, des peurs pusillanimes d’une paternité honnie, une terreur filiale omniprésente : un gosse qui n’a pas pu se construire normalement contre un ogre raciste, homophobe, et brutal. En somme, une relation vouée à l’échec depuis ses prémices. Benoît Séverac parvient, par petites touches, grâce à quelques pierres blanches semées au long du récit, à faire entrer le lecteur à la fois dans la tête du père, mais aussi du fils. Tout se dénoue lentement, au fil de l’obscurité, et ce roman noir se fait plus psychologique. On pourrait craindre une pesanteur, une attraction irrémédiable vers le fond tant cette relation est anxiogène et toxique. Absence d’espoir, d’optimisme. Présence des ténèbres, ambiance opaque et funeste.
Et pourtant, cela n’a pas été mon ressenti. Trois enquêteurs, profondément humains hantent le récit : Cérisol, Nicodemo, et Grospierres. Ce sont eux qui apportent la lumière jaillissante par la narration authentique de leurs vies personnelles : cette profonde humanité, cette tendresse parfois malhabile, mais pure, cet ébruitement progressif de leurs vies apportent au roman une douceur que je n’avais pas anticipée. Ils contrebalancent surtout la froideur des relations de Matthieu et de son père en apportant ce dont j’avais besoin : une certaine idée de l’humanité.
Benoît Séverac interroge ses lecteurs sur la paternité, et la figure du père. Qu’est-ce qu’être père ? Il répond à vos interrogations en délivrant plusieurs clés. Pour cela, il pioche dans tous ses personnages. Vous verrez, la figure paternelle a bien des facettes et n’est pas toujours que le reflet des relations entre Matthieu et Patrick.
Au fil des pages, de l’enquête, des souvenirs, l’auteur livre de magnifiques passages sur l’écriture, le besoin d’écrire, les raisons d’écrire à travers Matthieu qui trouve dans l’écriture un moyen d’exorciser sa peine, de mettre ses tripes sur la table, de dévoiler aux autres et à lui-même les douleurs cachées de son âme. À travers le personnage de l’écrivain, il livre matière à réflexion. « Nourrissez votre imagination, nous enjoint-il. Ne croyez pas en l’inspiration. Elle est une fainéante passive alors que l’acte de création est volontaire et actif. » Le lecteur est témoin de la création d’un livre dans le livre, de la façon dont il est construit et des ingrédients indispensables dont il doit être doté. « L’empathie, c’est la condition sine qua non pour réussir ses personnages, et des personnages bien caractérisés, c’est la pierre angulaire d’une œuvre de fiction. »
« Tuer le fils » est un roman noir psychologique violent et tendre, sombre, mais lumineux, pessimiste, mais positif. Benoît Séverac est un observateur avisé des relations humaines familiales et porte un regard critique, mais réaliste sur notre rapport à l’autre. Son écriture vous emporte, l’humanité de ses personnages transcende son texte de la plus jolie manière qui soit : par le déclenchement d’émotions vives et l’attachement profond à ses personnages. Refermer ce roman revient à les quitter avec une certaine tristesse et beaucoup de nostalgie, car malgré la dureté de certaines pages, j’ai eu l’impression qu’ils faisaient un peu partie de ma famille. C’est un récit juste, affûté, précis et terriblement émouvant.
Ai-je aimé ce livre ? « Je ne réponds pas aux questions rhétoriques », Benoît. ❤️
Mathieu Fabas a tué pour prouver à son père qu’il était un homme. En prison il va participer à un atelier d’écriture et écrire, sur sa relation avec son père. Le lendemain de sa sortie de prison son père meurt, assassiné, et tout semble accuser le fils. Une enquête policière psychologique, à la recherche du coupable mais aussi de la compréhension de la relation conflictuelle entre un père et son fils.
Que ça fait du bien de lire un nouvel auteur avec un tel talent d’écriture, un style personnel qui m’a captivé. Mathieu sort à peine de prison que son père se fait assassiner. L’enquête est confiée à l’inspecteur Cérisol et son équipe. Une équipe constituée de Nicodemo , un ancien qui traverse un passage à vide et de Grospierres bardé de diplôme qui, à peine arrivé voit en Cérisol un modèle. Matthieu avait une relation très difficile avec son père et à travers un atelier d’écriture proposé à la prison par un romancier, on va avoir accès au cahier de travail de Mathieu. Il va y avoir des chapitres très intéressants sur l’écriture. On va comprendre ce qui s’est joué entre lui et son père alors qu’il n’était qu’un enfant. Cérisol quant à lui est marié depuis de nombreuses années à Sylvia qui est aveugle, bien que cela ne l’empêche pas d’avoir une vie bien remplie puisqu’elle est une sportive de haut niveau. Il y a de très belles phrases posées par sa femme sur sa cécité c’est bien écrit et plein d’émotion. J’ai aimé les sujets abordés dans ce roman, le lien père fils poussé à son extrême mais aussi l’absence de la mère. Un roman noir qui se lit avec facilité, c’est une belle découverte. J’ai trouvé de la profondeur dans l’histoire de Mathieu, les personnages sont denses et apportent chacun leur vision du monde. Un roman brillant et une plume fabuleuse qui donne une atmosphère tout en émotion. C’était superbe de ressentir les échos de l’affaire Mathieu Fabas sur Cérisol, tout ce que cela réveil en lui comme blessures, regrets c’est vraiment puissant et bien amené. Alors même si tout accuse Matthieu, avec la personnalité que révèlent ses écrits, on a du mal à croire à sa culpabilité. Une histoire d’homme, de filiation à vivre intensément en lisant Tuer le fils. Bonne lecture. http://latelierdelitote.canalblog.com...
Tuer le fils de Benoit Séverac joue habilement avec les sentiments de son lectorat : doute, horreur, honte, colère, rage. Chaque personnage est humanisé par sa propre histoire, son propre passé. Pas seulement le coupable, même les policiers ont leurs sombres bagages.
On assiste à un théâtre où le jeu de dupes est génialement orchestré. Je n’ai pas vu arriver la fin, je ne me suis pas assez attardée sur certains détails, il serait appréciable de relire ce livre, tel le Betty de Indridason.
Mais Tuer le fils n’est pas un roman policier, c’est aussi un manifeste sur certaines thématiques passées régulièrement sous silence du fait de leur importance dans la société : le manque de moyens dans la police, les violences d’un père sur son enfant, les élites racistes, les idéologies religieuses. Benoit Séverac nous apporte son sentiment tout en s’en détachant dans sa fiction par le biais de ses personnages. Des débats qui amèneront le lecteur à réfléchir sur ces thématiques précédemment évoquées.
Une lecture pour le coup surprenante, qui ne manque pas de suspens !
Excellente histoire, autour d’une relation père-fils toxique. J’ai beaucoup aimé les personnages, chacun abordé d’une manière crédible et humaine, l’histoire qui se met en place peu à peu, un roman noir, social et psychologique avec une mise en scène d’un personnage écrivain intéressante.
Très bon policier avec une fin inattendue . Les personnages sont solides et attachants. La relation père /fils, du côté obscure, est très bien décrite. Belle lecture, je recommande.
Un bon moment. Très intéressant l'histoire et les personnages. Dommage que l'auteur n'aie pas plus approfondi à propos du dénouement des faits, il passe un peu d'à côté, mais l'histoire est quand-même touchant, malgré ça.
Pas mal comme roman policier - des personnages intéressants dans une situation assez frustrante. Ça prend du temps à vraiment commencer, c'est plutôt une analyse psychologique qu'un thriller noir.