Les forêts deviennent une industrie ! Parée du discours trompeur de l'énergie verte et des vertus de la biomasse, une entreprise massive et silencieuse de transformation de la sylve en matière se déploie en France. Nous pensons la forêt comme le refuge de la liberté, nous la parcourons pour respirer le parfum de la nature, nous nous y réfugions des trépidations urbaines. Mais les abatteuses, les voies forestières démesurées, les centrales à biomasse sont en train de l'avaler, de la quadriller, de la standardiser.
Cette dramatique industrialisation de la forêt, on ne l'avait pas encore racontée. Pendant des mois, des Landes au Morvan, de l'Auvergne aux Vosges, Gaspard d'Allens a couru les bois pour décrire et raconter le désastre en cours. Car la forêt subit maintenant la logique productiviste qui a ravagé l'agriculture, détruisant les emplois, dispersant les produits chimiques, gaspillant l'énergie, réduisant la biodiversité.
Mais il est encore possible d'inverser le cours de la destruction. Des bûcherons réinventent leur métier, des forestiers promeuvent un usage doux de la forêt, des Zad luttent contre les machines. L'espoir est là, l'alternative est vivante, les humains et les arbres peuvent se réconcilier.
Né en 1990, Gaspard d'Allens est journaliste engagé, auteur de plusieurs enquêtes au long cours sur le monde agricole et l'écologie. Ses deux précédents livres, Les Néo-Paysans (coécrit avec Lucile Leclair, 2016) et Bure, la bataille du nucléaire (avec Andrea Fuori, 2017) ont tous deux été publiés dans la collection " Reporterre ".
Le livre est agréable à lire, informatif sans être compliqué. Le contexte historique était intéressant, ainsi que les quelques exemples de luttes locales. On recent bien le danger qui menace les vraies forêts que certains veulent remplacer par des plantations en monocultures (néfastes pour la biodiversité et peu adaptées au changement climatique).
Un livre sans concession qui déchiffre le passage à l'échelle industrielle de l'exploitation des forêts en France et dans le monde ainsi que la mutation profonde et dramatique des métiers qui y sont liés. Une mainmise du monde de la finance qui laisse dans son sillage les stigmates indélébiles d'une catastrophe écologique. C'est aussi un appauvrissement à long terme de nos forêts qui sur le sol métropolitain comptent encore 130 essences différentes, menacées par un enrésinement massif et unique favorisant la stratégie des coupes rémunératrices. A la fin de cette lecture il subsiste la question du comment réagir avant que notre patrimoine forestier si riche ne devienne intégralement qu'un vaste "champs à arbres", près pour l'exploitation intensif sous couvert de labels faussement protecteur comme le PEFC. Les ébauches de solutions dans l'immédiat semblent bien utopiques et dérisoires.