Cent ou sans. Qu’importe. La mémoire appelle les origines, mêlant temps, histoires, langues, races et couleurs. La révolte gronde : « être une femme est un programme à réviser constamment. » La femme cent couleurs clame le chant de l’Amérique à brûler ou à naître. Tentant l’expérience neuve et fragile des vents, une voix susurre que « les fantômes ne dorment pas ».
Qui es-tu ? la fille du silence la sœur du déni que vois-tu ? des chimères qu’espères-tu ? hier
Née à Montréal, Lorrie Jean-Louis a étudié en bibliothéconomie et en littérature. La femme cent couleurs est son premier livre.
Je pèse mes mots : Lorrie Jean-Louis est le talent d’une génération. Ses mots transpercent en restant accessibles. Ils habitent en jouant entre la fine ligne du ressenti et de la compréhension. J’ai tout adoré de ce recueil qui s’inspire de « Speak White » de Michèle Lalonde, qui est à mon avis le meilleur poème de tous les temps. Jean-Louis est bibliotécaire et poète. Femme de (aux cent) couleur(s), elle parle de féminisme intersectionnel et de colonialisme.
« je n’ai jamais rendu les armes Il arrive encore qu’on me prenne Pour une Esclave»
« c’est un vieux costume colonial Un vieux costume neuf Les fantômes Ne dorment pas »
« qu’on appelle des Premières Nations Elles auraient du être les dernières »
« mais moi l’Amérique Je ne bougerai pas Et si je fonds Je renaîtrai »
Mais pas pour moi, visiblement. Ça me déçoit, parce que la préface m’avait attirée comme un aimant. Mais l’oeuvre est trop abstraite pour moi, les images et les figures de style trop obscures. Je n’ai pas compris grand chose de ma lecture …
"Mon amie me souffle des mots en wolof je n'arrive plus à toucher la terre Afrique elle balbutie mon nom en champs de cannes je n'ai pas d'ombre à Dakar
je vis de copie en copie de céréales de poulet les poissons que je mange n'ont jamais connu la mer"
"tu nommes les choses autrement tu appelles fracas te tenir debout"
"je crois que je n'aime plus le turquoise retire-le de nos sentiments
3,5 ⭐️ Certains passages m’ont profondément touchés et d’autres m’ont laissée complètement indifférente. Peut-être un peu trop imagée pour que je puisse saisir.
La poésie peut parfois aussi être très abstraite mais dans le cas de ce recueil, on peut lire avec et entre les lignes. Le poème que j'ai trouvé le plus touchant mais aussi le plus criant est celui qui commence par Je suis l'Amérique. J'ai noté d'autres passages qui résonnent plus que d'autres pour moi.
"hébétée, je fais un sourire un autre tournera sa langue dans le sens des histoires"
Un petit recueil de poésie à lire et à relire. Certains textes m'ont laissé plutôt indifférentes, alors que d'autre m'ont profondément touchée. À la relecture à voix haute, j'ai redécouvert d'autres petites perles et je compte bien le relire à nouveau. Voici un extrait du prologue, par l'autrice elle-même :
"Être une femme est un programme à réviser constamment. Je dirais que la femme que je suis peut paraître distraite, voire dissipée,, mais la violence que je traque est dans les interstices. C'est la triste répétition des jours et des paroles creuses que je trouve distrayante. Maintenant, être une femme et être noire est un programme au moins deux fois plus chargé, parce qu'il faut veiller constamment à ne pas se faire voler sa tendresse." (p.8)
Ce recueil est comme toute cohérent, sur le point de vue des thèmes, lesquels sont tous importants à aborder en poésie (l'intersection entre le genre et la race, les rapports de pouvoir dans le langage, etc.), et des symboles. Cependant, le poètesse a parfois tendance à trop expliquer le sens de ses poèmes, sans laisser au lecteur la liberté d'interpréter.
La poètesse semble devenir un vecteur de transmission pour une centaine de voix qu'elle harmonise. Si cela ajoute une certaine universalité à ces propos, cela peut aussi les rendre plus diffus. Je préfère personnellement de la poésie plus intime.
« La femme qu’on attend de moi / doit connaître la rivière par cœur / je dois remontrer / à contre-courant / de moi-même / je ne suis pas saumon » p.68
J'ai beaucoup aimé la mise en contexte du recueil par le prologue. Les poèmes sont touchants et évoquent des images percutantes. Je vais certainement prendre le temps de le relire.