(3,5/5)
La quatrième de couverture annonce «Roman de l’amour moderne». J’avais initialement lu «Roman d’amour moderne». Rien-là d’emblée pour m’attirer : pas mon choix premier comme lecture. Je plonge tout de même, on m’en disait beaucoup de bien. UN LIEN FAMILIAL n’est effectivement pas un roman d’amour, mais l’amour (et le désamour ?) moderne est néanmoins au cœur du récit.
Il s’agit d’un roman choral où quelques personnages, à tour de rôle, deviennent le narrateur, le «je» qui dicte l’avancée. Parfois, la narration est traditionnelle, parfois c’est une lettre, un courriel ou un message envoyé qui fait cheminer la chronique. Monsieur A trompe madame B avec madame C. Madame B est au courant. Elle choisit donc d’avoir une aventure avec Monsieur D, conjoint de madame E. Madame C en a marre d’être la maîtresse. Madame B et monsieur D sont incapables de mettre fin à leur liaison. Madame B est également attirée par monsieur F, et c’est mutuel. S’ajoutent d’autres mesdames et d’autres messieurs. Le lecteur doit demeurer attentif.
Ce chassé-croisé est fort habilement présenté par l’autrice, Nadine Bismuth. Les situations sont crédibles. Les personnages le sont tout autant. La nature de l’Humain —avec un grand H— est présentée comme obéissant d’abord à ses instincts primaux, puis en mode réaction, en mode regret et/ou rédemption-réparation. Ce qui est louable ici, c’est que l’auteure évite les clichés: elle ne cantonne pas l’homme dans le rôle du méchant ou du gros cave et la femme dans celui de victime, de femme-fatale ou de nunuche. Non, ce sont des individus nuancés, évoluant dans un monde moderne où carrière, famille et désir cohabitent, en se supplantant aléatoirement dans le quotidien où tout gravite à grande vitesse.
D’abord en marge, puis subtilement dans le récit, s’invite une intrigue policière. La disparition d’une jeune femme retient l’attention des médias et est mentionnée ci-et-là par un des narrateurs ou par les personnages. Un de ces derniers serait-il le criminel recherché par la police ou encore deviendra une nouvelle victime? Ce volet du récit n’est pas essentiel, mais il ajoute une couche de fini, un élément dramatique intéressant au fil du temps.
Il s’agit donc d’une lecture légère et fort divertissante. L’écriture est simple, voire scolaire, dynamique, voire enjouée, et invariablement efficace. Les dialogues sont crédibles et les descriptions de bon niveau. Plusieurs mystères, petits et grands, sont dévoilés au compte-gouttes, mais toujours au bon moment, l’objet n’étant pas de faire languir pathologiquement le lecteur, mais simplement de chatouiller sa curiosité.