Juillet 2018 : au lendemain de la finale de la coupe du monde, Cerbère, petite ville d’Occitanie à la lisière de l’Espagne, s’éveille dans l’euphorie de la victoire. Nour, vingt ans, travaille à mi-temps au McDonald’s qui longe la départementale. Avant de rejoindre le HLM où elle vit seule avec son père Saïd, elle fait un détour par la plage et se réfugie, comme à son habitude, dans un bunker pour se masturber. Ce jour-là, Nour y trouve un revolver. Elle s’en saisit avec l’idée de s’en défaire mais l’arme lui procure soudain une puissance inédite... Elle que l’on assigne depuis toujours - jeune, femme, arabe, assistée – se sent enfin exister. En rentrant, elle retrouve son père mort. Parmi la foule de gens qui vont défiler, Nour réalise peu à peu qu’elle n’a personne sur qui compter, à l’exception de Simone, la voisine du dessus, et de Jonas, embaumeur au pied bot. L’arme devient dès lors son unique compagnon de galère. Nour va-t-elle se servir de ce revolver pour se libérer? Ecrit dans une sorte d’urgence, Onanisme raconte bien plus que l’errance d’une jeune orpheline en perte de repères. Ce livre décrit un pays en proie à la misère sociale, aux préjugés et violences qu’elle produit. Justine Bo écrit comme elle ressent le monde, entre crudité et noirceur. Nour en est l’ultime brèche : celle d’une jeunesse avide de jouissance et de vie.
Pour le coup, il s'agit vraiment d'une lecture qui ne peut pas laisser indifférent ! Tout est dit dans le résumé, et suivre Nour, dans cette période de liesse populaire, s'avère éprouvant, car bien peu de choses positives l'entourent, et on se surprend à s'attacher à cette jeune fille qui subit la violence du monde. J'ai franchement un peu peiné dans la première partie de ma lecture, mais la deuxième m'a plu. le style de Justine Bo n'est pas évident à lire, car elle s'attache à décrire le sale, le laid et ainsi, ne nous ménage pas. Mais une fois passée outre, j'ai trouvé tout ce récit très juste. Je ne pense pas être la seule à avoir pensé à L'étranger, d'Albert Camus (je crois d'ailleurs avoir lu une interview de l'autrice où elle en parle d'elle-même), bien qu'il ne s'agisse nullement d'une réécriture ou d'une variation, mais un bel hommage.